Elisabeth Depardieu : "Guillaume n'a jamais eu peur de mourir"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Elisabeth Depardieu nous raconte son fils, décédé en 2008, qui sort un album posthume.

Elisabeth Depardieu, mère de Guillaume Depardieu, dont l'album posthume sort aujourd'hui

Elle répondait à Thomas Sotto.

 

Ses déclarations :

 

L'album posthume de Guillaume Depardieu sort aujourd'hui. Les titres semblent résumer ses souffrances : "Ma vérité", "L'estropié", "La violence", "Je fais ce que je veux de mon corps"... Il vous dit là ce qu'il n'a pas pu dire quand il était en face de vous ?

"A moi, il a tout dit, je pense ! Mais je pense qu'il avait besoin de témoigner, de tout ça, de son parcours. Il aimait écrire, chanter, ça faisait partie de ce qu'il avait envie de dire."

 

On a beaucoup parlé des rapports compliqués avec son père. C'est aussi ça, son disque ?

"Je ne crois pas ! Ça se résume à une chanson. Qui n'a pas de rapports compliqués avec son père quand il est connu, et que ce sont deux lions dans une même famille ?"

De quand datent ces chansons ?

"Il a toujours écrit ! Il me reste plein d'écrits de lui, si j'y arrive un jour je les mettrais en ordre. A un moment donné, il a essayé de faire des chansons de ses écrits."

Si j'y arrive un jour, dites-vous...

"Il faut pas mal de courage pour s'atteler à ça ! C'est violent aussi d'en parler."

 

Cet album, il en avait parlé ? C'était sa volonté ou la vôtre ?

"C'est sa volonté ! Il était prêt à le faire ! Il en a été arrêté juste parce qu'il est mort !"

Guillaume est mort il y a bientôt six ans, pourquoi avoir attendu ?

"Parce que ça a été très compliqué. Nous avons été partagés entre deux devoirs. Le devoir de fidélité, de transmettre tout de suite les maquettes telles qu'elles étaient. Et puis le devoir qui était celui de sa volonté : il voulait d'autres arrangements. Julie [Depardieu] s'en est occupé, elle a voulu être fidèle à ce qu'elle estimait être le désir profond de Guillaume."

On dira que vous voulez faire de l'argent sur le dos de leur fils...

 

"Il faut laisser dire ! Ça ne s'est pas fait avec de l'argent, mais avec de la sueur et des larmes."

Vous avez un faible pour le titre "Fast food"...

"Cette chanson me touche à deux titres. Déjà car c'est le titre préféré de ma petite-fille Louise, la fille de Guillaume. Et ensuite elle n'est pas dans la lignée de ce que vous disiez : ce n'est pas un récit de ses souffrances. Ca émane d'ailleurs chez Guillaume, un regard sur ce qu'il vivait, sur la société. Il n'était pas tellement dupe."

 

Vous arrivez à écouter toutes ces chansons ?

"Certaines sont plus difficiles que d'autres. "Je mets les voiles" par exemple, parce qu'elle a une double signification. Il ne l'a pas écrite pour dire qu'il mettait vraiment les voiles, mais il les a mises, de fait."

Il se définissait plus souvent comme musicien que comme un comédien. Encore un problème de positionnement vis à vis de son père ?

"Pas du tout ! Il s'est toujours vu comme un musicien car il a étudié le piano très tôt, il a fait l'école normale de musique. Il n'était pas du tout préparé à être acteur ! Le cinéma est venu est le chercher. Le goût lui en est venu et je crois que, là, justement il l'a fait pour retrouver son père, comprendre ce qui s'était passé. Je pense que ça a été un moteur de réconciliation entre eux. Et puis Gérard est quelqu'un qui ne parle pas : à travers le cinéma, c'était possible de dire des choses, je pense."

Gérard Depardieu a écouté cet album ?

 

"Oui bien sûr. Je pense qu'il l'aime, tout simplement !"

 

Guillaume avait-il envie de vivre ?

 

"Oui ! C'était l'homme des contraires ! Cette espèce de volonté de vivre incroyable le condamnait à prendre énormément de risques, dont il n'était pas toujours très conscient... Mais il acceptait ce qu'il y avait derrière : c'est quelqu'un qui n'a jamais eu peur de mourir."

Si vous deviez lui envoyer une chanson ?

"Je mets les voiles."

Que vous évoque la photo en couverture ?

"Toute une partie de lui, mais incomplète ! Il manque la joie de vivre, qu'il avait aussi."