Fiscalité : 60 à 80 milliards d'euros quittent la France chaque année

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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"Industriels, peoples, sportifs, politiques pratiquaient l'évasion fiscale, j'en ai la preuve", affirme Nicolas Forissier.

Nicolas Forissier, ancien responsable de l’audit interne d’UBS France

Ses principales déclarations :

 

Vous avez découvert chez UBS que certaines activités n'étaient pas conformes à la loi...

"J'ai découvert un système de comptabilité parallèle, intitulés le carnet du lait, alimenté par des fichiers appelés vache ! Ils étaient destinés à faire ouvrir des comptes à des ressortissants français ou non, à l'extérieur, non déclarés. Partir de la France pour s'optimiser fiscalement ou ne pas déclarer ses comptes."

"Tous les cas de figure étaient possibles. Des chargés d'affaires suisses venaient démarcher en France ; des chargés d'affaires français recommandaient à leurs clients d'aller de l'autre côté de la frontière. L'ampleur : par an, 60 à 80 milliards d'euros quittent la France pour l'ensemble des banques."

"Au sein d'UBS France, c'était généralisé, c'était valable dans le monde entier ! On peut imaginer que plusieurs centaines de millions d'euros concernés par an en France."

"J'en ai parlé à mes supérieurs, aux autorités de tutelle, aux administrations compétentes en la matière : on m'écoute, on ne fait rien et je suis licencié pour mensonge, faute grave. Parce que j'ai dénoncé ce comportement. Les prudhommes ont cassé cela l'an dernier : pour les juges, j'ai été licencié pour ne pas avoir voulu souscrire aux pratiques illicites de mon établissement." [UBS a fait appel, nouvel examen en 2014]

"J'ai dénoncé ce système en 2007, j'ai les preuves : dates, noms des clients, agences concernées par ces mouvements illicites. Les clients, je ne peux pas dire leurs noms, les affaires sont en cours, mais il y a de riches industriels, des gens du show business, des peoples, des sportifs, des politiques... Pas de ministre en poste, peut-être d'anciens ministres, c'est possible."

Cahuzac ?

"C'est un nom que je n'ai pas vu mais que j'ai connu ! L'affaire Cahuzac ne date pas d'hier, il était de notoriété publique qu'un certain nombre d'hommes politiques et de personnalités sont connues pour faire de l'évasion fiscale."

Ce que vous avez dénoncé était le fonctionnement normal de la banque ou le fait de quelques personnes isolées ?

"Ce n'était pas le fait de quelques personnes isolées ! C'était une stratégie commune à quasiment toutes les banques ! Toutes faisaient la même chose. Le renforcement des lois contraint de ne plus le faire ; l'argent ne peut plus quitter la France pour financer l'économie d'autres pays."

 

Les noms que vous ne pouvez pas donner vont sortir ?

"Tous ! Sans exception, avant le 30 juin 2014, car le secret bancaire n'existera plus au-delà de cette date-là entre la France et certains paradis fiscaux. Il n'y a pas de ministre en poste, je n’ai pas vu d’homme politique en poste, mais des gens importants oui."

Vous travaillez un peu avec Yann Galut dans le cadre de son projet de loi sur la fraude fiscale. Vous y croyez ? On se donne les moyens ?

"Oui, on se donne vraiment les moyens. M. Galut ou Mme Mazetier nous ont apporté écoute et soutien, la loi qui sera présentée demain est vraiment très importante."

Vous avez peur aujourd'hui ?

"Oui ! Je ne suis pas protégé, j'étais une victime, on m'a traité comme un coupable. Les services de l'Etat qui devaient me protéger ont fait l'inverse, j'ai été placé sur écoute, sous surveillance. De grands services d'Etat le savent, j'en ai la preuve. C'est extrêmement difficile de se battre seul contre de grands groupes privés puissants et des administrations d'Etat. J'ai eu peur pour ma vie, j'ai peur pour ma famille."