"Le ménage, pas vraiment fait dans la police marseillaise"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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"La hiérarchie policière marseillaise était au courant, mais ça ne les arrangeait pas, ils sont dans une politique du chiffre." déplore Sébastien Bennardo.

Sébastien Bennardo, ex-membre de la BAC nord de Marseille et auteur de « Brigade anti-criminalité » (Ed. Flammarion).

Ses principales déclarations :

 

Quel constat faites-vous en arrivant dans la BAC Nord en 2006 ?

"Une partie des policiers est correcte évidemment, mais il y a des brebis galeuses qui la ramènent, qui font comprendre que vous êtes le jeune, que vous devez rester à votre place. Je viens des quartiers nord, je connaissais déjà tout le monde, je les avais déjà vu en tenue faire le plein de leurs voitures gratuitement... Ce qui déclenche ma volonté de parler, c'est que je suis éjecté du service. Durant mon absence, ces personnes m'ont calomnié, on a dit que j'étais le voleur. En 2009, j'ai un entretien avec mon officier, je lui dis que lui et moi savons qui sont les voleurs."

"Je n'ai pas attendu 2011 ! On a tout dénoncé en 2009, à toute notre hiérarchie. La hiérarchie policière marseillaise était au courant, mais ça ne les arrangeait pas, ils sont dans une politique du chiffre."

Vous avez parlé à la Commission nationale de la déontologie et de la sécurité. Jacques Dallest dit qu'il ne s'en souvient pas...

"Il ne s'en souvient pas, mais c'est Roger Beauvois, président de la commission, qui l'a appelé. J'ai avisé mon officier, il a avisé le DDSP de Marseille, il a décidé de m'éjecter du service car je ne rentrais pas dans le moule. En septembre 2009, tout le monde est au courant mais je suis le seul à ouvrir ma bouche."

 

Certains dans la police disent que vous êtes sorti de la BAC pour accumulation de fautes, comportement, condamnation à de la prison avec sursis pour un faux PV...

"Oui, c'est vrai, mais pas en 2009. Quand je suis éjecté, je suis en conflit avec des services : ça dérange de ramener des affaires le vendredi..."

Vous parlez du manque de moyen : 350.000 habitants, "jungle inextricable", une seule voiture de police patrouille le dimanche pour "toute cette populace"... Jungle, populace, ce n'est pas très respectueux pour ces citoyens que vous devez défendre...

"Oui mais c'est la réalité. Le vendredi, il ne fallait pas rentrer d'affaire, sinon les gens allaient travailler le week-end. Automatiquement vous entrez en conflit si vous n'appliquez pas ce qu'on vous dit..."

Pourquoi êtes-vous au chômage aujourd'hui ?

"Il faut demander au ministère de l'Intérieur. Je n'ai aucune idée, sinon que l'on gêne la police marseillaise... Ma conviction, c'est que la police nationale fait très bien son travail. Après, Marseille est un problème immense qu'on ne prend pas par le bon bout."

 

Vous êtes menacé ?

"Oui, c'est régulier, mais ça reste des menaces... Je sais me défendre."

Vous êtes pizzaiolo...

"J'aide des restaurateurs mais je ne trouve pas d'emploi".

 

Vous avez le sentiment d'être victime dans cette affaire ?

"D'avoir été instrumentalisé par un homme d'Etat. Par le Préfet Gardère."

Qui vous a fait parler et vous a lâché...

"Il n'a pas tenu parole, il ne nous a pas protégés. Je ne suis pas le seul... Je suis le seul révoqué mais d'autres collègues sont en souffrance. Honnêtement, je ne pense pas que le ménage a vraiment été fait dans la police marseillaise. Manuel Valls a donné des instructions, la BAC a été dissoute. Les policiers ne devaient pas reprendre en service BAC. J'ai une note de service : 2 mois après, des policiers de la BAC nord dissoute ont été réintégrés en bac district. C'est la même chose pour moi."

"Je n'ai pas de demande à Manuel Valls. S'il veut me recevoir, il le peut."

Si c'était à refaire, vous referiez pareil ?

"Joker. Ma vie est détruite, je n'ai pas de travail, ma famille souffre. Le jeu en valait-il la chandelle ? Faut-il croire l'homme d'Etat ? Telle est la question."