Yade : "Nous avons encore besoin de Jean-Louis Borloo"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Jean-Louis Borloo se retire de la vie politique. Rama Yade estime que sa convalescence "prendra plus de temps que prévu" et se refuse à parler du président de son parti au passé.

Rama Yade, vice-présidente de l’UDI

Ses principales déclarations :

"J'ai eu Jean-Louis Borloo au téléphone hier. Je n'ai pas à me prononcer personnellement sur des affaires de santé mais son état était assez capricieux hier quand il m'en a parlé, sa convalescence prend plus de temps que prévu."

"Sa voix était claire : il est totalement lucide au point d'être capable de faire une analyse politique absolument clairvoyante sur la situation. Estimant que sa convalescence était plus longue que prévu, il ne voulait laisser se prolonger une période de blocage politique."

"Je souhaite qu'il s'en sorte ! Il était rassurant : il n'a rien dit de dramatique. C'est un événement rarissime et brutal : ça m'a créé un choc et beaucoup de tristesse. Je chemine à ses côtés depuis 2010 : j'ai quitté un parti pour le rejoindre, nous avons en partage la défense des valeurs républicains, partager sa vision, son efficacité des politiques publiques, défendre sa vision de l'action de l'Etat en matière de correction des inégalités et des injustices. Au fond, c'est ce qu'il incarne."

"Est-ce un retrait définitif ? On ne peut jamais dire jamais. Heureusement ! L'avenir est devant nous, devant lui : il faut lui souhaiter de se remettre de cette période difficile. Ce qu'il a fait hier est à l'image du personnage : avec beaucoup de panache, beaucoup de liberté paradoxalement."

Etait-il tranché hier ? "Il va falloir faire sans moi" ?

"C'est un homme pudique : il n'a parlé que de politique ! Il a d'abord pensé à nous, au parti, à notre action : il a dit avoir pris conscience qu'une absence prolongée conduisait à un blocage possible des décisions politiques. Il ne voulait pas être à l'origine de cela. Le moment, après les municipales, au moment du changement de gouvernement, avant les européennes, lui paraissait propice : il a pris cette décision."

Ce n'est pas un coup de tête ?

"Il a muri longuement sa décision : je le soutiens dans son combat. Il est très apprécié des Français depuis des longues années : outre l'émotion qu'elle suscite, sa décision m'impose un profond respect. Souvent les hommes politiques s'accrochent, cachent ces choses, la maladie, la convalescence, on l'apprend des années après : il a  la franchise, dans une lettre très sincère, de dire qu'il n'a pas assez d'énergie pour ce combat. Le combat politique est difficile, surtout quand on est à l'origine de la construction d'un parti."

Le moteur de cette décision est physique ou psychologique, le ras le bol, la lassitude ?

"Je pense que c'est la convalescence, tout simplement. La politique, c'est aussi physique ! Une énergie constante, être à 120%, toujours en éveil, d'attaque, à la tête d'un parti il faut gérer des sensibilités, des individualités, des égos, tout en gardant un cap sur la vision de la France."

Il incarne l'UDI : Yves Jégo n'a pas le même charisme...

"Chacun a ses qualités, ses défauts. Personne n'arrive à sa hauteur : c'est bien la raison pour laquelle il est le président de l'UDI."

Etait... Il a démissionné...

"D'accord, mais il est encore là, et j'espère qu'il va se remettre. Je ne comprends pas pourquoi on en parle à l'imparfait ! Tout ne se réduit pas à la politique : il pourra peut-être revenir ou, même s'il ne revenait pas, avoir une voix qui porte ! La France a besoin de lui, nous avons besoin de lui : je suis choquée d'entendre certains en parler au passé. Il est là, il est présent ! J'espère qu'il continuera à nous prodiguer ses conseils et sa vision."

Congrès bientôt pour un successeur : vous êtes candidate ?

"Franchement, ce sujet n'est pas encore d'actualité. Je suis encore sous le choc, je ressens une immense tristesse : j'ai quitté l'UMP pour rejoindre son parti. Je pense à son parti d'origine, le parti radical, l'ensemble des adhérants, militants, sympathisants, de ce vieux parti qui a encore tant à donner à la France, et qu'il a très bien incarné et qu'il va encore continuer à incarner symboliquement. Demain, nous aurons une réunion de la direction du parti pour un calendrier. Je ne pense pas à moi : je pense à notre parti, qu'il continue. C'est une oeuvre difficile : nous avons le devoir de continuer l'oeuvre de Jean-Louis Borloo à travers la construction d'un centre-droit que j'aimerais encore conquérant."