Réseaux 4G : "C'est un peu le foutoir" selon Stéphane Richard

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Le PDG d'Orange reconnait l'accessibilité au réseau 4G n'est pas toujours celle promise par l'opérateur, quel qu'il soit.

Stéphane Richard, président directeur général d’Orange

Ses déclarations :

 

Free lance sa 4G sans hausse de prix. Vous annoncez que pour les clients d'Orange la 4G sera au prix de la 3G ?

"Non. Ce que j'annonce, c'est que nous allons proposer la 4G sur les forfaits sur internet sans engagement Sosh. Pour être franc et honnête, ce n'est pas ce que nous pensions faire au départ. La 4G est une nouvelle technologie avec souvent un nouveau terminal, un nouvel ensemble de services autour, c'était plutôt logique de réserver ça aux forfaits classiques. Nous allons proposer un forfait Sosh à 24,99€, full illimité, avec 5Go de data : exactement le même forfait de B&You, à partir du 9 janvier."

Plus cher que celui de Free...

"Il y a une grande différence : nous avons un réseau ! Notre forfait, on pourra s'en servir dans une grande partie du territoire, pratiquement partout dans le courant de l'an prochain."

L'UFC Que Choisir explique qu'il y a un décalage entre la carte de la 4G sur Paris et la couverture effective, et porte plainte. Les opérateurs racontent ce qu'ils veulent ?

 

"Vous n'avez pas tort sur un point : c'est un peu le foutoir ! Il faut que quelqu'un dans le système siffle la fin du match et donne des mesures objectives. C'est le rôle du régulateur de le faire. Mais cette étude, nous en contestons les résultats : selon elle, je n'ai pas de réception 4G dans mon bureau du 15ème arrondissement ! J'ai quand même un bon réseau 4G dans mon bureau, j'ai toutes les barrettes sur mon téléphone."

Xavier Niel explique que vous dégagez des marges énormes, qu'il suffirait de les baisser pour baisser les prix...

"C'est le raisonnement démago par excellence ! Xavier Niel est le recordman de la marge en France. Ça fait des années qu'il fait plus de 40% de marge dans le fixe, bien au-dessus que nous : c'est grâce à cet argent qu'il est devenu très riche et qu'il finance son développement dans le mobile. Ce débat sur les marges est très mal posé. Nous faisons 30% à peu près, mais nos marges à nous servent à investir, 6 milliards par an, 3 milliards en France, à faire fonctionner plus de 3.000 chercheurs. Nous sommes dans un métier de technologie. Il faut consacrer des ressources à l'innovation."

Le consommateur a besoin de payer son téléphone moins cher en ayant accès aux nouvelles technologies... Pourquoi ne pas baisser tous vos prix ?

"En France aujourd'hui, on a les prix les plus bas d'Europe et parmi les prix les plus bas du monde ! En France, l'industrie des télécoms permet aux consommateurs Français d'avoir accès à ces nouvelles technologies dans les conditions les moins chères du monde développé. Nous sommes dans un métier d'infrastructures qui demande des investissements très lourds : antennes, spectre, fréquences que l'Etat nous vend très cher. Des capitaux énormes sont mobilisés. La vraie question n'est pas toujours de rechercher le prix le plus bas possible à court terme mais de rechercher le juste prix. Il faut avoir un téléphone qui fonctionne : donc un réseau. Nous avons dépensé 1,5 milliard d'euros pour le spectre de la 4G."

Free et Bouygues baissent les prix : il y a donc des choses à faire... Et leurs téléphones vont fonctionner...

"Bouygues a un réseau, c'est sûr. On a un contrat d'itinérance provisoire avec Free, destiné à assurer le transport des clients de Free pendant quelques années, le temps qu'ils déploient leur réseau ! Dans tous les cas de figure, ils ont à déployer un réseau, 3G ou 4G !"

Sur la 4G, vous allez les aider aussi ?

"Non."

 

Enfin, les aider... Ça vous rapporte 1 milliard sur l'itinérance 3G...

"Pas tout à fait ! Mais bien sûr ils paient : l'investissement, c'est nous qui l'avons fait. Il n'y aura pas d'itinérance 4G, on va voir ce qui se passe au niveau de la réalité des déploiements des réseaux 3G d'abord quand l'itinérance sera terminée, puis 4G."

 

Xavier Niel n'est-il pas en train de tuer votre poule aux œufs d'or ? Vous ne vouliez pas d'un quatrième opérateur. N'êtes-vous pas, les historiques, dans une posture de dinosaures, à protéger vos bases arrières ?

"Il faut sortir un peu de France et voir comment cette industrie fonctionne dans le monde. En Chine, trois opérateurs pour 1,3 milliard d'habitants ! En Allemagne, il y en avait 4, ce sera bientôt 3. Il faut arrêter un peu cette religion. La concurrence, c'est comme les impôts : il n’y en a jamais assez chez le voisin. La vérité de notre secteur, c'est qu'il y a une concurrence terrible, c'est probablement un des secteurs économiques où il y a le plus de concurrence, comparez un peu avec les transports publics ou l'énergie, mais on atteint les limites d'un système ! Quand on met tout sur la concurrence, on prend des risques sur les entreprises, sur l'emploi, sur l'investissement."

L'ARCEP dit que le secteur a très bien résisté à l'arrivée de Free, avec même une augmentation des emplois indirects entre 2009 et 2012.

"Je vous donne rendez-vous fin 2013 ! Ces chiffres ne sont pas représentatifs. Attendons les chiffres de 2013. Je pense que le niveau des emplois a baissé dans le secteur en 2013 : il suffit de regarder les plans sociaux chez SFR et Bouygues, et surtout chez beaucoup de sous-traitants."

Si Free annonçait une nouvelle baisse de prix, vous pourriez vous aligner ?

"Free peut faire ce qu'il veut ! Donner ses forfaits, payer les gens pour qu'ils s'abonnent... Nous considérons que nous avons un service de qualité, un réseau qui est le meilleur réseau. Orange a construit le téléphone en France, et a fait tous les réseaux dont on se sert aujourd'hui, et les plus beaux réseaux. Ce sera le cas aussi pour la 4G : naturellement, ce service, cette qualité, cette démarche de qualité, elle a un prix. C'est le juste prix."

Au mois de mai, votre mandat sera remis en jeu. Vous êtes candidat à votre propre succession à la tête d'Orange ?

"Oui, j'adore ce groupe, j'aime ce que je fais, j'ai envie de continuer. On est confrontés aujourd'hui à beaucoup de sujets difficiles. Je pense qu'une entreprise comme Orange, une grande entreprise, 100.000 personnes en France, on est présents dans 34 pays, a besoin de continuité."