NKM : "L'overdose fiscale rend impossible l'écotaxe"

SAISON 2013 - 2014
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    L'écotaxe, "c'est de la fiscalité intelligente" selon NKM. Le problème est l'accumulation de taxes qui provoque le non-consentement à l'impôt.

    Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la Mairie de Paris

    Ses principales déclarations :

    Jean-Marc Ayrault va recevoir les élus bretons à Matignon. Les élus UMP ont choisi de ne pas y aller. C'est une erreur ?

    "Non, parce que dans ce genre de réunions, souvent les choses ont été décidées. Ce sont des réunions de façade. Ils ont dû se réunir avant, ça sert à valider une décision qui a été prise par ailleurs. On n'est pas obligés de s'associer à ça."

     

    Quelle est la bonne décision à prendre ? Cette écotaxe, c'est vous qui l'avez instaurée, vous étiez ministre de l'écologie. On la garde, on la supprime, on la décale ?

    "Je n'ai pas changé d'avis sur le fond. Je reste persuadée que la fiscalité environnementale est une bonne chose : faire payer les poids-lourds qui traversent la France pour financer des infrastructures routières plus écologiques. C'est comme l'autre volet de la fiscalité écologique, qui est de baisser les charges en compensant en taxant la pollution, c'est de la fiscalité intelligente. Le problème, c'est que le gouvernement, avec son accumulation hystérique d'impôts et de taxes, a tué la fiscalité environnementale, parce qu'il a tué tout consentement à l'impôt."

    Il faut la garder cette écotaxe? Parce qu'à l'UMP il y a beaucoup de gens qui disent qu'il faut la supprimer, on entend Marc Le Fur qui est vent debout. Que dites-vous ?

    "Je le redis, la fiscalité environnementale est une bonne chose. Moi je n'ai pas changé d'avis. Moi, je ne suis pas comme Le Foll, qui avant était pour, et expliquait que c'était son idée, et qui maintenant explique « Ah ben non finalement je suis contre et c'était l'idée des autres ». Le problème, c'est qu'ils ont créé une overdose fiscale. Il n'y a plus aucun consentement à l'impôt. En accumulant de manière hystérique toutes taxes et tous impôts, ils ont fait en sorte de tuer celui qui avait du sens, qui était la fiscalité environnementale. Ils ont rendu impossible ce projet qui était un beau projet, et qui était initialement partagé par tout le monde. Je rappelle que la loi Grenelle 1 a été votée à l'unanimité à l'Assemblée Nationale. Et autour de la table du Grenelle de l'Environnement, quand il s'est agi de taxer les poids-lourds avec l'éco-redevance poids-lourds comme on l'appelait à l'époque, tout le monde était pour. Et d'ailleurs les agriculteurs le disent bien eux-mêmes. Ils disent « On était pour car il y avait des compensations. Aujourd'hui, le gouvernement nous en met tellement, sur tout, en terme de charges, qu'on ne peut plus. »

    Mais cette taxe n'a pas été créée par ce gouvernement. Elle est mise en application aujourd'hui, mais c'est votre majorité...

    "Ils sont obligés de reculer. Moi, j'ai acté un appel d'offres, qui a été mis en oeuvre depuis, et quand Le Foll nous dit aujourd'hui « Ah finalement on se rend compte qu'il y avait un problème...». Si il n'était pas pour en 2012, il pouvait arrêter, et ça n'aurait pas coûté les mêmes dédits d'arrêter.

    Il dit que c'est votre faute. Si jamais on arrête l'écotaxe, on doit payer 800 millions...

    « Mais quelle hypocrisie... Quand on a lancé l'écotaxe, l'idée d'avoir une redevance sur les poids-lourds, tout le monde était pour. J'ai vu défiler un certain nombre de ceux qui sont aujourd'hui ministres socialistes, qui réclamaient pour leurs départements de garder le montant de l'écotaxe pour pouvoir faire un certains nombres de travaux routiers. Bien sûr qu'ils étaient pour, ça se fait partout en Europe »

    Dans votre camp aussi, on a beaucoup changé d'avis, puisque cette écotaxe a été votée par une majorité UMP à l'époque...

    « Je ne suis pas d'accord avec ça. Cette éco-redevance, tout le monde était pour. Mais il y a un problème aujourd'hui qui est qu'ils ont créé un effet d'overdose. Ils nous mettent des impôts sur tout, les Français n'y comprennent plus rien. Encore ce week-end, ils ont voulu taxer les PEA, les PEL et l'assurance-vie. Bon finalement, ils ont reculé sur les PEL et les PEA, mais ils restent sur l'assurance-vie, avec un système qui, en fait, est la rétroactivité. On ne s'est pas assez arrêté là-dessus : quand on met de l'argent dans un plan, on le met en fonction de certaines conditions à la sortie. Ce sont vos économies, pour certains c'est la préparation de votre retraite. Ou ce sont vos investissements quand c'est un PEL : c'est un jeune couple qui a l'intention d'acheter derrière. Que le gouvernement puisse envisager de changer en cours de route la règle du jeu, c'est de la rétroactivité. Et c'est, derrière, le sentiment qui se développe que l'Etat se comporte comme un voyou, que l'Etat, entre guillemets, pique partout. »

    On a appris que l'air que l'on respire est cancérigène. Comment ferez-vous pour réduire la pollution à Paris si vous êtes élue au mois de mars ?

    « Il y a l'air extérieur, et l'air intérieur. J'insiste, car je veux travailler sur les deux. L'air extérieur, c'est notamment la circulation automobile, c'est le diesel, avec une ville de Paris qui ne montre pas l'exemple en la matière. »

    Vous voulez interdire le diesel à Paris? 

    « On commence par montrer l'exemple. En février dernier, le syndicat des transports d'Ile de France a racheté 286 bus au diesel, qui rouleront jusqu'en 2027. On arrête ! Je propose que la ville de Paris et les organismes publics à Paris n'achètent plus aucun véhicule diesel. Quand vous regardez la part du carburant diesel dans les véhicules de la ville, il est passé de 30 à 42% en quelques années. Il faut au moins que la puissance publique et la municipalité montrent l'exemple. Donc on arrête d'acheter du diesel avec la puissance publique. Deuxième chose, je propose la mise en œuvre d'un instrument du Grenelle de l'Environnement : c'est la possibilité, à terme, en se donnant un calendrier, d'interdire les poids-lourds les plus polluants dans le centre-ville. Et puis je vais aussi travailler sur la qualité de l'air intérieur. Je vais présenter demain un plan de lutte contre les polluants chimiques les plus toxiques pour la santé, ceux qu'on appelle les perturbateurs endocriniens, qui ont leur rôle dans les cancers et l'infertilité. C'est un sujet contemporain : de plus en plus de jeunes couples consultent pour des problèmes d'infertilité. On peut faire des choses au niveau municipal, en protégeant les enfants et les femmes enceintes, par exemple dans les espaces accueillant du public et des jeunes enfants, ou dans l'alimentation. »

    Mettez-vous un péage, comme à Londres, en centre-ville ? Ca, ça ferait baisser la pollution !

    « Ce n'est pas vrai, je ne pense pas que ça ferait baisser la pollution. Moi, je ne suis pas pour le péage, je suis pour l'interdiction de certains véhicules, je pense aux poids-lourds les plus polluants, c'est un outil du Grenelle de l'Environnement. La ville de Paris a renoncé à le mettre en oeuvre. D'ailleurs, je voudrais que les socialistes m'expliquent : avant ils étaient pour l'écotaxe, maintenant ils sont contre, mais ils voudraient quand même mettre un péage aux portes de Paris ? Où est la logique de tout ça ? Moi, j'ai de la constance : je pense que l'idée de faire, comme ça se fait dans d'autres pays, financer par les poids-lourds les infrastructures alternatives, c'est une bonne chose, même si aujourd'hui c'est devenu complètement impossible parce que le gouvernement a tué tout consentement fiscal à l'impôt. En revanche, à Paris, je souhaite interdire à terme certains types de poids-lourds, je pense que c'est plus efficace »

    Vous avez l'impression que les Roms harcèlent beaucoup les Parisiens. Comment fait-on pour régler la question des Roms à Paris?

    « Ce sont les Parisiens qui ont cette impression. Mais ce n'est pas seulement une impression, c'est un problème qui est croissant. Moi je crois à l'Etat de droit, il faut faire appliquer les décisions de justice. Il y a aujourd'hui un certain nombre de décisions d'expulsions qui ne sont pas appliquées de manière systématique. Il faut les faire appliquer, première chose. Deuxième chose, il y avait à Paris, dans le temps, des arrêtés « anti-mendicité agressive ».

    Vous les rétablirez?

    « Ca ne résout pas tous les problèmes, mais ça permet de servir de base légale à la police pour faire des contrôles d'identité. Oui, il faut les rétablir. Troisième chose, je voudrais qu'on recrée une police de quartier. La ville de Paris a du personnel de sécurité. »

    Comme la police de proximité, créée par Lionel Jospin à l'époque?

    « Non, pas du tout. Ce sont des personnels de la ville de Paris, qui ont été progressivement retirés du terrain et concentrés sur les contraventions de stationnement. Alors en 2012 à Paris, il y a eu 3 millions de PV, les droits de terrasses, etc. En revanche, sur les problèmes de délinquance de rue, d'une présence physique d'une police de quartier, la ville n'est pas au rendez-vous. Je veux qu'on fasse une police de quartier. »

    Si NKM est élue maire de Paris en mars, que devient la semaine de 4 jours et demi? Vous la stoppez?

    « Je souhaite que le gouvernement revienne en arrière sur cette réforme qui n'atteint pas ses objectifs. Revenons aux bases: l'objectif, c'était d'alléger la semaine des enfants. On disait « Les journées sont trop lourdes ». En fait, on a alourdi, notamment pour les plus petits. Le rythme ne convient absolument pas, ils continuent à sortir à 16h30 tous les jours, et en plus ils reviennent le mercredi matin, et pour des activités qui ont une utilité variable. Je souhaite que le gouvernement revienne sur cette mesure. Mais si le gouvernement n'y revenait pas, et qu'on était obligé de continuer avec ces rythmes scolaires, je travaillerais sur plusieurs choses: d'abord, l'utilité des activités qui sont proposées. Au moins, que ce temps soit utile : ce n'est pas pareil de faire pâte à sel ou de faire cours de langue. Je travaillerais aussi à rendre aux enseignants leur autorité, à les conforter dans leur autorité, plutôt qu'à l'abîmer, comme le fait le gouvernement. Parce que quand on met, aux heures scolaires, dans la classe, des animateurs dont on ne connait pas la formation, dont on ne sait pas sur quels critères ils ont été choisis, sans même que le professeur soit associé au choix des activités, moi je crois qu'on abîme son autorité, et je crois que ce n'est pas ça qu'il faut dans l'Ecole de la République. »

    Jean-François Copé veut revenir sur le droit du sol. Quelle est votre position là-dessus?

    « La France, c'est l'association entre droit du sang et droit du sol. C'est la possibilité, à travers le droit du sol, de devenir Français, même si on n'est pas né de parents français. C'est dans nos origines, c'est dans notre nature, c'est dans la République. Et je souhaite que ça reste comme ça. Mais aujourd'hui, pour sauver le droit du sol qui est attaqué, qui est critiqué, et avec raison. Dans certains territoires, c'est compliqué, je pense à Mayotte. Aujourd'hui pour le sauver, il faut le faire évoluer. Ca ne veut pas dire revenir sur le principe, ça veut dire y mettre une part de quelque chose de volontaire. Ce n'est pas choquant, anormal, qu'on demande de faire acte de volonté au moment de devenir Français. La nationalité, elle a trait à la volonté et à l'effort. »

    Est ce qu'avec vous les Autolib rouleront dans les couloirs de bus?

    « Moi je pense que c'est quelque chose qu'on aurait dû faire au début, pour lancer Autolib. Ca va avoir de moins en moins de sens, parce qu'à un moment les couloirs de bus vont être pleins, surtout si on ouvre à Autolib et aux véhicules électriques. »

    Vincent Bolloré a dit qu'il voterait Hidalgo, mais qu'il peut changer si jamais vous êtes d'accord pour faire rouler les Autolib dans les couloirs de bus...

    « Je ne me soumets pas, moi, au chantage de Vincent Bolloré, je laisse ça à Mme Hidalgo. »

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