Soulas : "Il faut se battre pour la vérité"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Pour Robert Soulas, il faut que le crash du Rio-Paris serve à quelque chose et que l'on en tire des conséquences.

Invité : Robert Soulas, il a perdu sa fille et son gendre dans le crash du vol Rio-Paris en juin 2009

Ce matin à 7h45, Europe 1 recevait Robert Soulas, il a perdu sa fille et son gendre dans le crash du vol Rio-Paris en juin 2009.

Ses principales déclarations :

 

Quelle a été votre réaction hier devant les conclusions de ce rapport ?

"Je parle à titre personnel, pas au nom de l'association à laquelle je suis adhérent. Ma première réaction, c'était tout d'abord d'avoir franchi une étape dans la procédure judiciaire. C'était une contre-expertise demandée par Airbus : c'est l'étape logique dans la procédure judiciaire, ça me parait important que les conclusions du second collège confirment un peu les conclusions du premier collège, sans contradiction profonde, ça avance dans le même sens à quelques aléas près comme la formation des pilotes."

Les pilotes auraient dû faire face à une situation à laquelle ils n'étaient pas préparés...

"Le premier collège d'experts a écrit que les pilotes avaient été formés à maintes reprises à la situation, ce qui n'était pas vrai. Le second collège affirme clairement que les pilotes n'étaient pas formés..."

 

Vous retenez la responsabilité d'Air France, d'Airbus ? Vous ne voulez pas entendre que seuls les pilotes sont responsables ?

"Il n'est pas question d'exonérer complètement les pilotes de leur comportement, mais il faut que la Justice prenne de la hauteur pour analyser toute la chaine causale, ne pas considérer que le dernier maillon de la chaîne, les pilotes, ce qui s'est passé dans le cockpit. Cet accident a des origines multiples et bien en amont du jour de l'accident."

 

Vous avez le sentiment qu'on vous cache une partie de ces origines multiples ?

"Il est clair que les premiers rapports d'expertises ont été rédigés en termes feutrés, soupesés. Le second rapport tranche énormément avec les précédents : il est beaucoup plus tranché, affirmatif, ça ne peut qu'accélérer la recherche de la  vérité."

Ces rapports successifs vous aident ou c'est une peine continue ?

"La Justice est très longue à se mettre en route : ça fait déjà 5 ans. Si procès il y a, il n'est pas attendu avant 2015/2016. C'est éprouvant, on peut considérer que c'est un marathon. On voudrait une Justice beaucoup plus rapide, réactive."

Mais fonctionne-t-elle correctement ?

"Lentement mais je pense qu'elle avance correctement. Et puis n'oublions pas que nous avons eu un rapport du BEA avec des recommandations pour la sécurité aérienne. Ces recommandations n'ont malheureusement pas été mises en application : c'est vraiment dramatique, il faut se pencher sur ce problème. On a vu que dans le crash de la Malaysia Airlines, ils recherchent l'épave désespérément alors que les balises acoustiques se sont tues... Une des recommandations du BEA était l'adjonction d'une troisième balise qui allait émettre pendant 90 jours."

"Bien entendu [j'ai été touché profondément par le drame de la Malaysia]. Quand on voit qu'aucune réaction n'a été engendrée par cet accident, on peut se demander à quoi sert le rapport du BEA si les recommandations ne sont pas mises en application."

 

Peut-on passer à autre chose sans comprendre ce qui s'est passé ?

"Non, ça laisse des traces indélébiles ! C'est une douleur permanente, il n'y a pas d'autre mot. Il n'y a pas un jour sans qu'on pense à ses enfants. Mais il n'y a pas d'alternative : la vie continue, il faut se battre pour la vérité, pour que ce genre de situation ne se reproduise pas. Une fois que le procès sera acquis, je pense que je retrouverai un certain calme : encore une fois, il faut que ce drame serve à quelque chose, qu'il ne soit pas oublié."