Prostitution : "Punir le client ? Une idée liberticide"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Philippe Caubère est peiné que "l’État vienne régenter la vie sexuelle d'une catégorie de la population".

Philippe Caubère, comédien, metteur en scène et client de prostituées.

Ses principales déclarations :

 

Tout à l'heure, la députée socialiste Maud Olivier va tenter de convaincre de déposer une proposition de loi pour lutter contre la prostitution en France. Il veut permettre de poursuivre les clients. Vous, le client, vous acceptez cette idée ?

"Bien sûr que non ! C'est une idée liberticide, quelque chose que je trouve d'une tristesse infinie ! Que l'Etat, les pouvoirs publics viennent s'occuper de régenter la vie sexuelle d'une catégorie de la population ! C'est comme si on allait punir les hommes qui vont se faire faire des fellations dans le Bois de Vincennes ou Bois de Boulogne, ou qui en font à d'autres... On ne sait pas s'il y échange d'argent ou pas, il y en a très souvent d'ailleurs... C'est comme une loi qui viserait à punir l'homosexualité, ça existe dans certains pays"

L'homosexualité est choisie des deux côtés, la prostitution pas toujours...

"Il est évident que je ne parle pas des réseaux de prostitution, de l'esclavage sexuel... Je ne suis pas un barbare, un arriéré, au contraire ! Je suis plutôt citoyen, de gauche, clairvoyant, j'essaie de l'être... Le rôle de l'Etat est de protéger les prostituées, d'encadrer la prostitution, de pourchasser les réseaux, et sûrement pas de faire la morale au détriment de personnes qui ont des pulsions sexuelles comme tout le monde, qui n'ont pas à être stigmatisées. C'est honteux et c'est au mépris des prostituées, de leur sécurité, de leur dignité. C'est une loi qui se voudrait être une loi de reconnaissance de la dignité de la femme, ça ne l'est pas, c'est faux. C'est considérer les femmes qui ont choisi de se prostituer comme des irresponsables, comme des victimes... Beaucoup de femmes et hommes ont fait ce choix, il est respectable..."

8 prostituées sur 10 en France sont étrangères, dans des réseaux...

"Vous savez, les chiffres sur la prostitution sont tellement fantaisistes, démagogiques et faux... Je ne répondrai pas là-dessus. Je n'ai pas d'autres chiffre mais ils sont manipulés. Je ne pense pas que 80% des personnes qui se prostituent sur internet à Paris sont dans des réseaux de prostitution. Je crois même que c'est complètement d'absurde de le prétendre, et un peu scandaleux car c'est archi faux ! Mais je ne vais pas entrer dans une bataille de chiffres..."

Il y a une réalité des réseaux...

"Oui, il faut bien sûr les combattre. Mais ça coûte plus cher de combattre les réseaux de proxénétisme et d'esclavage sexuel que de faire une loi démagogique qui vise à caresser l'électeur entre les jambes. L'idée de punir maris et amants qui vont tromper leurs femmes, leurs maîtresses, avec une prostituée... C'est une loi moraliste, puritaine : du féminisme de bas étage, rétrograde, qui ramène aux premiers âges du féminisme, aux suffragettes. On n'écoute pas Elisabeth Badinter, Catherine Millet, Marcela Iacub qui sont des féministes d'aujourd'hui, modernes. On écoute que des femmes politiques qui font elles leurs carrières politiques et se servent de cette histoire pour émerger !"

C'est une loi de gauche...

"Hélas ! Je suis un homme de gauche, même parfois d'extrême gauche et hélas ! Parce que je suis de gauche, je ne devrais pas dire ce que je pense ? Non ! C'est un peu pénible pour moi de revenir sur le devant de la scène avec cette histoire : elle m'a coûté cher dans mon milieu. Le théâtre est devenu très réactionnaire sur le plan moral. Mais étant le seul homme qui est allé voir les prostituées en France, un peu moins maintenant qu'avant... C'est une blague qui amuse ma femme : je suis le seul mec qui va voir dans les putes ! Ah non, j'ai été rejoint dans cette réaction, ce n'est pas un combat, par le chanteur Antoine ! Je crois que beaucoup d'hommes et de femmes pensent comme moi mais que le sexe est un sujet délicat, angoissant, on a peur, on n'ose pas parler. Mais par mes spectacles, avoir joué ma vie, j'ai pris l'habitude d'aller au fond dans l'intime. Mais la manière dont les politiques soutenus par certains intellectuels ont de manipuler cette peur sexuelle dans la société et en essayant d'en tirer parti, ça me dégoûte assez."

Vous évoquez votre épouse. Qu'est-ce qu'elle en pense, de vous entendre défendre la prostitution ?

"Il faudrait le lui demander, je ne sais pas, je ne peux pas parler pour elle..."

 

Il y a l'exemple suédois où l'on poursuit les clients depuis 1999, la prostitution de rue a diminué de moitié...

"Je ne suis pas sûr que la Suède, le Danemark, la Norvège soient des pays auquel j'ai vraiment envie que ressemble le mien."

On en reste à la loi de 2003 sur le racolage passif ?

"Je pense qu'on doit écouter ce que disent les prostituées, ce qu'elles veulent, demandent. Ce sujet pose beaucoup de questions, elles ne sont pas posées, elles sont résumées à un moralisme de bas étage qui sert des intérêts politiques et masquent les vrais problèmes. Mettre les policiers français sur une question pareille alors qu'il y a des problèmes de drogue, de délinquance... Chercher des poux dans la tête de mec qui veulent baiser, ça pourrait faire rire si c'était drôle, ça ne l'est pas : c'est sinistre !"