Le Graët : Evra, "un écorché vif"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Le président de la Fédération Française de Football connait bien Patrice Evra. Même s'il admet un "dérapage", il n'envisage pas de l'exclure de la sélection.

Noël Le Graët, président de la Fédération Française de Football

Ses principales déclarations :

 

L'Ukraine, un bon tirage. Nous irons à la Coupe du Monde, c'est réglé ?

"Il ne faut jamais dire ça ! Un match, il faut toujours le jouer. On est peut-être favoris, encore que l'Ukraine est devant nous au classement FIFA donc l'enthousiasme général est peut-être à modérer. Ils ont fait une très belle saison, c'est un pays de football qui progresse beaucoup."

Ils vous font peur ?

"Oui, mais parce que j'ai été tellement habitué... En je ne sais combien d'années de présidence, quand on a un match dit facile, il faut se méfier. Par contre, recevoir le mardi au Stade de France, c'est bien ! C'est non pas un avantage, mais si on est un peu accrochés au match aller, on est plus à l'aise chez nous en principe..."

En cas d'élimination, Didier Deschamps restera à la tête des Bleus ?

 

"Non non, on ne parle pas d'élimination, le match est à jouer... Ce n'est pas du tout à l'ordre du jour, pas dans l'esprit. On vient de tirer, on va jouer l'Ukraine, on verra !"

 

Dans tous les cas de figure, Didier Deschamps sera à la tête des Bleus ?

 

(Agacé, il est prêt à quitter le studio) "Je ne réponds pas à cette question, ce n'est pas du tout à l'ordre du jour. Vous avez le droit de poser la question que vous voulez, j'ai le droit de répondre comme je l'entends. Du moins j'imagine..."

L'Equipe de France voit son image un peu écornée par la polémique...

"Evra va être reçu dans les délais les plus courts..."

Vous êtes choqué ?

"Je suis un peu gêné par rapport aux hommes que je connais, qu'il a un peu voire beaucoup maltraité, donc ça ne convient pas. Humainement, je pense... Mais je connais Evra depuis longtemps : c'est un écorché vif, assez facile à mettre en colère, je regrette la fin de son interview car le début était parfait. Il a parlé avec des termes élogieux de l'Equipe de France et de Ribéry... Je vais le rencontrer, je préfère avoir les gens en face de moi. Je vais lui demander ce qu'il s'est passé, son état d'esprit..."

Il peut être exclu de l'Equipe de France à cause de ses propos ?

"Non, je ne pense pas, on verra comment il va se comporter..."

Si Deschamps le décide, Evra jouera les barrages ?

"On va recevoir Evra, dès que je l'ai reçu, je réponds à vos interrogations. Je l'appelle ce soir si je peux [interview enregistrée lundi soir], il joue mercredi en Champions League, on va le laisser disputer son match tranquillement."

Les médias ont dramatisé ses propos ?

"C'est un dérapage ! Ce n'est pas d'une énorme gravité, il s'est accroché avec quelques hommes qu'il connait bien, ce ne sont pas des journalistes-type, ce sont des consultants mais ça n’enlève rien... J'ai présenté mes excuses au nom de la Fédération à Fernandez et Lizarazu, je vais le faire pour les autres... Ceci dit, il n'y a pas de quoi non plus en faire une montagne. C'est Evra en colère que je connais depuis longtemps."

Evra en colère a sa place pour booster pour l'Equipe de France ?

"L'Equipe de France est en gros progrès, on est mieux qu'il y a un an, Evra fait partie du groupe, on verra comment il se comporte pendant le rendez-vous. L'envie, c'est d'arranger les choses quand on peut, tout le temps. Nous avons deux matchs importants à disputer, on a besoin de tout le monde"

A propos de la taxation à 75% et de la menace de grève en Ligue 1... On a du mal à plaindre OM ou PSG quand ils disent qu'ils ne veulent ou ne peuvent pas payer...

"Je ne crois pas que le PSG a fait ce genre de déclarations. La taxe est lourde, très très lourde, elle était il y a quelques temps destinée aux joueurs, c'était moins pénalisant : nos clubs sont en période de redressement, tous font beaucoup d'efforts pour équilibrer leurs comptes. Lyon diminue son effectif non pas par plaisir, Bordeaux... La taxe est injuste pour des sociétés qui sont en difficulté. Le mot grève ne convient pas. Ils sont assez grands, ce sont des grands garçons, des patrons, mais je trouve que l'idée d'une grève de club de foot ne correspond pas à une réalité qui serait perçue positivement par le grand public."

Vous dites que la taxe est injuste, mais quand on a les moyens de payer des joueurs 1 million d'euros par an, on a les moyens de payer les impôts qui vont avec...

"Bien sûr, mais je trouve que les clubs qui ont ce genre de salaires sont en concurrence avec d'autres. Si on jouait franco-français, il n'y aurait pas de problème. C'est une taxe française qui pénalise des entreprises en difficulté, ça ne se fait dans aucune autre ! J'habite en Bretagne, voyez la situation compliquée de l'agroalimentaire, il ne viendrait à l'idée d'aucun gouvernement de taxer des entreprises qui ont du mal... Le football se redresse économiquement, on fait attention. Mais les salaires donnés, ce n'est pas parce que les présidents de club veulent absolument les donner : ils sont en concurrence avec anglais, espagnols, allemands, italiens... Et les joueurs paient beaucoup d'impôts ! Ils sont d'excellents contribuables."

A l'heure où les Français font des efforts, n'est-il pas normal que les clubs participent à l'effort ? Vous le disiez en décembre dans 20 Minutes... .

"Oui, parce que tant que les joueurs payaient la taxe, ça ne me dérangeait pas trop. Mais l'entreprise qui a du mal à équilibrer ses comptes, à investir, pour elle c'est extrêmement difficile. Je trouve la taxe injuste pour les clubs car ce sont des entreprises en difficulté mais le mot grève ne correspond pas à ce que pense le grand public."

Vous ne l'accepterez pas ?

"Ils peuvent faire grève, quels sont les moyens de la Fédération ? Les secouer pour qu'ils aillent jouer ? Je pense qu'ils n'iront pas au bout de cette menace."