Iran : "Avancée et vigilance" pour Laurent Fabius

SAISON 2013 - 2014
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    "L'Iran s'engage à renoncer à la perspective de l'arme nucléaire, c'est clair et c'est net", affirme Laurent Fabius.

    Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

    Ses déclarations :

     

    Le Président et vous avez sans cesse prévenu qu'il n'y aurait aucun accord sans l'engagement de l'Iran à renoncer à l'arme nucléaire. S'y est-elle vraiment engagé ? Pas de bombe atomique de l'Iran ?

    "Oui, c'est expressément prévu dans le préambule de l'accord. Mais les deux termes fondamentaux pour comprendre ce qui est en train de se passer, et la position de la France : c'est "avancée" et "vigilance". En permanence, c'est ça. Quand on regarde, il sera certainement public, l'accord signé, qui est un premier accord, ce sont ces deux termes qui sont importants. Avancée, car c'est une avancée considérable. Et vigilance car nous ne sommes pas au bout du processus, ce n'est qu'une première étape, il va falloir à chaque instant contrôler l'avancée de ce processus".

     

    Doutez-vous de l'Iran ? Faut-il faire croire en l'Iran ?

    "L'Iran s'engage à renoncer à la perspective de l'arme nucléaire, c'est clair et c'est net. Autant, en matière d'énergie nucléaire civile, comme nous l'avons toujours dit, il peut avancer ; autant, pour l'arme atomique, c'est non. Donc là c'est clair. Et de la même façon, et c'est le point sur lequel les Français ont été extrêmement vigilants : en ce qui concerne le stock d'uranium à 20%, il va être neutralisé. En ce qui concerne l'enrichissement, la centrale d'Arak, dangereuse car proliférante, car elle dégage du plutonium qui peut être utilisé à des fins militaires, il est dit expressément qu'elle n'est pas prolongée, donc elle est bloquée."

    "Mais ça, c'est la première étape : nous avons à peu près six mois pour appliquer et vérifier cela, et il y aura une deuxième étape qui doit être l'accord définitif. En permanence, l'attitude de la France... Le Président avait dit cela et je suis resté exactement dans cette ligne... Avancée car nous souhaitons une amélioration de la sécurité pour la région et pour le Monde, et vigilance."

     

    Vous disiez ici-même : dans un an et peut-être moins l'Iran aura une bombe. La menace s'éloigne-t-elle ?

    "Je ne disais pas cela, je disais qu'elle pouvait avoir la bombe et qu'il y avait deux voies possibles. La bonne voie, celle de la négociation, que nous sommes en train de faire. Ou sinon, on arriverait à des solutions aux conséquences désastreuses."

    Il faut donc attendre de savoir si Téhéran respectera sa promesse...

    "De la même façon, la vigilance est dans les deux sens ! Téhéran sera vigilant sur le fait que nous appliquons nos engagements. Nous nous sommes engagés par exemple à alléger un certain nombre de sanctions : c'est réversible ! Il y a deux fois de suite une même expression utilisée, importante : "Tant que tout n'est pas réglé, rien n'est réglé"."

    Pour la levée des sanctions, il faut une décision de l'Europe ?

    "Bien sûr."

    A l'unanimité...

    "Bien sûr. C'est prévu dans quelques semaines. Nous avons une réunion du conseil des ministres des Affaires Etrangères. Sur la proposition de Mme Ashton avec notre soutien bien sûr, nous proposons une levée des sanctions, mais elle est limitée, cible et réversible. C'est la même chose du côté américain."

    Le Président Rohani a dit tout de suite : "Notre droit à l'enrichissement a été reconnu, l'Iran poursuivra l'enrichissement de l'uranium comme par le passé". Il a mal lu l'accord ?

    "(Rires.) Ce qui est garanti de part et d'autre, c'est un programme d'enrichissement - ce n'est pas la même chose - dans des termes mutuellement convenus. Il ne peut pas faire tout et n'importe quoi, il y a des limitations précises."

     

    Le civil oui, le nucléaire militaire non ?

    "Exactement, et c'est ce que la France a fait inscrire dans le préambule d'une manière totalement claire."

    S'il y a une levée même partielle des sanctions, c'est à partir de...

    "Ca va commencer au mois de décembre."

    Les industriels Français de l'automobile peuvent-ils considérer qu'ils peuvent revenir en Iran ?

    "Il y a un certain nombre de sanctions qui sont levées. Parmi les sanctions, il y a effectivement l'automobile."

    Etes-vous sûr que la France n'a pas cédé et lâché Israël ?

    "Je suis sûr que cette ligne d'avancée et de vigilance a été maintenue. S'agissait d'Israël : nous avons eu des contacts constants avec Israël. François Hollande y était la semaine dernière, la visite s'est très bien passé. De même, M. Netanyahou est allé en Russie il y a quelques jours..."

    Il dit qu'il est inquiet...

    "Oui, mais... Il nous a fait part de cette inquiétude ! Nous avons discuté d'une façon tout à fait ouverte. Il faut aussi comprendre le contexte : les autorités iraniennes disent des choses... Parfois des provocations vis à vis d'Israël, y compris la semaine dernière ! Dans ce cadre-là, je comprends bien sûr la réaction d'Israël. Mais en même temps nous travaillons, nous avons travaillé pour que ce soit la sécurité de l'ensemble des pays de la région, y compris Israël, qui soit mieux assurée."

     

    N'y a t-il pas la menace de frappes défensives d'auto-défense de la part d'Israël pendant ces six mois ?

    "Non, à ce stade non : personne ne le comprendrait."

    L'Arabie Saoudite, les Etats du Golfe, sont hostiles à cet accord qui renforce leur ennemi chiite. N'y a t-il pas risque de prolifération nucléaire militaire ?

    "Non, ce n'est pas du tout leur intention. Il faut bien comprendre que l'objectif de cet accord : avancée et vigilance, je le répète, les deux termes, on ne peut pas les séparer l'un de l'autre ! Ce que nous souhaitons, c'est une amélioration de la sécurité régionale et mondiale. Or, tant que l'Iran était perçu comme : je peux fabriquer une bombe et vous l'envoyer sur la tête, c'est le contraire de la sécurité ! On travaille pour démanteler cela et éliminer ce risque."

    Des questions de politique intérieure...

     

    "Oh la la... Je ne serai pas très prolixe !"

     

    Vous auriez confié au Nouvel Observateur que le Président vous a pressenti, testé pour Matignon. Vous auriez refusé...

    "La langue française est riche : calembredaine, fadaise, sornette... Vous choisirez !"

     

    S'il vous l'avait proposé, vous auriez accepté ?

    "Mais non, mais non... Je n'ai pas l'habitude de faire des confidences sur ce que me dit le Président de la République, et cette affaire est complètement sans fondement."

    Un jour, vous disiez : il manque un chef à Bercy. Aujourd'hui, il en manque un où ? Elysée ? Matignon ?

    "Non non... Vous ne m'emmènerez pas sur ce sujet, je suis désolé ! Je m'occupe de la politique extérieure de la France, j'essaie de le faire le mieux possible..."

     

    Vous ne vous dites pas que pour renforcer la France il faut une vraie réforme fiscale, mais c'est le moment, pas le moment...

    "Quand on regarde : renforcer la France... Ce que nous avons fait au Mali, ce que nous sommes en train de faire vis à vis de l'Iran, ce que nous faisons, parce que nous venons d'être désignés comme hôte de la conférence mondiale sur le climat 2015... Ce que nous allons faire en République Centrafricaine... Ce que nous faisons dans l'ensemble des pays du Monde... Croyez-moi : quand la France parle, en politique extérieure on l'écoute."

    Mais vous savez qu'il faut peut-être en finir avec cette impression de désordre et de manque de cohérence au sommet de l'Etat Français ?

    "(Soupir.) Vous ne m'entraînerez pas sur ce terrain-là. Il est certain que nous sommes dans une période difficile : le cap doit être affiché par le Président, tout le monde doit tirer dans la même direction."

    L'Iran devient-elle une puissance régionale ?

    "C'est une grande puissance, depuis longtemps."

     

    Accepterez-vous qu'elle participe à la conférence de Genève sur la Syrie ?

    "Ca c'est un autre sujet. Je souhaite que cette conférence ait lieu. Y participeront tous ceux qui accepteront le principe de cette conférence : créer un gouvernement de transition entre certains éléments du régime et l'opposition modérée. Si l'Iran accepte cet objectif, elle peut participer ! Si elle ne l'accepte pas, j'en ai parlé avec le ministre des Affaires étrangères, alors elle n'y sera pas ! Elle dit qu'elle s'essayera d'avoir un rôle positif. Le rôle positif commencerait à ce que le Hezbollah cesse d'intervenir en Syrie."

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