Tavares : le Pacte de responsabilité, "nous ne comptons pas dessus"

SAISON 2013 - 2014
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    Le patron du groupe automobile PSA considère que l'entreprise doit d'abord régler ses propres problèmes.

    Carlos Tavares, président du directoire de PSA

    Ses principales déclarations :

     

    Vous avez beaucoup intéressé les chasseurs de têtes... Qui est venu vous chercher ? L'Etat ou la famille Peugeot ?

    "C'est un chasseur de têtes, comme souvent dans notre industrie, qui m'a contacté, qui m'a demandé si j'aurais été intéressé par le challenge. C'est en ces termes que ceci m'a été proposé : après une courte réflexion, j'ai répondu par l'affirmative tant il m'a paru évident que mon expérience serait de nature à aider cette entreprise."

    Vous êtes resté longtemps au chômage ?

    "Trois mois."

    Quelle sera votre contribution pour faire baisser le chômage dans votre secteur ?

    "La contribution est claire et elle va fonctionner de la manière suivante : pour que nous puissions apporter notre contribution, il faut que nous puissions redresser les comptes de l'entreprise, qu'elle ait une situation économique robuste. Pourquoi : parce que si elle a une situation économique robuste, nous allons pouvoir investir plus, dans la technologie, dans les produits. Si nous avons plus de technologie, plus de produits attractifs, évidemment il y aura plus d'activité, notre part de marché va augmenter de manière rentable, et c'est au travers de l'accroissement de cette activité qui résulte de l'attractivité de notre technologie et nos produits que nous pourrons aider la société."

    Vous engagez-vous à ne fermer aucune usine en France ? Il parait que ça fait partie des clauses de l'accord qui a été signé ou va être signé le 26 mars...

    "Cet accord a déjà été signé. Le 26 mars, ce sera la signature de l'accord avec notre partenaire chinois et l'Etat Français. Mais l'accord avec nos partenaires sociaux a été signé, il prévoit en effet qu'il n'y aura pas de fermeture de site jusqu'en 2016 au moins."

    Et les effectifs ?

    "Les effectifs sont en train d'être ajustés, conformément à cet accord avec nos partenaires sociaux. Ils participent du redressement de l'entreprise."

    Le pacte de responsabilité pour la compétitivité est en train de progresser. Avez-vous besoin pour votre entreprise et votre succès que baisse le coût du travail, à ce moment-là que l'emploi soit stable et peut-être qu'il augmente ?

    "C'est toujours un facteur qui va dans le bon sens, bien entendu. Il est je pense honnête de dire que pour l'instant nous ne comptons pas dessus. Nous considérons que nous avons nos propres faiblesses, que nous devons traiter nos propres problèmes avec les moyens qui sont les nôtres."

    En combien de temps pourriez-vous dépasser les 3 millions de voitures ?

    "Franchir le cap des 3 millions me parait quelque chose qui est à notre portée à moyen terme, sous 3-4 ans, dépasser les 3 millions c'est tout à fait à notre portée, d'autant plus que nous avons maintenant une gamme très jeune. La gamme Peugeot a moins de 3 ans en moyenne, donc des produits très jeunes, très attractifs. Donc nous sommes effectivement dans une phase de croissance. J'observe que sur les deux premiers mois de 2014 nous avons significativement amélioré notre part de marché en Europe. J'espère que ça va durer pendant de nombreux mois voire plusieurs années".

    PSA compte plus de 20 modèles. Pour vous, il y a trop de modèles... Dans l'idéal, combien de modèles faut-il pour Peugeot PSA Dongfeng ?

    "Il est effectivement important qu'on ne disperse pas nos ressources et nos efforts sur un nombre trop important de modèles. Il est clair qu'il faut apprécier cela marché par marché : il n'y a pas un chiffre d'or, il y a certainement un recentrage de nos efforts sur un nombre plus limité. C'est clair que, marché par marché, il y a un certain nombre de modèles à très faible niveau de ventes qui vont probablement disparaitre..."

    Moins de 25...

    "Absolument."

    En 2007, Peugeot était capitalisée à 12 milliards d'euros ; 4 milliards aujourd'hui. Quelles chances y'a-t-il de relancer avec vous un groupe si malmené ?

    "Vous savez que la valorisation d'une entreprise dépend de l'idée qu'on se fait de ses profits futurs : c'est une estimation de ce que seront les profits de l'entreprise sur une période d'une dizaine d'années. Pour que cette visualisation soit possible, il faut que les fondamentaux de l'entreprise soient bons, à commencer par la réduction de la dette, la capacité à générer de l'autofinancement de manière régulière, tout ça avec un fondement que je n'ai pas cessé d'illustrer : celui de la qualité de nos produits qui est très grande."

    Quelle sera votre signature ? Vous dites "Back to the race..." : quelle est votre stratégie ?

    "La stratégie c'est d'abord de jouer collectif. Je répète que la victoire sera collective ou ne sera pas, et je pense qu'il y a dans l'entreprise PSA un niveau de talent qui est extrêmement important, j'ai une grande confiance dans ce que j'ai vu jusqu'à présent. J'ai vu qu'il y a beaucoup de talent, il y a beaucoup de potentiel qui peut s'exprimer. Il faut être concentré sur un nombre limité de priorités, jouer collectif, s'appuyer sur l'excellence de nos produits. La Peugeot 308 a été élue voiture de l'année à Genève, ce qui représente une récompense et ce qui permet à l'entreprise d'être confiante sur son redressement."

    Dongfeng : son entrée est-elle moins le début d'un investissement que d'une sorte de prédation à terme sur Peugeot ?

    "Je ne le crois pas du tout. Je suis d'ailleurs très serein avec notre nouvelle base actionnariale. Je crois que les trois actionnaires de tête, la famille Peugeot, l'Etat Français et Dongfeng sont tous intéressés par la même chose : le redressement économique de l'entreprise. Je suis très serein, je pense qu'il faut un investissement - comme l'Etat Français - et cet investissement, vous avez donné des chiffres, il est très avisé parce que le potentiel de l'entreprise et sa valeur potentielle sont bien supérieurs à ce qui est actuellement le cas."

     

    3 milliards : quand allez-vous réellement recevoir ces fonds ?

    "D'abord ça dépend de la décision de l'assemblée générale qui a lieu en avril. C'est à partir de là que l'ensemble des opérations financières se déclencheront, sur la base de ce qu'aura décidé l'assemblée générale."

     

    Les géants de l'internet vous font la cour pour encore plus de numérique dans les voitures. Que prévoyez-vous ?

    "Il y a deux grandes tendances : la connectivité et les automatismes d'aides à la conduite."

    La voiture sans chauffeur...

    "Des voitures sans chauffeur ou des voitures qui vont vous aider dans les situations d'encombrement, et tout ça ce sont des technologies qui sont en route, que nous allons à notre tour maitriser, à terme de l'ordre de 5 à 10 ans."

    Vous misez sur le développement des électriques ?

    "La réduction des émissions est certainement une tendance sociétale lourde. Nous nous y préparons, nous avons déjà dans la gamme PSA de nombreux véhicules hybrides. Les véhicules électriques ne sont pas exclus, nous en vendons d'ailleurs dans notre gamme grâce au partenariat Mitsubishi. Donc la réduction des émissions est une des tendances technologiques lourdes du groupe PSA, dont l'excellence en matière de moteur diesel n'est plus à démontrer."

    Des voitures avec pas trop d'essence, beaucoup moins de pollution...

    "Oui, je veux rappeler que la Peugeot 308 élue voiture de l'année à Genève a une consommation de 3,1L, le record dans la catégorie."

    Dans 10 ans, combien de constructeurs français, peut-être même européens resteront in the race ?

    "In that race, dans 10 ans, on peut penser qu'il y aura 4-5 grands groupes mondiaux, on sait qu'on appelle ça le club des titans, ceux qui seront probablement dans la case des 8 à 10 millions de voitures. On peut penser qu'on va continuer à observer un certain nombre de regroupements au sein de l'industrie automobile."

     

    Dès le 2 avril, une concurrence féroce va naitre entre Renault-Nissan et Peugeot-Donfeng, entre les deux Carlos...

    "Ce que je veux dire à ce propos, c'est que je crois que Renault a un peu plus de 3% de part de marché mondiale, c'est également notre cas. 3+3=6, il nous reste donc 94% du marché mondial à conquérir."

    Vous donnez l'impression de vouloir manger une partie du monde...

    "J'ai en tout cas la ferme intention et la détermination pour aider l'entreprise à se redresser, c'est exact."

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