Monique Plouchard : "Bertinotti doit devenir notre porte-parole"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Monique Plouchard a été touchée par la tribune de Dominique Bertinotti, ministre et victime d'un cancer du sein.

Monique Plouchard, 60 ans, atteinte d’un cancer du sein

Ses déclarations :

 

Vous êtes directrice d'un théâtre dans le Val d'Oise, vous avez appris en juin que vous étiez atteinte d'un cancer du sein. Comment avez-vous réagi en découvrant la tribune de Dominique Bertinotti ?

"J'ai eu une réaction plutôt mitigée. Bien sûr je compatis, je sais par quoi elle est passée : l'annonce brutale, passer du statut de bien-portant à celui de malade en une seconde, je sais ce qu'elle a vécu. Ensuite, j'ai entendu parler de révélation, ça m'a un peu choqué : une maladie comme le cancer, il n'y a pas à la cacher. Que ce soit dans l'intime pour elle et qu'elle n'ait pas envie de le dire, parce qu'en tant que femme politique, publique, et femme tout court, je sais combien c'est difficile..."

 

Ca dit quelque chose du regard de la société sur le cancer : un tabou, presque une maladie honteuse. Elle a eu besoin de le dire...

"Tout à fait, et pour ça je lui suis reconnaissante. Mais pourquoi l'a t-elle fait en novembre alors qu'il y a eu octobre rose, opération d'Etat ? Pourquoi ne l'a t-elle pas fait à ce moment-là, où l'impact aurait été important sur les programmes de dépistage ?"

Quand vous avez appris votre cancer du sein, comment l'avez-vous géré ? A qui l'avez-vous dit ?

"A tout le monde. Collègues de travail, famille..."

 

Le regard des autres a été dur à gérer ?

"Pas tout de suite. Sur le moment, c'est bien agréable d'être entourée. C'est la première phase. Après j'en ai eu marre d'être entourée, je voulais être normale. J'ai été amputée d'un sein, c'est encore un autre regard sur soi et que les gens portent sur vous. Mais plus le temps passe, plus que je ne veux pas qu'on dise que je suis courageuse : j'ai mes moments de faiblesse, où je pleure, où j'ai peur. Comme toutes les femmes qui passent par-là, comme la ministre j'imagine, et pour ça je suis très solidaire."

Bertinotti explique vouloir envoyer un message aux employeurs : oui, on peut travailler. Beaucoup de femmes sur les réseaux sociaux n'ont pas accepté cette prise de position...

"Là je m'associe complètement à ces réseaux sociaux, dont je fais partie ! Cette méconnaissance. Les employeurs ne décrètent pas la longue maladie, ce sont les médecins et les malades. Je me suis demandé comment elle pouvait être ainsi déconnectée..."

Elle voulait peut-être dire aux employeurs : moi ministre je peux le faire, ne jugez pas toutes les autres femmes qui veulent travailler mais soutenez-les.

"Moi je trouve ça formidable quand une femme peut travailler malgré la chimio, l'amputation, les souffrances... Si elle a le courage, tant mieux, mais ce n'est pas une référence absolue. C'est là où je m'insurge un petit peu avec ce discours : la ministre, tant mieux si elle a pu continuer son travail, je l'en félicite mais ce n'est pas le cas de toutes les femmes. Moi je suis très fatiguée, aujourd’hui je n'ai pas pu sortir, je suis restée au lit toute la journée. On ne peut pas généraliser : il y autant de cancers du sein que de femmes ! Ca dépend de l'âge, la condition sociale, l'endroit où l'on se trouve..."

Vous avez peur que les autres femmes, celles qui ne peuvent pas travailler, soient considérées comme des feignantes ?

"Tout à fait ! C'est exactement ça. Vous savez, travailler en ayant une envie de vomir permanente, ou en vomissant, c'est monstrueux, inhumain."

 

Si Dominique Bertinotti vous écoute ce matin, que voulez-vous lui dire ?

 

"Puisqu'elle a été touchée dans sa chair, il y a tant de choses qu'elle pourrait faire pour faire avancer ! J'ai appris qu'il existait un test pour permettre de savoir s'il faut ou non une chimio : il coûte 3.000 euros, non remboursé. Vous ne croyez pas que ce serait une avancée formidable ? Ca coûterait beaucoup moins cher à la Sécurité Sociale que les chimio systématiques."

Elle doit être votre porte-parole ?

"Oui, très clairement. Si quelqu'un dans l'hémicycle peut nous aider à faire avancer des dossiers, pour accorder par exemple un véritable statut pour la précarité de certains cancéreux, ce serait formidable déjà. Et puis les inégalités sur le territoire, certaines femmes font des kilomètres pour se soigner, perdent leur emploi parce qu'elles sont en CDD... Je suis convaincue qu'elle va nous aider maintenant."

Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?

"Bien. Assez privilégiée, car j'ai le sentiment d'être très bien soignée. Je suis soignée au même endroit que Mme Bertinotti, même si moi j'attends trois heures mon tour pour passer, mais au moins je suis contente de voir ma chirurgienne. Ce sont des choses lourdes à porter, qui fatiguent énormément, mais je me sens bien. Et je sens que j'ai peut-être quelque chose à dire maintenant là-dessus."