"La seule chose à faire, c’est avoir confiance"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Les parents de Didier François n'ont pas eu de contact avec leur fils, retenu en otage en Syrie, depuis 7 mois.

Joëlle et Roger François, les parents de Didier François, journaliste retenu en Syrie depuis 7 mois

 

Leurs principales déclarations :

Roger : « La dernière preuve de vie dont on nous a parlé remonte à début octobre : on ne nous a rien dit sinon qu’il y avait la preuve qu’il était vivant. On ne nous a rien montré, pas donné de détails. On ne sait pas s’il s’agit d’une photo, d’une vidéo, d’un message audio, et nous n’avons pas pu lui adresser de message. »

Joëlle : « Nous n’avons aucune nouvelle directe depuis le 6 juin. C’est difficile : cette inaction, le fait de ne rien savoir… On se méfie de notre imagination, on essaie de ne pas avoir trop d’image. La seule chose à faire, c’est avoir confiance, confiance en ceux qui s’occupent de le faire revenir, en sa force de caractère, en notre soutien entre nous, en famille. »

Roger : « Nous nous parlons, avec le grand-père d’Edouard (Elias). On se téléphone, on se voit. On a moins de contacts directs avec les familles de Nicolas Hénin et Pierre Torres. »

Joëlle : « Et il y a le comité de soutien où l’on se rencontre, présidé par Florence Aubenas. »

Savez-vous, vous dit-on si Didier et Edouard sont détenus ensemble ?

Roger : « Nous n’avons pas d’information, et on ne sait pas de façon claire qui les détient. Ça change : on croit savoir, et puis on s’aperçoit que c’est différent, et ça revient… Nous n’avons aucun élément fiable sur lequel nous appuyer. Mais je ne pense pas que ça change grand-chose. »

Joëlle : « On ne vit plus ! On hiberne un peu, on se met en retrait, on essaie de tenir. Il faut être en bonne santé, morale, physique, pour quand il rentrera. Lui fait sûrement preuve de courage, nous devons faire la même chose. On y pense énormément. »

Roger : « Il n’est pas parti rassuré en Syrie. Il pensait que ça devenait difficile. »

Joëlle : « Chaque fois qu’il part, on essaie de se voir juste un peu avant. Se voir, c’est peut-être suffisant, sans en parler… On a cette façon de se contenir entre nous. »

Roger : « Nous ne sommes jamais intervenus dans ses décisions. Depuis le temps qu’il fait ce métier, qu’il va dans des endroits dangereux… On ne cherche pas à le mettre dans une situation de fragilité. Une fois qu’il est parti, qu’il l’a décidé, c’est son travail, il le fait, on n’intervient pas. »

Roger : « Il ne faut pas le lui dire, il se fâcherait mais, oui, nous sommes fiers de lui. »

Joëlle : « C’est au-delà de la fierté pour moi ! Mais il le sait : ce sont des choses qu’on ne se dit pas. C’est aussi pour ça que je veux résister : je veux qu’il soit fier de moi quand il rentrera. Qu’on ne lui dise pas que je me suis effondrée. »

Que diriez-vous aux ravisseurs ?

Joëlle : « Je sais ce que j’ai envie de dire… Mais pouvoir le dire… Je voudrais qu’ils le respectent, c’est tout. »

Et si votre fils pouvait entendre un message ?

 

Joëlle : « C’est trop difficile à dire comme ça… Que je crois en lui, que je l’attends, qu’à chaque coup de téléphone je crois qu’il va rentrer. »

Roger : « Je lui dirais qu’on est avec lui, qu’on lui fait confiance. Qu’on leur souhaite de tenir, ils le feront, on le sait. Ils sont assez formés à ça pour ne pas se laisser aller au désespoir… Ça peut arriver mais a priori on leur fait confiance sans y mettre de marge quelconque. Et puis il faut dire aussi qu’Europe 1 est très présente avec nous, à tous les étages. »