Sotchi : "un triomphe" de Poutine et de l'olympisme

SAISON 2013 - 2014
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    L'ambassadeur de la Russie en France affirme que les Jeux olympiques seront "une grande fête".

    Alexandre Orlov, ambassadeur de Russie en France

    Voici ses déclarations :

    Bonjour Alexandre Orlov. A 20h14, heure de Sotchi, ce sera l'ouverture des Jeux olympiques, il sera 17h14 en France. Ces JO de Sotchi, c'est le triomphe de l'olympisme et de ses valeurs ou c'est le triomphe politique d'un homme, Vladimir Poutine ?

    "Je crois que c'est le triomphe des deux. Les Jeux olympiques sont toujours confiés par le CIO à un pays qui relève ce défi. C'est aussi le triomphe du président Poutine mais aussi de tout le peuple russe. Si vous imaginez le travail qu'on a fait pour préparer Sotchi à ces Jeux, on imagine bien la participation des gens qui ont participé."

    Alors on dit que c'est le retour de la grande Russie. Ça correspond à une réalité, c'est ce que vous avez envie d'entendre à l'heure de ce grand rendez-vous ?

    "Oh je pense que la Russie est déjà retournée depuis longtemps sur la scène internationale. Pour nous, les Russes, les JO, c'était quelque chose de formidable. On a rêvé de ça depuis très longtemps. On a attendu ce jour depuis sept ans puisque la Russie n'a eu les JO d'hiver. Pour nous, c'est une grande fête."

    Une grande fête à laquelle tout le monde n'assistera pas. François Hollande, aujourd'hui, sera en Tunisie pour fêter la nouvelle Constitution, il sera pas à Sotchi aux côtés de Vladimir Poutine. C'est un problème pour le président Poutine où il s'en moque ?

    "Vous savez, François Hollande sera à côté de Vladimir Poutine les 4 et 5 juin à Sotchi."

    Les Jeux seront finis, ça ne vous a pas échappé.

    "Oui, mais ça sera les autres Jeux, les Jeux politiques, le G8."

    Oui, mais là, c'est obligatoire alors que là, on peut comprendre qu'il peut y avoir un symbole. Il n'y aura pas Barack Obama, il n'y a pas François Hollande, il n'y a pas le président allemand, Joachim Gauck.

    "Par contre, il y aura le président chinois, 44 chefs d'Etat et de gouvernement qui se déplaceront à Sotchi. Et vous savez, pour le président Hollande, il a, comme chaque homme, ses intentions, et je sais qu'il n'a jamais eu l'intention d'aller à Sotchi, puisque jamais les présidents français ne sont aller aux Jeux olympiques d'hiver."

    Oui, mais sans vouloir faire injure au président précédent, le président canadien (ndlr : en fait, le premier ministre canadien) n'est pas Vladimir Poutine. C'est pas la même personnalité, c'est pas la même stature. C'est pas un peu offensant ?

    "Non, je ne pense pas du tout. Il n'y a aucune rancune."

    Admettons que je sois homosexuel, que j'assiste à la cérémonie d'ouverture et que, pris par l'ambiance, j'étreins mon compagnon, est-ce qu'il m'arriverait des histoires ?

    "Eh bien je vous embrasserais à mon tour !"

    Oui, parce que c'est la tradition russe mais si vraiment, je revendique mon homosexualité...

    "Aucune discrimination. Tous les gens sont libres d'avoir leur orientation sexuelle. Ce que nous ne voulons pas, c'est qu'il y ait du prosélytisme auprès des jeunes."

    Mais où commence le prosélytisme ? Parce que si je fais ça et qu'il y a des enfants dans la tribune. Je dis ça, c'est pas un hasard, parce que je me demande si ça rentre dans le cadre de la loi sur la propagande homosexuelle.

    "Je peux vous dire que s'il y a une embrassade, ça ne gênera personne. Mais si vous allez plus loin, ça peut gêner et pas uniquement les enfants."

    Mais c'est quoi, plus loin ? Parce que des homosexuels qui s'embrassent, il y en a partout à travers le monde, en général les gens se tiennent, hétéros ou homos.

    "Non, écoutez, c'est vraiment un faux problème. Si vous allez à Sotchi, mais pas seulement, à Sotchi et ailleurs, à Moscou, vous allez voir qu'il n'y a aucune discrimination à l'égard des homosexuels."

    Mais alors, pourquoi cette loi ?

    "Encore une fois, je veux dire que notre président se positionne pour les jeunes contre des choses qui, je pense, ne concerne que les adultes. Il faut les préserver. C'est une loi qui est contre la propagande de l'homosexualité et la pédophilie."

    Parce qu'il y a une assimilation entre homosexualité et pédophilie ? Poutine, à la télé russe, disait le 18 janvier : "Homosexuels, laissez les enfants tranquilles." Ça veut dire qu'il fait un lien clair entre l'homosexualité et la pédophilie.

    "Non, parce que cette loi, encore une fois, prohibe le prosélytisme et la propagande de l'homosexualité auprès des jeunes. Je crois que quand le président Poutine dit ça, il a tout à fait raison, je dirais la même chose à mes enfants."

    Oui, mais les enfants peuvent être embêtés par des hétérosexuels déviants, aussi. C'est un problème de délinquance et de criminalité qui n'est pas une question de sexualité.

    "Vraiment, je vois pas de problème. Et vous allez voir, aussi pendant les JO que dans notre vie quotidienne, il n'y a aucune discrimination vis-à-vis des homosexuels."

    Quand vous entendez Ban-Ki-Moon, le secrétaire général de l'ONU, inviter le monde à, je cite, "s'élever contre les attaques sur les lesbiennes, les gays, les transgenres ou les intersexes", ça vous choque que le secrétaire général de l'ONU dire ça à ce moment-là ? C'est une ingérence ou pas, il aurait mieux fait de se taire ?

    "Non, pas du tout, parce que moi j'ai vu une autre image, avec Ban-Ki-Moon avec le flambeau olympique, courir dans les rues de Sotchi. Chacun voit son image."

    On va parler de la sécurité de ces Jeux, c'est une grande préoccupation pour les Russes, vous avez mis beaucoup de moyens pour ça. Les services secrets américains ont mis en garde les compagnies aériennes qui affrètent des vols vers la Russie : ils évoquent des risques concernant des tubes de dentifrice qui contiendraient des explosifs. Est-ce que c'est un sujet d'inquiétude pour vous ?

    "Je crois que pourtout pays qui organise une grande manifestation, sportive ou politique, les questions de sécurité sont essentielles. Bien sûr, nous avons pris toutes les précautions nécessaires, comme ça a été le cas à Londres, pendant les derniers Jeux. Je peux vous dire qu'à Sotchi seront présents les services secrets de tous les pays du monde, y compris ceux de la France, pour assurer la protection des gens qui seront présents à Sotchi. C'est une chose tout à fait normale."

    On est d'accord pour dire que la sécurité à 100%, ça n'existe pas, mais les JO de Sotchi seront aussi sûrs que ceux de Londres, en 2012 ?

    "Oui, bien sûr."

    En même temps, vous mettez les moyens. La télévision américaine a fait un test : ils sont arrivés avec un ordinateur et un téléphone tous neufs. Ils se sont rendus d'un hôtel où ils se sont connectés au Wi-Fi. Aussitôt qu'ils se sont connectés, ils ont été piratés, leurs ont conversations ont été écoutées. Est-ce que c'est vous qui avez écouté tout ça, au nom de la sécurité ?

    "Je n'ai aucune connaissance de cette information. Ça m'étonnerait."

    Où avez-vous fixé la limite pour être sûr que les Jeux se passent bien ?

    "On peut tout se permettre sauf menacer la vie des autres."

    D'accord, tout est possible par ailleurs. Est-ce que tout est prêt à Sotchi ? On entend beaucoup les journalistes, notamment - on sait qu'ils ont souvent tendance à se plaindre, c'est vrai - mais ils expliquent que les hôtels sont pas totalement finis, qu'il n'y a pas de chauffage, qu'il y a de l'eau marron qui sort des robinets. C'est de la propagande occidentale ou alors c'est vrai, il y a un peu de retard à l'allumage dans les alentours du village olympique ?

    "Moi, je n'ai pas écho de ces informations parce que tout ce que je vois à la télévision, notamment sur les chaînes russes, dit que tout est prêt pour les Jeux. Si on a constaté des choses qui ne sont pas encore prêtes, on va les réparer, mais ça m'étonnerait. Je ne suis pas du tout sûr que cette information est exacte."

    On va parler un peu de l'Ukraine. Le président Ianoukovitch sera à la cérémonie d'ouverture, tout à l'heure ?

    "Oui, il va arriver aujourd'hui."

    Il paraît que Vladimir Poutine est un petit peu contrarié parce qu'il trouve que l'Ukraine se fait un peu tirer la main pour accepter de basculer dans le camp russe. Qu'est-ce que Vladimir Poutine va dire au président Ianoukovitch ?

    "Je ne veux pas parler à la place du président Poutine, mais je crois qu'ils vont échanger sur la situation actuelle en Ukraine, puisque ce qu'il se passe là-bas, l'Ukraine étant notre partenaire le plus proche, économiquement. La Russie a accordé un crédit quand même de 15 milliards d'euros à l'Ukraine."

     

    Alors pour l'instant cet argent est bloqué.

    "L'argent n'est pas du tout bloqué. La première tranche de 3 milliards à la fin de l'année dernière. Vous savez, quand on fait un crédit, on le fait par tranches. La première tranche a été payée..."

    La suivante va être versée ?

    "Elle va être versée."

    Sans condition ?

    "Sans condition, mais avant qu'on verse la deuxième tranche, il faut quand même avoir un gouvernement en place."

    Ah, c'est tout de même une condition.

    "Non, ce n'est pas du tout une condition, on ne jette pas l'argent en l'air. Il faut savoir à qui on donne l'argent."

    La Russie accepterait qu'il y ait des élections anticipées en Ukraine ?

    "Bien sûr. Si les Ukrainiens décident qu'il en faut, on va accepter, sans doute. Encore une fois, l'Ukraine est un pays souverain. Tout ce qu'il s'y passe ne la concerne qu'elle. Et quand vous parlez de la soi-disant ingérence russe, je ne la vois pas du tout. Par contre, je vois une présence un peu excessive des gens de l'Europe et des Etats-Unis à Kiev, et sans aucune invitation."

    Les Américains sont trop présents à Kiev, aujourd'hui ? Ils tirent les ficelles ?

    "Aujourd'hui peut-être pas. Mais il y a cette valse des émissaires qui vient et revient à Kiev. Après, il faut pas dire que c'est la Russie qui fait de l'ingérence."

    C'est les Américains qui tirent les ficelles à Kiev ?

    "Personne ne tire les ficelles."

    Mais vous les voyez un peu trop ?

    "Un peu trop, oui."

    Merci Alexandre Orlov. On vous souhaite de bons Jeux olympiques ici, en France, avec beaucoup de médailles.

    "Merci, et moi, je voudrais vraiment juste dire un dernier mot : il faut arrêter de pleurnicher, de cultiver le pessimisme et la déprime. Il faut vivre la fête des JO comme il se doit avec le cœur ouvert et avoir de la joie."

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