"Contre l'érosion, on a le choix : fixer le trait de côte, ou reculer"

SAISON 2013 - 2014
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"L'urbanisation du littoral est de plus en plus forte, on est de plus en plus près ! Le problème, c'est l'homme, pas la nature.", explique Alexandre Magnan.

Alexandre Magnan, chercheur, spécialiste des questions de la vulnérabilité du littoral à l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales)

Ses principales déclarations :

"L'érosion côtière est un phénomène vieux comme le monde, à l'origine normale, naturelle. Mais on a construit très très près du rivage, ça pose problème aux hommes. Il y a des situations très variées dans le monde et en France : le phénomène connait des rythmes plus ou moins intenses, mais l'urbanisation du littoral est de plus en plus forte, on est de plus en plus près ! Le problème, c'est l'homme, pas la nature."

"On a deux possibilités. Soit on fixe le trait de côte, avec des digues, des murs mais ça demande de l'entretien, de l'argent, d'être bien fait mais ça peut tenir. C'est utile quand, à l'arrière, on ne peut pas déplacer maisons, routes... Ou le retrait stratégique : quand on a juste un immeuble, une maison. A long terme, la solution peut-être la plus intelligente, c'est reculer, laisser la nature faire son travail."

A propos de l'immeuble de Soulac :

"Reculer ? Je ne vais pas me prononcer. Cette question du recul stratégie est l'évidence pour les scientifiques, mais pour les décideurs et les habitants c'est plus difficile. C'est une vraie question de société entre des populations, des décideurs, des acteurs économiques."

"L'érosion rapide est toujours très localisée. Mais des côtes reculent très vite, sur l'ile d'Oléron par exemple ! La Méditerranée aussi est concernée. A l'échelle du monde, un peu plus de 2/3 des côtes sont concernées par l'érosion, les outremers n’y échappent pas."

"Une disparition de l'Ile de Ré dans 100 ans ? On peut tout imaginer. On a cette capacité à développer de la prospective avec des scientifiques qui peuvent imaginer ce qui va advenir dans le futur, c'est nouveau. Oui, des espaces vont disparaître mais les scientifiques ne sont pas sûrs de quels lieux vont disparaître. Mais une chose est sûre : des environnements perturbés liés à l'urbanisation intense sont bien plus mal en point pour s'adapter à l'élévation du niveau de la mer que des éléments non perturbés..."

"Le changement climatique apporte un argument supplémentaire pour agir. Sur l'augmentation des tempêtes, le lien n'est pas encore clairement établi. Mais le niveau de la mer va monter, on le sait : une tempête d'intensité A aujourd'hui avec un niveau marin plus haut, elle sera plus destructrice."

"Acheter sur le bord de mer ? Moi je n'achèterai pas, mais aussi pour une question de prix. Oui, cette question d'érosion pourrait me freiner mais je suis peut-être plus sensibilité que d'autres... Je suis inquiet car conscient des réalités mais ce n'est pas en s'affolant que l'on trouve des solutions durables."

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