Le procès des prothèses PIP

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Le tribunal correctionnel de Marseille rendra aujourd'hui son jugement dans le procès des prothèses mammaires PIP.

 Joëlle Manighetti, victime des prothèses PIP

e matin à 7h45, Europe 1 recevait Joëlle Manighetti, victime des prothèses PIP. Ses principales déclarations : En 2009, vous avez été opérée du cancer du sein. On vous a posé une prothèse PIP. Que s'est-il passé ensuite ? "En novembre 2009, on m'a enlevé le sein suite à ce cancer. On m'a remplacé le sein par une prothèse PIP au cours de la même intervention. J'étais très satisfaite à mon réveil : une ablation de sein est très mutilant, très difficile à vivre. Trois semaines plus tard, j'ai eu un gros problème inflammatoire, une réouverture de ma cicatrice sans que mon chirurgien ne comprenne. Deux mois après, une formation de coque à un grade très élevé : mon chirurgien n'avait aucune explication. Début avril, nous avions rendez-vous pour faire le point. La veille est sortie la décision de police sanitaire : il a pris la décision de me changer immédiatement cette prothèse." Elle fuyait ? "Quand il m'a réopéré début mai, la prothèse n'était pas rompue mais elle fuyait. La membrane était poreuse, il m'a changé cette prothèse après un nettoyage minutieux de toute la loge opération. Mais la cicatrisation n'a pas pu se faire, cette prothèse m'a été enlevée quelques semaines plus tard." Ces problèmes ne sont pas liés au cancer mais à la prothèse ? "Le sein étant enlevé, le cancer a été éradiqué. C'est le gel qui s'est répandu qui a causé l'inflammation, les retards de cicatrisation et tous les dégâts locaux qu'on a mis quelques temps à réparer." Combien de fois avez-vous été opérée à cause de cette prothèse ? "Neuf fois, pour reconstruire le sein. Je ne voulais plus de prothèse du tout, quelle que soit la marque. Je n'avais absolument plus confiance. J'ai eu à chaque fois de grosses inflammations, des problèmes de cicatrisation. La dernière intervention a eu lieu le 28 octobre. J'en suis à 4 ans après la première intervention : je commence seulement à avoir quelque chose qui ressemble à un sein. J'ai toujours des douleurs, des petits soucis locaux. Mais globalement ça s'est un peu arrangé, mais il y a eu 9 interventions." Vous êtes à Marseille, le tribunal correctionnel va rendre son jugement. Une condamnation de Jean-Claude Mas pourrait apaiser vos souffrances ? "Les apaiser, les effacer, surtout pas, compte tenu des dégâts sur les victimes, du nombre de victimes. 4 ans de prison, ça représente quelques secondes par victime, c'est insuffisant, c'est certain. Mais c'est un premier pas et nous attendons avec impatience ce verdict en espérant que ce sera le maximum." Que pensez-vous de Jean-Claude Mas ? "Je l'ai revu à la télévision il y a pas très longtemps, dans une interview. Il est toujours persuadé que son gel est le meilleur, qu'il n'est absolument pas dangereux. Moi j'attends qu'il soit condamné, je vais lui redire que son gel est dangereux, que nous sommes toutes marquées à vie et que j'espère qu'il le sera aussi, qu'il ne pourra plus se regarder dans une glace sans penser à nous. Comme nous ne pouvons plus nous regarder dans une glace sans penser à lui." Vous attendez des excuses ? "Pff. Il l'a déjà fait, en mai, fortement poussé par son avocat. Ses excuses ne sont absolument pas sincères. Ses excuses, je m'en contrefous, elles ne m'apporteront rien du tout." Vous vous battez pour quoi aujourd'hui ? "Il y a plusieurs combats. Le fait que certaines femmes n'ont toujours pas été réopérées, faute de moyens financiers. Le deuxième combat, c'est que les certifications changent, que les procédures soit revues. Il est inadmissible qu'on nous implante des dispositifs médicaux dans le corps - et pas seulement des prothèses mammaires, les gens doivent comprendre que ça concerne tous les dispositifs médicaux, n'importe qui peut être concerné, ça concerne les prothèses de hanche, de genoux, les pacemakers - sans aucune garantie de sécurité puisqu'il n'y a aucun contrôle sur pièce. Le troisième combat, c'est obtenir une enquête de suivi médical pour toutes les femmes qui ont porté ces prothèses. Actuellement il y a des expertises en cours : on ne peut pas nous dire ce qui va nous arriver dans l'avenir. Absolument personne ne peut nous dire que ce gel n'est pas dangereux : on ne sait pas ce qu'il peut provoquer dans l'organisme dans les années à venir. Il faut absolument qu'on soit suivies par rapport à des femmes qui n'ont pas eu de prothèses du tout ou des prothèses d'autres marques. Pour qu'on puisse comparer si nous développons des pathologies diverses, pour les rapporter dans le prochain procès pour blessure et homicide involontaire, qu'on puisse défendre nos droits." Les autorités de santé ont fait le nécessaire dans ce dossier ? "Non. Pas du tout. Tout le monde sait qu'il y a eu des alertes à l'étranger, des alertes chez nous de la part de certains chirurgiens. Les autorités sanitaires ont mis trop de temps à écouter et à réagir."