"Que la droite remette de l'ordre dans ses affaires"

SAISON 2013 - 2014
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    La France traverse une "crise économique, morale et politique et la droite a pour devoir d'être au dessus de ce qu'elle est en ce moment", juge Édouard Balladur.

    Édouard Balladur, ancien Premier ministre

    Ses principales déclarations :

     

    A propos du non-lieu de Nicolas Sarkozy :

    "Je m'en réjouis, je trouve que ce n'est que justice."

     

    Dans son texte, Nicolas Sarkozy rappelle que la présomption d'innocence est un principe fondamental...

    "Il y a plusieurs principes fondamentaux en matière de justice ; la présomption d'innocence bien sûr. Le secret de l'instruction et le secret du délibéré des juges, garantie de leur indépendance. Ils ne sont pas toujours respectés."

    Vous en souffrez ?

    "Moi personnellement, non, pas en particulier..."

    La présomption d'innocence vous parait-elle trop souvent négligée aujourd'hui ?

    "Oui, c'est un peu la conséquence de la médiatisation, phénomène de notre époque contre lequel il est très difficile de lutter."

     

    Dans son texte, il ne parle pas de François Fillon...

    "Il parle de ceux dont il estime devoir parler. Il y a beaucoup de gens dont il ne parle pas !"

     

    Vous voulez dire, parler de vous ?

    "(Rires.) Pas du tout ! Je ne cherche pas ce type de publicités."

    Avec François Fillon, la rupture est consommée...

    "J'espère que non ! Je pense qu'il faut que la droite remette de l'ordre dans ses affaires : dans son organisation et dans ses idées ! Notre pays traverse une crise très grave, qui n'est pas seulement une crise économique ou de l'emploi... Mais une crise morale, une crise politique et qui touche aussi bien la droite que la gauche, l'une comme l'autre ont pour devoir d'être au-dessus de ce qu'elles sont pour le moment."

    Que dites-vous à Fillon et Sarkozy ?

    "Ce que je leur dis, c'est qu'il faut prendre en compte les réalités. Que la compétition fait partie de la politique, mais qu'elle ne doit jamais s'abstraire ou se libérer d'un certain nombre de principes. Le principe fondamental, c'est proposer au pays les mesures courageuses pour sortir de la difficulté."

    Qui a le plus d'étoffe pour le faire ?

    "Nous le verrons le moment venu..."

    Le retour de Nicolas Sarkozy est-il plus facile après hier ?

    "Je pense que de toute manière ce retour n'est pas pour demain. Je pense d'ailleurs que son intérêt n'est pas de se presser."

    Doit-il le dire ou se taire ?

    "C'est à lui de l'apprécier. Mais il vaut mieux se taire encore, oui..."

    Vous publiez un livre sur les trois derniers mois de Pompidou... Que savait-il de sa maladie ?

    "Je ne sais pas très bien. Ses médecins m'ont dit qu'il la connaissait à 80% mais on venait de la découvrir, les médecins ignoraient son déroulement, ses effets."

    Sa femme, son fils savaient ?

    "Je ne sais pas... Son fils sûrement... Il était difficile de faire des pronostics sur cette maladie inconnue, c'est pourquoi les médecins étaient dans l'attente, ne voulaient pas donner de prévision trop précise, ils craignaient d'être démentis..."

    Se doutait-il de son état, de ses chances de durer ou pas ?

    "Certainement oui, même s'il ne connaissait pas les dates, il se savait en danger, pour parler clair... Mais il y avait en même temps chez lui quelque chose de très fort : le sens de sa responsabilité vis à vis des Français, ils l'avaient élu, il estimait qu'il devait accomplir son pouvoir jusqu'au bout de ses forces, il espérait être en mesure d'avoir la lucidité nécessaire le moment venu pour décider de ce qu'il devait faire..."

    Parfois il ne cachait pas sa souffrance...

    "Il ne la cachait pas toujours, en tout cas en privé. En public il faisait preuve d'un très grand courage."

    La version officielle, une forte grippe, personne n'y croyait...

    "Personne n'y croyait, lui le premier. On publiait les conséquences de la maladie, un handicap très lourd pour lui, et non pas les causes... Mais si vous voulez parler du secret médical, je suis prêt à en parler : c'est une question que je me suis posé sans cesse, notamment en fonction de moi et de ce qui était mon devoir..."

    Avez-vous fait votre devoir ? Lui avez-vous conseillé de décider de lui-même de se retirer ?

    "J'ai beaucoup hésité à le faire. Mon attitude générale n'est pas de forcer les confidences de ceux auxquels je m'adresse... Je ne voulais pas paraître... Pénétrer dans son intimité de façon indélicate... Mais je suis arrivé à la fin à la conviction que je devais lui parler, j'étais convaincu que lui-même savait bien que je n'avais en vue que son propre intérêt et celui de notre pays, et non pas un intérêt personnel à ce qu'il parte ou reste..."

     

    Dirigeait-il vraiment le pays ?

    "Oui ! Je sais qu'un des reproches qui m'a été fait a été de me complaire à l'exercice occulte du pouvoir, ce qui est totalement faux et injuste. Il est vrai qu'il était moins présent sur les affaires quotidiennes ; mais il est vrai aussi qu'il prenait les décisions essentielles pour l'avenir du pays, économiques ou politiques. Je le les lui présentais mais j'exécutais ses directives, il a été constamment présent dans toutes les grandes affaires jusqu'à la fin. Il a été le meilleur Président de la Vème République, après le Général de Gaulle. A la fois par les capacités et le caractère..."

    Il y avait ceux qui se préparaient à la succession...

    "Oui."

    Vous déteniez l'enveloppe avec son testament...

    "Quelques mois avant, il m'a remis son testament. Il a dit : vous le remettrez le moment venu à ma famille, mais le moment venu, ça ne veut pas dire qu'il doit venir !"

    La Justice veut toujours savoir comment vous avez financé votre campagne de 1995... Vous pouvez le dire ?

    "Oh, très facilement ! Ma campagne de 1995 a été financée dans le respect des règles en vigueur."

     

    C'est à dire ?

    "C'est à dire dans le respect des règles en vigueur, je n'ai pas à en dire plus ! Elle a d'ailleurs été validée par le Conseil Constitutionnel, par une décision prise il y a 18 ans et qui s'impose à tous, dit la Constitution, avec une autorité souveraine..."

    Même à la Justice ?

    "S'impose à tous."

    Les comptes validés le sont définitivement...

    "Ils sont définitivement validés. Il n'y a pas deux catégories de décisions du Conseil Constitutionnel ! Celles qu'on peut méconnaitre et celles qu'on doit respecter ! Sans quoi il faudrait qu'on m'explique sur quelles bases on opérerait pareille discrimination..."

     

    Quand on parle d'un financement occulte, d'un lien avec l'affaire Karachi...

    "Oui, et bien je vous ai répondu ! Il n'y a pas de lien avec l'affaire Karachi, c'est parfaitement clair. A mes yeux !"

    Et à l'époque il était permis et facile d'utiliser à son gré les fonds secrets... L'avez-vous fait ?

    "(Agacé.) Non !"

    C'est une affirmation définitive...

    "C'est une affirmation qui correspond à la réalité."

    L'aurait-on fait pour vous, avec votre accord ou à votre insu ?

    "Ecoutez Jean-Pierre Elkabbach... N'allons pas plus loin si vous voulez bien... Vous n'êtes pas juge d'instruction, je ne suis pas devant vous en cette qualité. Je vous répète qu'il y a une autorité du Conseil Constitutionnel qui s'impose à tous, qu'il n'y a pas des cas dans lequel le Conseil Constitutionnel serait infaillible et d'autres dans lesquels il serait faillible !"

     

    Vous n'avez jamais été entendu par la Justice, que réclamez-vous ?

    "Je ne réclame rien du tout !"

    Quand on parle de la Cour de Justice de la République...

    "Si ça devait être le cas, j'accueillerai cette éventualité avec le calme d'une conscience en paix avec elle-même !"

    Vous y êtes prêt ?

    "Oh, si éventuellement..."