Grange : "J'ai trouvé la force nécessaire pour déployer mon ski"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Jean-Baptiste Grange se confie au micro de Thomas Sotto après son titre de champion du monde de slalom.

"Jean-Baptiste Grange, on ne vous attendait pas : où êtes-vous allé chercher cette médaille d'or ?

"Je pense que ça a été beaucoup de travail après pas mal de galères. Il y a eu un énorme boulot de fait, notamment avec le staff de l'équipe de France, tout le groupe et les collègues d'entraînement aussi. Ça faisait un moment que je skiais bien. C'est vrai qu'en course, cet hiver, ça avait du mal à se mettre en place. Peut-être parce que c'était les Championnats du monde : ce jour-là, j'ai réussi à trouver la force nécessaire pour vraiment déployer mon ski."

On se dit "C'est pour moi" le matin ? C'est le déclencheur ?

"Non, c'est vrai qu'on se le dit souvent ! On peut se lever et se dire qu'aujourd'hui on n'y arrivera pas : c'est vraiment dans les 5 ou 10 dernières minutes avant la course que tout se décante et qu'on trouve le bon feeling. Ça se joue à très peu de choses, comme souvent. J'ai été surpris que mon ski se mette aussi bien en place sur ce type d'évènements. C'était vraiment le moment parfait pour le faire."

Vous avez ce ressenti pendant la course, vous sentez que vous réalisez un gros temps ?

"C'est délicat : je restais sur deux courses vraiment moyennes avant les Championnats. Je sentais que c'était bien, ce que je faisais. Malheureusement, on ne sait jamais vraiment où on est quand on descend ! Je savais que je faisais une bonne manche, que je déployais mon ski, que je prenais des risques où je voulais les prendre, que ça passait... Mais il y a parfois la "sanction" : quand on passe la ligne d'arrivée et qu'on regarde les scores. Quand je passe la ligne, c'est la surprise : je passe 5ème. Je me dis que c'est jouable pour la médaille, que j'ai fait une bonne manche."

C'est vrai que vous avez appelé votre maman avant les Championnats pour lui dire que vous vouliez tout arrêter ?

"Ah ça, fallait pas qu'elle le dise... Quand tu loupes une course, il y a de l'énervement, de la frustration, ça ne se mettait pas en place, j'étais à des années-lumière d'être au contact des meilleurs."

Vous avez pensé à ne pas y aller ?

"Non, quand t'es sélectionné, que tu représentes ton pays, c'est toujours une fierté. Ça te donne quelque chose de plus."

Vous avez eu plusieurs blessures ces dernières années. A l'approche de la trentaine, vous avez pensé à ranger les skis ?

"Ce qui a surtout été délicat, c'est le mal de dos. C'était tous les jours et même la nuit ! Pendant un an et demi, j'ai eu mal au dos tout le temps quasiment. Je me suis dit que ça ne passerait pas, que je ne pourrais pas continuer comme ça. De fil en aiguille, le dos allait mieux. Les blessures au genou, c'était dur, surtout la répétition, j'avais l'impression de ne pas m'en sortir. A un moment, on met tout à plat, on repart tranquillement. Ça a mis du temps pour se remettre mais sans le mal de dos, pouvoir skier, faire ma passion, sans douleur, ça a été un grand soulagement. Il y a eu beaucoup de travail pour retrouver le haut niveau. Ça n'a pas toujours été facile : j'ai connu le très haut niveau. Quand on n'arrive plus à le faire, c'est dur. C'est une belle récompense d'y être arrivé."

À 11 ans, vous portiez un corset après deux hernies discales lombaires : on vous a dit que le ski, c'était impossible ?

"Je faisais le ski juste par passion. Il n'y avait pas d'attente mais on m'enlevait mon rêve : je rêvais de faire comme ceux que je voyais à la télé. J'espère que les jeunes, en me voyant, se disent la même chose."

On vous a conseillé de faire du ski de fond à ce moment-là ?

"Oui, on me l'a conseillé car c'est moins traumatisant, mais le ski de fond, c'est un autre sport, c'est un peu plus laborieux..."

Les JO 2018, ça peut être avec vous ?

"C'est possible : j'aurai 33 ans, le champion olympique l'an dernier avait 35 ans. On a énuméré un peu tous les pépins : il faut que le corps aille bien, il y a de l'usure. Je suis déjà comblé par ce que j'ai fait mais je suis un compétiteur ! Si l'envie est encore là, et si tout va bien d'ici là, j'irai avec grand plaisir."

Vos autres passions ?

"Je fais un peu de moto trial, du VTT descente, un peu de hockey, je vais aussi un peu à la chasse avec mon père qui m'a transmis cette passion."

La vie d'après ?

"Il y aura un peu de tranquillité, je serai sûrement dans mes montagnes, transmettre à petite échelle ma passion aux jeunes skieurs, pour le plaisir, pas comme métier. Je n'y ai pas trop réfléchi pour l'instant mais ça viendra !"