Chambéry : "L'hôpital n'a pas compris ce qu'il s'est passé"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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"Il faut faire toute la lumière pour que le drame de Chambéry ne se reproduise pas", déclare Antoine Tessier.

Antoine Tessier, père de Millie, décédée à l’hôpital de Chambéry dans la nuit du 11 au 12 décembre 2013 et Me Charles-Henri Boeringer, avocat de la famille

 

Ses principales déclarations :

 

Votre fille est décédée 5 jours après sa naissance...

"Il nous a semblé important que les conditions dans lesquelles sont morts ces trois petits enfants soient connues de tous, pour que l'enquête puisse accélérer un petit peu et que les gens soient au courant."

Vous avez porté plainte pour homicide involontaire, qu'attendez-vous ?

"On attend essentiellement que toute la lumière soit faite sur ce qui a pu se produire, quelles causes ont pu entraîner le décès de trois petits bébés qui n'auraient jamais dû décéder, qui allaient dans le bon sens. Notre fille Millie n'était pas prématurée ; les deux autres l'étaient mais étaient sortis du stade de grande prématurité, ils allaient bien. Ces trois enfants devraient être là aujourd'hui. Il faut faire la lumière pour que ça ne se reproduise pas."

"Le jour-même, l'hôpital ne nous a pas expliqué grand-chose : c'est seulement cinq jours après que le chef de service de réanimation néonatale nous a reçus. Il nous a expliqué que notre petite fille était décédée suite à un choc infectieux fulgurant dû à des poches contaminées par une bactérie. On a senti qu'ils étaient complétement désemparés et tous très touchés. Ils ne comprenaient pas ce qui s'est passé. On a signé une autorisation d'autopsie, pour comprendre ce qui est passé : c'est nécessaire. Faire le deuil de son bébé est déjà assez épouvantable ; quand en plus on vous annonce que ça n'aurait pas dû arriver, c'est difficile à admettre. Il nous faut des réponses."

Me Charles-Henri Boeringer : "Oui, dans cette affaire, la ministre et les autorités judiciaires sont très mobilisés. Mais combien de temps ? Une fois le soufflé médiatique passé, seront-ils toujours mobilisés ? L'enquête avancera-t-elle aussi vite qu'elle semble avancer aujourd'hui ? On le souhaite."

Antoine Tessier : "On n'a eu aucun contact avec le laboratoire incriminé. Leur réaction ? Je pense qu'ils se défendent, ils sont dans leur rôle mais c'est assez difficile à entendre, quand leur avocat se plaint de la mise au chômage technique. On a presque l'impression qu'il nous accuse ! Mais il faut que la lumière soit faite ! Peut-être ne sont-ils pas les seuls responsables, ou même pas du tout... Mais leur commentaire est parfois difficile à entendre."

Trois enfants morts en l'espace de quatre jours : l'hôpital a été trop long à réagir ?

"La question doit être posée, mais l'enquête le déterminera."

 

Me Charles-Henri Boeringer, "mise en danger délibérée de la vie d'autrui", les mots sont durs ?

"Ce sont des infractions extrêmement graves. Le mot délibéré n'est pas neutre : ça veut dire qu'il y a une action faite en connaissance de cause, c'est particulièrement grave surtout dans le domaine de la santé publique."

Antoine Tessier : "Aujourd'hui, c'est grâce à notre fille qu'on arrive à reprendre pied, ne pas sombrer. C'est une douleur très vive à surmonter. Le souffle de vie de cette petite fille de bientôt 3 ans nous pousse à ne pas baisser les bras. Elle continue à vivre sa vie, elle est heureuse, elle réclame sa petite sœur, c'est difficile à expliquer à une enfant de cet âge. Nos enfants nous aident à surmonter cette histoire."