Madonna : "Je recevais des menaces de Marine Le Pen"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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La star internationale se confie sur Europe 1 à l'occasion de la sortie de son nouvel album.

Invitée : Madonna

Cette interview a été réalisée par Géraldine Woessner, correspondante d'Europe 1 aux États-Unis.

Q : Bonjour Madonna et merci de répondre aux questions d’Europe1

 

M : Bonjour

Q : Madonna, avant de parler d’actualité, on va revenir sur votre nouvel album qui est très étonnant parce qu’il mêle des genres très différents, mais aussi parce que vous y avez invité de très nombreux artistes… Comment avoir réussi à faire travailler tout ce monde ensemble ?

M : Chaque artiste avec qui j’ai travaillé est venu avec son caractère, sa personnalité, son sens de l’humour, sa manière de travailler etc. etc… on a dépassé nos différences… C’est difficile à expliquer, mais l’alchimie s’est faite…

Q : C’est ce qui s’est passé avec Alicia Keys ?

M : En fait, Alicia est la propriétaire du studio où j’enregistrais l’album… Un jour elle est passée nous dire bonjour lorsque nous travaillions sur le titre "Living for love"… Et là je me suis dit : « Alicia est là, pourquoi ne pas lui demander de jouer un peu de piano ? » Elle l’a gentiment fait, et maintenant c’est sur l’album (EXTRAIT) Tout cela n’était pas prévu, c’est juste parce qu’Alicia passait par là !

 

Il y a des titres très personnels, notamment « Rebel Heart » dans lequel vous dévoilez une grande vulnérabilité, et dans le même temps cet esprit, que l’on connaît, l’esprit d’une Madonna gagnante, presque conquérante…

M / Oui, et ce sont mes deux facettes, le côté rebelle et le côté romantique… Et bien sûr cette dimension invincible qu’il y a en moi. Chacun de nous a différents aspects en lui… C’est ce que je dis dans la chanson Joan of Arc, Jeanne d’Arc : je raconte que même un cœur d’acier peut être brisé. C’est ainsi : on est tous traversés par les doutes, la faiblesse, la vulnérabilité, la peur.

Q : Justement Madonna, votre ordinateur a été récemment piraté par un hacker qui a dérobé beaucoup de données personnelles… Cela vous a visiblement beaucoup marqué…

M : Bien sûr ! Je me suis battue jusqu’à ce que l’on retrouve le type qui avait fait ça. Si je ne l’avais pas fait, il ne serait pas en prison aujourd’hui, et surtout personne ne le saurait : on a volé une part de moi-même ! Mon ordinateur a été piraté, et les données de mes proches également, pendant plus de 10 ans !

 

Q : Pour vous c’est un viol ?

M : Absolument ! Vous voir dérober des données, une part de vous-même, depuis si longtemps, sans le savoir… Des lettres personnelles, des photos, tout mon travail, même des relevés financiers, tout… Oui, ce piratage, c’est un viol !

 

Q : Cette menace du piratage des données de stars, elle est devenue malheureusement très banale… Comment pouvez-vous vous protéger ?

Par l’écriture… Oui, l’écriture.

 

Q : En janvier dernier, vous, Madonna, vous avez adressé un message de soutien à la France, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher… Vous êtes l’une des rares artistes internationales à l’avoir fait, à l’avoir fait aussi vite… Et quand on écoute votre nouvel album, il y a un titre qui paraît presque prémonitoire, c’est Ghost Town… (Extrait) Ghost Town, c’est une chanson d’actualité pour vous Madonna ?

M : Oui, cette chanson, Ghost Town, la ville fantôme, c’est l’histoire d’un couple en fuite ; l’histoire des deux derniers amoureux qui tentent de survivre dans un monde post apocalyptique… Et j’ai l’impression que ce monde, c’est celui vers lequel on se dirige, si on continue à se comporter comme ça, à maltraiter les autres comme on les maltraite, à entretenir ce niveau d’intolérance, de discrimination, de préjugés, de haine envers les autres, envers tous ceux qui sont différents…

 

Q : C’est un message qui s’adresse à la France ?

M : Partout ! En Iran, au Nigéria, en Serbie, au Mexique, en Turquie, ce message est valable partout !

Q : Il y a deux ans, lors de votre tournée en France, vous aviez eu des mots très forts, vous aviez été le témoin, disiez-vous je cite « de choses effrayantes qui se passent en Europe »… Madonna, c’est un message qui est toujours d’actualité ?

M : Lorsque j’ai pris la parole, lors de mes derniers concerts, notamment ici à Paris, à l’Olympia, je parlais spécifiquement de la montée du parti fasciste. A l’époque, je recevais beaucoup de critiques, mais aussi des menaces de la part de Marine Le Pen et de son parti… (silence/hésitation)… Mais… comment dire… je faisais seulement un constat… j’observais que la France était le pays qui avait le premier accepté les gens de couleur, qui avait accueilli des artistes comme Joséphine Baker, Charlie Parker, des écrivains, des peintres… Bref je rappelais que la France avait été une terre d’asile pour tous ces gens-là, que la France avait encouragé la liberté, sous toutes ses formes, au cinéma, dans les arts en général. Et que malheureusement, cet esprit avait complètement disparu.

J’ai dit cela il y a deux ans, mais c’est valable pour aujourd’hui, pour cette époque folle que nous traversons et qui me fait penser à l’Allemagne nazie. Tous ces gens, ce niveau d’intolérance, c’est effrayant, et cela ne concerne pas que la France, c’est vrai pour l’Europe toute entière, mais particulièrement en France ! L’antisémitisme, cette vieille rengaine aryenne, cette façon d’être, de penser, d’agir dans un climat de peur extrême… Tout cela me terrifie.

 

Q : Dernière question Madonna, vous verra-t-on avec Stromae lors de votre tournée en France ?

M : J’adore Stromae et j’aimerais beaucoup travailler avec lui… Je ne suis pas sûre que l’on arrivera à faire un duo ensemble, mais je serai en France cet été, alors on verra !

 

Q : Merci Madonna d’avoir répondu aux questions d’Europe1, merci beaucoup !

M : De rien (en Français)