Sonny Anderson : "Le football, ça a toujours été une religion dans le pays"

  • A
  • A
L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
Partagez sur :

L'ancien international du Brésil a aussi évolué dans des clubs français, il fait part de son sentiment face à la demi-finale contre l'Allemagne.

Ce matin à 7h45, Europe 1 recevait Sonny Anderson, ancien joueur de l’équipe du Brésil et ancien meilleur buteur du championnat de France de football.

Voici ses déclarations :

 

 

Bonjour Sonny Anderson !

"Bonjour."

On est ravis de vous avoir ce matin sur Europe 1. Les amateurs de foot en France vous connaissent plutôt bien. Marseille, Monaco et bien sûr l'Olympique lyonnais... On se souvient de vos buts dans le championnat de France de Ligue 1, championnat que vous avez gagné à plusieurs reprises. Mais ce matin, on parle de la Seleçao, de ce maillot du Brésil que vous avez porté, on en reparlera. J'imagine que votre cœur de Brésilien doit battre un peu plus fort, à quelques heures de cette demi-finale contre l'Allemagne.

"Euh... oui ! Effectivement, chaque rencontre, c'est toujours un petit peu de stress. Il reste une petite incertitude autour de l'équipe du Brésil. On joue à la maison et l'équipe n'a pas encore fait de gros matchs, n'a pas encore convaincu et surtout encore plus avec ce match contre l'Allemagne avant lequel on a perdu Thiago Silva et Neymar."

C'est le gros problème de cette équipe. Thiago Silva le capitaine qui est suspendu et Neymar, le génial attaquant, qui est blessé. C'est un vrai souci, ça, non ?

"Oui. En revanche, on peut peut-être voir une équipe plus collective. Parce que là, on dépend de Neymar. Aujourd'hui, Neymar n'est pas là. Est-ce que celui qui le remplacera va être à la hauteur ? Je suis assez confiant, et j'espère que le jeu développé par cette équipe du Brésil sera plus collectif."

Déjà qu'on disait cette équipe du Brésil fragile psychologiquement, c'est vrai que ces défections sont un coup dur. Ça vous étonne qu'on dise qu'une psy soit allée voir la Seleçao pour essayer de la rassurer ?

"Non. Ça se fait beaucoup dans le sport de haut niveau, notamment le sport collectif. C'est pas nouveau, on fait ça depuis un moment. Les blessures de stars comme Neymar, ça laisse souvent des séquelles dans un groupe. Je pense que c'est important, c'est quelque chose qui se fait souvent dans les sélections."

On a coutume de dire qu'au Brésil, le football est une vraie religion. Vous confirmez ?

"Ah oui, c'est important. On a beaucoup parlé, on s'est beaucoup posé de questions avant la Coupe du monde pour savoir comment elle se passait. On voit aujourd'hui que les stades sont toujours pleins, c'est la fête, on a battu le record de buts dans une Coupe du monde. C'est vraiment la fête du football. C'a toujours été une religion, quelque chose d'important au Brésil."

Une religion avec Neymar dans le rôle de Jésus-Christ, qui a été crucifié. On a vu des gens en pleurs quand il s'est blessé sur la pelouse.

"Oui. On a les mêmes images quand on regarde les vidéos de Pelé, en 1962, sorti blessé au 2e match du Brésil. Derrière, le Brésil a été champion du monde. On va se baser là-dessus pour dire que c'est possible d'être champion du monde sans Neymar."

Sonny Anderson, vous avez aussi porté à plusieurs reprises le maillot de la Seleçao. A 7 reprises, je crois. Qu'est-ce que ça fait, la première fois qu'on met ce maillot vert et jaune sur soi ?

"On a la fierté, parce que quand vous êtes enfant, vous rêvez de porter ce maillot du Brésil. C'est une fierté, quelque chose de fabuleux. Ça veut dire que vous avez réalisé un rêve d'enfant et qu'un pays dépend de votre performance. C'est quelque chose qu'on peut pas vraiment expliquer. C'est une émotion énorme quand on a ce maillot du Brésil."

On voit souvent des joueurs brésiliens pleurer pendant l'hymne du Brésil.

"Oui, parce que c'est quelque chose qui touche énormément. On l'écoute, on l'a vécu avec des sélections comme celle de Pelé, ou de Zico en 1982. On souhaiterait toujours être présent avec le maillot du Brésil. C'est une émotion énorme de savoir que l'hymne touche les Brésiliens. C'est pour ça que ce chant a capella est fantastique. Quand je l'écoute à la télé, j'ai des frissons."

Vous les avez gardés, vos maillots du Brésil ?

"Oui. Ils sont bien gardés."

Ils sont où ?

"Ils sont chez moi, bien gardés. C'est quelque chose, quand on le porte une fois, on le garde précieusement pour pouvoir le montrer aux enfants."

 

On en a beaucoup parlé depuis le début de cette interview mais c'est vrai qu'on a l'impression qu'à chaque Mondial, le choix est simple : c'est soit on gagne, soit on disparaît. C'est vrai que ça prend des proportions assez folles vu que la compétition se passe au Brésil. On a du mal, vu de France, à comprendre la pression qui repose sur les épaules des joueurs.

"Chaque fois que le Brésil joue une Coupe du monde, c'est pour la gagner. Vous jouez une finale comme en 1998 et que vous la perdez, les gens vont dire : "Oui, vous avez quand même joué la finale." Non. Si vous perdez en finale, en demi-finale ou que vous sortez dès les phases de poule, pour les Brésiliens, c'est la même chose. L'important, c'est de gagner, de chercher quelque chose d'inédit avec un 6e titre. On peut pas penser qu'on peut perdre cette Coupe du monde au Brésil."

Le match d'aujourd'hui se joue à Belo Horizonte. Ça change quelque chose niveau pression ?

"Ce qui change, c'est qu'il y a une pression énorme. Au niveau des résultats, c'est pas un stade qui a beaucoup réussi aux joueurs brésiliens. On se souvient de ce match contre le Chili, très difficile pour le Brésil. Mais le public est énorme. Les Allemands vont voir une ambiance qu'ils n'ont jamais vu encore en Coupe du monde."

Imaginons, Sonny Anderson, que vous êtes sélectionneur de l'équipe du Brésil. Que dites-vous à vos joueurs dans le vestiaire, juste avant le début du match ?

"Tout simplement : ‘Soyez fiers de porter ce maillot et de rendre fiers tous ceux qui sont au stade, derrière leur écran de télé. Il faut aller au bout, se lâcher. Faites-vous plaisir.’ "

On a l'impression, justement, qu'elle a du mal à se faire plaisir, cette équipe brésilienne.

"Parce qu'il y a la pression, présente bien avant le début de la Coupe du monde, parce qu'elle se passe au Brésil. Si elle s'était déroulée ailleurs, il y aurait moins de pression, le Brésil jouerait beaucoup plus libéré. Là, on a pas le droit de décevoir les supporters brésiliens chez nous."

Quel est votre pronostic ?

"Je dirais que le Brésil remportera ce match 1-0, mais on ira pas en prolongations. Et je vois Fred marquer dans ce match."

C'est noté, on vérifiera. Merci beaucoup, Sonny Anderson.