Arte en flagrant délit de censure

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Arte en flagrant délit de censure
Depuis trois ans, Arte refuse de diffuser Le Système Octogon surle financement présumé des partis allemands avec le trésor caché des nazis.@ MAXPPP
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La chaîne refuse de diffuser un documentaire sur le financement de la CDU avec l’argent nazi.

L’information colle mal à l’image de la chaîne. Mais selon Télérama, Arte est bel et bien coupable de censure. La station franco-allemande refuse en effet depuis trois ans de diffuser LeSystème Octogon, un documentaire portant sur le financement présumé occulte des partis politiques allemands, et de la CDU en particulier, dans l’après-guerre, avec le trésor des nazis, caché en Suisse et au Liechtenstein.

Pourtant, l’auteur du documentaire, Jean-Michel Meurice, est un habitué d’Arte, pour qui il a réalisé et produit d’autres films. En outre, le sujet de l’œuvre a été discuté, débattu et validé en 2007. Et le résultat, reconnaît Arte elle-même, est conforme au synopsis présenté. Mais la diffusion prévue en septembre 2008 a été annulée. Et depuis, la chaîne refuse de le reprogrammer.

"Une sorte de tabou"

Les réticences proviennent évidemment de l’autre côté du Rhin. Le sujet du financement des partis d’après-guerre reste un sujet particulièrement sensible en Allemagne, et la thèse soutenue par Jean-Michel Meurice est plus que discutée. "On a le sentiment que l’histoire de l’Allemagne au temps du nazisme est libre et ouverte, mais celle de la transition demeure une sorte de tabou", écrivait, dans une note que Télérama s’est procurée, l’historien Marc Ferro, sollicité par Jérôme Clément, le président d’Arte. L’ancien présentateur d’Histoire parallèle, sur… Arte, a visionné le documentaire et l’a validé, selon l’hebdomadaire culturel.

Mais rien n’y a fait. "Quand nous nous sommes étonnés de cette déprogrammation, nous avons reçu une note de deux historiens allemands qui lançaient des accusations générales sur notre film et nous faisaient un procès d’intention de désinformation", raconte Jean-Michel Meurice dans Télérama. Pire, le réalisateur reçoit la visite discrète d’un chargé de programme venu du siège de la chaîne à Strasbourg. "Il m'a proposé d’autoriser la diffusion du film à la condition d’accepter en en-tête cet avertissement : ‘Ceci n’est qu’une fantaisie sans rapport avec la réalité’", raconte-t-il. Le documentariste refuse, évidemment.

"Pas possible pour nous"


Gêné aux entournures, la direction d’Arte France a expliqué sa décision par la voix de son directeur de gestion. "Il nous est apparu que la thèse véhiculée par le film (…) est aujourd’hui contrebattue par les études historiques qui ont été réalisées depuis", a expliqué Victor Rocaries à un "parterre d’auteurs assez remontés", raconte Télérama. " Il n’est pas pour nous question de remettre en cause tous les systèmes de ventes fictives et de rétrocommissions qui ont alimenté les caisses de la CDU à partir du début des années 50. Mais sincèrement, (...), la CDU n’avait plus besoin de l’argent nazi pour alimenter ces caisses. Elles étaient suffisamment alimentées par les Etats-Unis ou même par l’économie allemande (…). Il n’est pas possible pour nous de dire en Allemagne que le financement des partis politiques allemands de l’après-guerre a été le fait des trésors cachés des nazis."

Ce premier cas de censure à Arte fait en tous cas tâche dans les presque vingt ans d’histoire de la chaîne, fondée en 1992. Jérôme Clément, son président-fondateur depuis les débuts, pourrait donc partir sur cette fausse note si la position de la chaîne restait inchangée. Et le mandat de Véronique Cayla, appelée par Nicolas Sarkozy à lui succéder, ne débuterait pas sous les meilleurs auspices.