Philippe Ridet : "Berlusconi, la prise d'otage"

SAISON 2013 - 2014
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Philippe Ridet décrypte le geste "un peu fou, faire tomber un gouvernement pour échapper à ses condamnations" de Silvio Berlusconi.

Philippe Ridet, correspondant pour « Le Monde » en Italie

Ses principales déclarations :

 

Berlusconi peut-il faire tomber le gouvernement Letta ?

"Il a déjà démontré qu'il était très fort, depuis vingt ans qu'il domine la vie politique italienne. Aujourd'hui, c'est un peu son dernier combat, un geste un peu fou, faire tomber un gouvernement pour échapper à ses condamnations, provoquer de nouvelles élections, fuir la justice d'une certaine façon. On verra ce matin avec le vote s'il a réussi ou pas. Ce qui est sûr, c'est que tout son parti ne le suit pas, pour la première fois. Son parti, ou son entreprise ! Il dirige le PDL comme il dirige le Milan AC : nombreux sont les députés directement payés par Berlusconi, parce qu'ils sont ses avocats ou travaillent dans son entreprise. C'est la première fois qu'on voit une telle fronde au sein du PDL"

Berlusconi se sert de son poids politique pour son intérêt personnel...

"C'est une prise d'otage ! Les ministres ont démissionné officiellement pour protester contre la hausse de la TVA. Chaque italien sait bien, qu'en fait, se cachent derrière les problèmes judiciaires de Berlusconi. La TVA, Berlusconi s'en fiche : ce qui compte, c'est sa peau."

Que pensent les italiens de tout cela ?

"Berlusconi pèse moins qu'avant mais il pèse toujours : son parti a perdu 6 millions de voix mais il était deuxième ou troisième aux élections de février, avec 25% des suffrages. Il est passé tout près d'une victoire. Un tiers des électeurs italiens croient dur comme fer à cette légende d'un Berlusconi poursuivi par la Justice, parce qu'ils regardent la télé de Berlusconi et lisent ses journaux où il est présenté comme un innocent injustement poursuivi. Ses moyens pour le faire croire sont sans commune mesure avec ceux que des autres politiciens ailleurs."

"Il leur lave le cerveau, et une partie des italiens est satisfaite d'avoir le cerveau lavé par Berlusconi. Il est le cache-sexe des italiens : derrière ses vices énormes se cachent une partie de leurs propres vices."

"Il est toujours délicat d'enterrer Berlusconi : des quantités de correspondants à Rome s'y sont cassé les dents ! Depuis un an, on entend parler d'une possible entrée en politique de sa fille, Marina Berlusconi. Son nom reste bankable, c'est une marque."

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