Moscovici : "Une priorité : l'emploi, l'emploi, l'emploi"

SAISON 2013 - 2014
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    Le ministre de l’Économie et des Finances affirme que "le gouvernement est tout entier mobilisé derrière le Président pour répondre à la crise".

    Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des Finances

    Est-ce qu'un président de la République peut s'offrir le luxe d'avoir de l'humour ?

    "Ce n’est pas une mauvaise chose d'avoir de l'humour, quand on est président de la République. Si vous faites allusion à ce qu'il s'est passé avec l'Algérie, le président a présenté ses regrets, après une boutade qui, je pense, pouvait concerner n'importe quel ministre dans n'importe quel pays. L'Algérie a dit qu'il n'y avait pas lieu à s'émouvoir. S'il y a eu incident, ce que je ne crois pas, il ne faut pas le grossir, il est totalement maintenant clos."

    Le président ne doit-il pas être plus prudent dans le maniement de l'humour ? Une crise diplomatique pour une blague, ce n'est pas très raisonnable, quand même.

    "Vous savez, moi, je vois François Hollande souvent, je le connais bien et ce que je vois, c'est une très grande gravité qui l'habite face à la crise. Une préoccupation de chaque instant, avec un souci qu'il a de redresser la France. J'ajoute qu'il est très présent à l'international. Enfin, s'agissant de l'Algérie, s'il y a bien un président qui a montré son attachement à ce pays, qui a fait de la refondation de la relation avec l'Algérie une priorité, c'est bien lui. N'en faisons pas un prétexte à je ne sais quelle polémique."

    Vous êtes ministre de l'économie, on connaîtra les chiffres du chômage à la fin de la semaine... Est-ce que vous êtes optimiste ?

    "Ce n'est pas une question d'être optimiste. Ce que je sais, c'est que le gouvernement est tout entier mobilisé autour du président de la République pour une priorité, qui est l'emploi, l'emploi, l'emploi. Tout ce que je peux dire, c'est que j’ai la conviction que l'inversion de la courbe du chômage, est un phénomène déjà en route - le chômage des jeunes a baissé depuis plusieurs mois, il y a eu le mois d'octobre qui a montré une tendance à l'inversion de la courbe. J'espère, je crois, que ce sera le cas aussi cette semaine. Encore une fois, le cap est là, l'objectif est là, le président de la République l'a fixé. Rappelons aussi à ceux qui trouvent qu'il y a trop d'emplois aidés qu'il n'y en a pas plus aujourd'hui qu'il y en avait pendant la crise, en 2009-2010. Ce qui signifie qu'en réalité, il y a un travail de réforme constant, pour la croissance et l'emploi. Je citerai la réduction des déficits publics, qui concourt à la croissance et à l'emploi, le pacte de compétitivité avec le CICE. Hier, j'entendais Michel Edouard Leclerc qui disait que le CICE lui permettrait de créer 2800 emplois cette année."

    Vous connaissez les critiques autour du CICE : là, il y de la création d'emplois, mais autrement, beaucoup disent que c'est une usine à gaz.

    "Vous savez, il y a toujours des critiques, il faut s'y habituer. Mais si je prends l'INSEE, dont l'estimation est en dessous de la nôtre, ils disent : 15000 emplois directs par trimestre grâce au CICE. C'est une mesure de baisse du coût du travail qui est positive pour l'emploi. Je pourrais citer la réforme des retraites, de la formation professionnelle, du marché du travail, la loi sur la consommation, dont on a pas assez parlé. Elle permet d'introduire des actions de recours collectifs... Tout ça pour dire quoi ? Que nous sommes en train de faire en sorte de muscler cette croissance française pour l'emploi."

    Ça tombe bien que vous parliez de l'INSEE, dont les chiffres sont moins bons que ceux du gouvernement, disant que le chômage continuerait d'augmenter l'an prochain.

    "Sur le chômage, je viens de vous répondre : il y a une amélioration de l'emploi marchand, qui se poursuivra et une mobilisation très forte des politiques publiques pour l'emploi."

    Est-ce que justement, ces emplois aidés ne cachent-ils pas la forêt du chômage ?

    "Il n'y pas à avoir l'emploi aidé honteux, comme le dit Michel Sapin. Quand des segments entiers de population sont éloignés de l'emploi, comme c'est le cas des jeunes, alors il faut les aider, à travers ce programme d'emploi d'avenir. Comme d'autres membres du gouvernement, j'en signe, et quand je vois quelques mois plus tard ce que ces jeunes font, la qualification qu'ils n'avaient pas et qu'ils acquièrent, je trouve ça formidable. Il y a les contrats de génération, qui permettent à la fois de conserver un senior dans l'entreprise et d'y amener un jeune. Au total, il y aura, j'en suis convaincu, une inversion de la courbe du chômage. Et encore une fois, ce ne sont pas des faux emplois, il faut arrêter avec ça. Même si, au fur et à mesure que la croissance reviendra, la part des emplois marchands dans la réduction du chômage prendra plus d'importance. "

    Pour inciter à la création de ces emplois marchands, est-ce qu'il ne faut pas encore réduire les charges des entreprises ?

    "Je pense que nous avons fait déjà beaucoup d'efforts. Nous allons remettre à plat la fiscalité et dans ce cadre, ily aura des assises sur la fiscalité des entreprises. Pourquoi ? Pour que cette fiscalité soit plus favorable à la compétitive et à l'emploi."

    2014 verra la baisse des charges des entreprises ?

    "Forcément, puisque le CICE prendra tous ses effets et que les prélèvements obligatoires sur les entreprises baisseront d'1 milliard d'euros. Il faut le savoir, il faut le dire."

    Vous-mêmes, vous êtes favorable à une baisse d'impôt sur les sociétés ou à un transfert des charges sociales.

    "Je suis favorable à une réflexion autour de notre impôt sur les sociétés, dont on sait, et c'est structurel, qu'il a des taux élevés, ce qui peut porter un regard critique sur l'attractivité du territoire français,et dont l'assiette est trop étroite. Ce qui fait que, si vous regardez le taux, nous sommes parmi les premiers en Europe, mais si vous regardez le produit, nous sommes 12e ! L'idée d'avoir un impôt plus efficace, on peut réfléchir là-dessus, ce n'est pas contradictoire avec ce que nous avons fait. Et s'il y a eu une surtaxe exceptionnelle - je dis bien exceptionnelle - cette année, c'était une compensation dans le cadre de discussions que nous avions eues avec le patronat. Des réformes structurelles qui permettent plus de croissance, d'investissement et d'emploi, j'y suis évidemment favorable."

    L'INSEE a parlé d'une croissance de 0,2 au premier trimestre, au deuxième... Ça ne va pas très loin.

    "On peut voir les choses de deux manières. L'INSEE dit "reprise poussive", le président dit "reprise poussée". Je suis sur cette ligne ça. Je soulignerai d'abord que la prévision de croissance de l'INSEE est exactement en phase avec nos propres prévisions. Elle montre que l'économie française est sortie de la récession et qu'elle a un rythme de croissance de l'ordre de 1% par an. Est-ce suffisant ? Non, nous voulons faire plus, et c'est la raison pour laquelle la compétitivité, la croissance, l'emploi et la mobilisation des acteurs sont des choses fondamentales. Cet après-midi, le président de la République, le Premier ministre et quelques ministres - j'y serai - vont réunir les préfets de région pour accélérer sur le terrain la mise en place des dispositifs. C'est le sens même de notre action, le redressement du pays, des finances publiques, de son appareil productif."

    Est-ce que vous en faites assez ? Si on regarde autour de nous en Europe, l'Allemagne et le Royaume-Uni affichent des prévisions de croissance supérieures aux nôtres.

    "S'agissant du Royaume Uni, il y a un effet de rattrapage. Regardons le PIB de 2008... Quand vous avez des creux impressionnants, c'est plus facile de remonter.Si vous regardez notre PIB de 2008, en France, nous sommes en train de le rattraper. Ce n'est pas très glorieux, mais nous sommes le 2e grand pays à le faire en Europe après l'Allemagne. La Grande Bretagne n'y est pas. Et s'agissant de l'Allemagne, je ne veux pas refaire le coup de l'héritage, mais il y a 10 ans, elle était considérée comme l'homme malade de l'Europe. Elle a fait des réformes qui ne doivent pas toutes nous inspirer, mais dont certaines doivent le faire. L'Allemagne est une économie forte. Nous, nous sommes là depuis 18 mois. Nous avons trouvé une situation dramatique en termes d'endettement, de finances, de chômage, de compétitivité. Nous redressons ce pays, avec des réformes qu'aucun autre gouvernement n'a fait avant nous. Et je sais que les Français qui nous écoutent sont impatients, naturellement, ils attendent des résultats : ils sont là. Quels sont-ils ? Des déficits qui se réduisent, un endettement jugé crédible, comme l'indique le maintien de notre notation par Fitch."

    Oui, mais là encore, le Royaume-Uni conserve son triple A.

    "Sur cette agence, nous sommes à égalité : AA+. Le crédit de la France auprès des investisseurs internationaux est extraordinairement fort. C'est le fait que la compétitivité de l'économie française se redresse, que l'écart du coût du travail entre l'Allemagne et la France se resserre... Ça prend du temps, je le sais, mais nous sommes sur la voie du redressement. Nous avons déjà trouvé celle de la croissance, je souhaiterais que ce soit plus fort, mais nous allons accentuer encore nos politiques."

    4 opérateurs de télécoms, c'est un opérateur de trop ?

    "Non, je réponds pas à ça, comme ça."

    Alors vous répondez comment ? Aujourd'hui, la guerre est relancée, Fleur Pellerin veut remettre de l'ordre. Comment ? Y a-t-il un problème ? Il va y avoir un mort, vous le savez !

    "Non, non... Il faut réguler le secteur, rechercher une politique qui soit commune et des ententes. La concurrence, c'est bien, mais il faut aussi qu'elle se fasse dans des conditions satisfaisantes."

     

    Vous êtes toujours fâché avec Jean-Marc Ayrault ou ça va mieux ?

    "Je n'ai jamais été fâché avec Jean-Marc Ayrault. Jamais. C'est un Premier ministre réformateur, qui partage avec moi des convictions qu'on appelle sociales-démocrates, l'idée que l'immobilisme, c'est le déclin..."

     

    Vous n'avez quand même pas apprécié la façon dont la réforme fiscale a été annoncée sans vous.

    "Il y a des légendes de cette nature-là, alors que je suis totalement investi dans la remise à plat de la fiscalité. Il y a eu à un moment donné une discussion entre nous sur la nomination d'un directeur au ministère des finances. Ça a duré 24 heures, sans retentissement. Les relations entre Matignon et Bercy, Jean-Marc Ayrault et moi, sont excellentes. C'est un homme qui est loyal au président, je suis loyal au président et au Premier ministre. Quand il s'agit de travail, nous sommes au cœur de la remise à plat de la fiscalité, aucune forme de malaise, une grande confiance entre nous."

    Le conseil des ministres se passera donc en parfaite harmonie ?

    "Comme les précédents."

    Vous partez en vacances ?

    "Je vais prendre quelques jours de repos, je pense les mériter. Ce sera un repos laborieux, mais quelques jours de break me feront du bien. Cette année a été très très lourde, au service du redressement de l'économie française, bien sûr."

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