"Nous sommes incompatibles avec l'UMP"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Suite à la petite phrase de François Fillon, Jean-Marie Le Pen se réjouit des divisions au sein de l'"adversaire" qu'est l'UMP.

Jean-Marie Le Pen, Président d'honneur du Front national

Ses principales déclarations :

 

Vous avez décidé de vous représenter aux européennes, fin mai... Vous aurez 86 ans, est-ce bien raisonnable ?

"Tout à fait ! Il n'y a pas d'âge pour les braves !"

On manque de relève au FN ?

"Pas du tout, mais je pense être encore en mesure d'assumer cette responsabilité et de tirer une liste avec efficacité"

C'est votre fille qui a annoncé votre candidate : c'est vous qui avez souhaité vous représenter ou c'est elle ?

"Non non, tout naturellement j'ai été candidat à me représenter, comme c'est normal. Cela étant, ce n'est pas le plaisir que j'ai de me trouver au Parlement européen, dont je suis un des contestataires comme vous le savez... Mais c'est la possibilité, étant plus connu que la plupart de mes camarades, de tirer la liste avec plus d'efficacité..."

Vous étiez au courant que vous vous représentiez ? Elle ne vous l'a pas imposé ?

"Pas du tout, pas du tout !"

 

D'habitude vous annoncez les choses par vous-même...

"Pas de problème... Il n'y a pas de question !"

 

Vous êtes candidat en région PACA... Marseille, Nice...

"Pas seulement ! C'est la grande région sud-est, il y a aussi, comment dirais-je, Rhône-Alpes et la Corse !"

Nice où vendredi dernier François Fillon a dit qu'il ne voulait plus du cordon sanitaire autour du FN, après avoir dit qu'entre un candidat FN et un candidat PS, il faudrait choisir le moins sectaire... Vous le trouvez sectaire, François Fillon ?

 

"Il l'a été jusqu'à présent, il semble qu'il le soit moins, ce dont je me réjouis !"

 

Comment vous accueillez ses propos ?

"Ce sont des propos d'homme politique, il ne faut pas toujours les prendre au pied de la lettre... Mais visiblement ça a causé un grand trouble dans son propre parti ! Bien sûr je m'en réjouis ! La division de l'ennemi vous réjouit toujours ! De l'adversaire, disons..."

Vous pourriez appeler à voter Fillon ?

 

"Ah, ça me parait difficile : il a dit qu'il ne voterait jamais pour le Front National. Il bénéficiera de la réciprocité..."

 

Vous trouvez que l'UMP aujourd'hui est compatible avec les idées du FN ?

"Non, c'est pas l'UMP, nous sommes tout à fait incompatibles si j'ose dire...  Ils sont mondialistes, européistes, immigrationistes. Par conséquent, nous sommes l'inverse ! Dans ce cas, il n'y a pas de possibilité d'accord entre l'UMP et le Front National. En revanche, aux élections municipales, où il s'agit de personnes, de personnalités, qui n'ont souvent que l'étiquette de leur parti, il est possible de trouver des ententes..."

Pour trouver ces ententes, Marine Le Pen doit rencontrer Jean-François Copé ?

"Je ne crois pas que ça se fait à l'échelon des partis, mais à l'échelon des municipalités. C'est tout à fait différent."

Donc pas d'alliance officielle...

"Ni même officielle ni officieuse ! Pas d'alliance politique, ni avec le PS bien sûr, ni avec l'UMP parce que sur les sujets essentiels nous sommes en discordance totale."

Comment expliquez-vous les propos de François Fillon si vous estimez être en discordance totale avec lui ?

"Je suis en discordance totale avec l'UMP ! Est-ce que M. Fillon, quand il parle comme il a parlé, parle au nom de l'UMP ? Non ! Il n'est pas le chef de l'UMP ! Peut-être a t-il parlé comme un futur candidat à la Présidence de la République. Et là il sait qu'il a besoin de faire 50% des voix au moins et par conséquent qu'il ne peut pas se passer d'une certaine sympathie ou au moins d'une neutralité du Front National..."

Vous pensez qu'en 2017 l'UMP aura besoin du FN pour gagner ?

"Je pense que ça peut être l'inverse ! Que Marine Le Pen, c'est mon souhait, se trouvera au 2ème tour en face du socialiste. Là elle a une chance de gagner !"

Cette prise de position de Fillon n'est-elle pas le signe que Marine Le Pen a édulcoré votre Front National ? Plus fréquentable, programme moins dur...

"Non, c'est dans l'esprit des gens, de nos adversaires, qu'il est peut-être plus fréquentable ! Au fur et à mesure qu'il grandit, il a une aura de puissance dont il faut tenir compte. Je crois qu'il fait sa route, trace sa route, avec assez d'efficacité, je le vois dans la rue. Je sors d'un hôpital, des tas de gens sont venus me saluer, il y a quelque chose qui change."

Vous reconnaissez votre Front National ?

 

"Tout à fait ! Il n'y a rien de changé !"

Aucune différence ?

"Il y a des différences. Marine Le Pen n'est pas Jean-Marie Le Pen ! Elle est une jeune femme, moi je suis déjà un vieux briscard..."

On la dit plus ouverte que vous sur certains sujets de société...

"C'est possible, nous ne sommes pas des clones ! Elle a sa propre personnalité ! Mais la ligne politique du mouvement, dans ses grandes lignes, n'a pas changé. Et heureusement d'ailleurs ! Le FN a été un précurseur dans l'analyse dans la situation. On le dit extrémiste : une extrême lucidité, un extrême courage ! C'est le seul extrémisme que je nous reconnais."

 

Est-il temps pour le FN de se mettre dans une logique de gouvernement ? Il faut des alliés pour gouverner... Faut-il passer à autre chose que l'opposition frontale à votre "UMPS" ?

"Non, ce n'est pas sûr ! Si le PS voulait gouverner seul, il le pourrait ! Il a le Président, la majorité absolue au Parlement... Il n'est pas nécessaire d'avoir des alliés, mais c'est au moment des élections que les gens se déterminent. Si l'UMP quitte un certain nombre de ses positions, il est possible à ce moment-là qu'elle se rapproche du FN. Mais elle tiendra compte, comme elle le devrait, de l'opinion des Français... Et celle-ci est en train d'évoluer..."

 

Mais le FN a besoin d'alliés, quand on regarde les forces électorales, pour espérer gouverner...

"Le scrutin à deux tours comporte une logique de regroupement au 2ème tour. Cette logique n'a jamais été respectée par l'UMP qui a toujours refusé de faire ce que fait la gauche avec le PCF, les Verts, tout naturellement il y a un regroupement à la gauche. L'UMP ne le fait pas, c'est pourquoi elle a été battue dans toutes les éléctions qui ont précédé."

Les Le Pen, 3 générations en politique... Marion Maréchal Le Pen a une position plus timide sur la peine de mort. Doit-elle rester un point central du programme du FN ?

"C'est un point de vue personnel. Moi je suis en faveur de la peine de mort. Je crois que la peine de mort est la peine capitale, la plus importante du Code Pénal, est celle qui correspond à des crimes abominables, affreux, auxquels ne correspond pas la prison."

Elle doit rester la pierre angulaire du programme du FN ?

"C'est en tout cas mon opinion à moi. C'est une sagesse, pas un sentiment, c'est une expérience qui me porte à penser que quand la gravité de la situation sécuritaire est en cause, quand il y a de plus en plus d'insécurité, il est normal que l'Etat ait la main plus ferme"