De Snapchat à YouTube, sans papier, ni Facebook... comment s'informent les adolescents

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On a interrogé les collégiens en stage cette semaine chez Europe 1 pour mieux comprendre leurs modes d'information. 

Ils sont nés avec un smartphone dans les mains et sont actuellement au collège. Eux, ce sont les stagiaires de 3ème qui ont débarqué dans les entreprises cette semaine, avant les vacances de Noël, pour leur "stage d'observation". On dit souvent d'eux qu'ils passent trop de temps sur leurs smartphones, leurs tablettes et qu'ils délaissent les ordinateurs et l'information. Mais en réalité ils s'informent différemment. Pour se faire une idée de leurs modes d'information, Europe 1 a réuni une vingtaine de stagiaires présents dans ses locaux cette semaine. 

Premier constat, nos collégiens, âgés de 13 à 14 ans, n'écoutent que très peu la radio. Quand ils le font, c'est de manière distraite avec leurs parents. Le matin dans la cuisine par exemple. Ils ne sont pas beaucoup plus attirés par la télévision. Ils n'y regardent que quelques émissions bien spécifiques comme Quotidien sur TMC, qui mélange information et humour. "Moi je regarde pas trop la télé, je regarde plus Netflix ou en streaming", explique l'un des collégiens. "La télé ça commence à devenir has been, la radio aussi d’ailleurs", renchérit un autre.

Des journaux complètement dépassés

Mais le changement le plus flagrant concerne les journaux. Sur les 17 stagiaires que nous avons interrogés plus longuement, aucun n'a déjà acheté un journal et seulement dix en ont déjà lu un. Quand on parle des quotidiens, les remarques fusent dans la salle. "C’est compliqué à lire, les pages, elles ne sont même pas agrafées", déplore Anya. "C’est cher un journal", ajoute Tess. "C’est pour se la péter, tu prends le métro, tu fais ‘ouais, j’ai acheté un journal’", rajoute un autre pour qui en acheter un quand on est jeune montrerait une forme de défiance vis-à-vis des écrans, du "snobisme" même.

Même ceux qui ont déjà lu un quotidien l'avoue, ils le font grâce aux achats ou aux abonnements de leurs parents. Mais il ne viendrait à l'idée d'aucun d'en acheter un. "Pourquoi il y a des gens qui achètent les journaux alors que la télé c’est gratuit ?", s'interroge-t-on dans la salle avant que le débat s'engage sur l'intérêt du papier en 2017. "Le journal, quand tu n’as pas compris tu relis, avec la télé tu ne fais pas un retour en arrière", explique assez justement une collégienne. Et tous s'accordent à dire que les journaux, à leurs yeux, délivrent une information fiable.

Snapchat Discover comme référence

Pour autant, il serait faux de dire que les 13-14 ans ne s'informent pas. Ils s'informent simplement différemment, notamment via les réseaux sociaux où ils sont très actifs. Mais plus sur Facebook, où seulement deux des 17 présents sont inscrits. "C'est has been", "il faut avoir un réseau social d'avance sur les parents", lance-t-on immédiatement quand on évoque la création de Mark Zuckerberg. En revanche, tous, sauf un, sont inscrits sur Instagram, le réseau social de partage de photos et de vidéos... de Facebook ! Ils sont également 15 sur 17 à être présents sur Snapchat.

Sur "Snap" comme ils l'appellent, ils utilisent beaucoup Discover, l'espace où les médias, Le Monde, L'Equipe, mais aussi des sites comme Melty et Konbini mettent en ligne chaque jour un résumé de l'actualité présenté de manière très visuelle et interactive. On retrouve cette volonté de s'informer en fonction des sujets qui intéressent. "On fait par rapport au titre des stories (les pages quotidiennes) de chaque média", explique une collégienne.

Des sujets d'information variés

L'autre mode d'information des ados d'aujourd'hui, c'est la vidéo. Tous utilisent YouTube. Plus de la moitié y passent même plus d'une heure par jour. Ils y regardent des vidéos plus ou moins sérieuses. Ce qui est à la mode en ce moment c'est Studio Bagel et Golden Moustache, deux groupes qui produisent des vidéos humoristiques, mais les vidéos à vocation informative ou explicative sont aussi très populaires. "Je regarde souvent des vidéos d'explication scientifiques", dit Tess. "Moi pas trop les vidéos scientifiques, plus les vidéos sur les sujets de société comme le féminisme", rebondit sa voisine, avec qu'ils ne commencent à lister leurs sujets favoris.

Et surprise, s'ils ne s’intéressent que très peu à la politique intérieur ou à l'économie, ils sont passionnés par "le harcèlement", "le cyber-harcèlement", "la lutte contre l'homophobie", "la condition des animaux" et même "l'écologie". Des sujets qu'ils sont prêts à regarder même si les vidéos n'ont pas de traits humoristiques. "Il faut que le sujet se prête à l'humour, ce n'est pas à tout prix", affirme une élève présente.

En 2017, les adolescents s’intéressent donc à l'actualité, mais avec des modes de leur époque. Et ça c'est enjeu majeur pour les médias : comment raccrocher cette génération qui est née avec un smartphone dans la main ?