Delanoë : Un "esprit de justice" gouvernemental incompris des Français

SAISON 2013 - 2014
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    "Il faut que les priorités soient mieux définies et que les propos soient plus clairs.", juge Bertrand Delanoë à l'attention de l'exécutif.

    Bertrand Delanoë, maire de Paris

    Ses principales déclarations :

     

    Des pressions multiples et frondeuses s'exercent sur le président de la République. Evidemment, c'est à lui de choisir entre les différentes hypothèses. Le Premier ministre sert aujourd'hui de cible et prend des coups. Pour vous, faut-il le changer ?

    "On est à un moment très important de la vie de la France et on ne doit penser qu'à la France. L'esprit de responsabilité doit nous amener tous, de droite comme de gauche, à combattre ce qui affaiblit le pays, les valeurs, l'ordre. Le président de la République, avec courage, tient bon, et il a raison. Nous tous, qu'on soit d'accord ou pas avec lui – et moi je suis d’accord avec lui - devons faire preuve d'esprit de responsabilité."

    Quand Anne Hidalgo dit : "Il faut resserrer le gouvernement, les ministres sont trop nombreux, usés..." Vous êtes d'accord avec elle ?

    "Je suis en général d'accord avec elle. Simplement, si j'ai des suggestions à faire au président de la République ou au Premier ministre, je leur ferai à eux. Pour les citoyens qui nous écoutent, c'est vrai que la France vit une crise telle qu'il y a besoin de concentrer les efforts sur des priorités. Le redressement du pays, sa vitalité économique au service de l’emploi : il ne faut pas se disperser. Donc le président de la République, le Premier ministre, tous les décideurs doivent se concentrer sur l'essentiel."

    Donc on ne change pas de gouvernement ?

     

    "Ce n'est pas à moi d'en décider, ça ne sert à rien ces spéculations. En revanche, sentir qu'il y a du mécontentement, du mal-être, et y répondre par l'écoute, la résolution et la fermeté aussi : j'attends du gouvernement de la fermeté lorsqu'il y a des désordres."

    Mais la faute à qui s'il y a tant de désordre ?

    "Attendez, attendez. Je comprends par exemple la situation des Bretons ou de ceux qui perdent leur emploi, mais je n'accepte pas que l'on détruise des radars, parce que c'est le bien public pour la sécurité des Français. Tous, nous devons faire preuve d'esprit de responsabilité, et parfois de fermeté lorsqu'il s'agit de sanctionner sur les valeurs ou ce qui met en cause notre vivre-ensemble."

    Donc vous dites au président de tenir bon, de ne pas céder pour la 3e fois aux demandes de changement de gouvernement.

    "C'est pas ça, ça le regarde..."

    Mais alors comment peut-il resacraliser son autorité et sa fonction, malmenées ?

    "D'abord, je pense que les responsables politiques et les responsables médiatiques doivent se rendre compte que nous sommes en crise, et depuis longtemps."

    La faute à qui ? Un pays ne rentre pas dans la crise tout seul.

    "Les 10 ans où la droite a gouverné la France ont créé cette crise économique, qui est mondiale aussi, et ont accentué les difficultés de nos industries et l'état délabré de nos finances publiques. Donc, ce gouvernement, qui est là depuis un an et demi, a le devoir impérieux de redresser le pays. C'est difficile, beaucoup de Français souffrent, et il faut sans doute que le propos soit plus clair, que les priorités soient mieux définies et que l'esprit de justice qui est dans l'effort de redressement soit mieux compris des Français parce que beaucoup d'entre eux sont vraiment dans la souffrance."

    Le Premier ministre en appelle au procureur de la République pour injure à caractère racial contre l'hebdomadaire Minute : "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane". Cette Une est, je le dis, méprisable et dégueulasse. Mais le mal est fait, qu'est-ce que la justice peut faire ? Il y a quelques temps, Jean-François Copé était victime parmi d'autres de propos antisémites.

    "Oui, bien sûr. Tout le monde doit être défendu. La République doit se défendre. Dans cette période de crise économique sociale, de perte de repères, de références démocratiques, la République doit défendre ses valeurs, qu'il s'agisse de Christiane Taubira, à qui j'exprime ma solidarité ou d'autres. Simplement, aucun d'entre nous ne doit offrir de prétexte raciste. Jean-François Copé, quand il est victime on doit le défendre, mais quand il parle des pains au chocolat, on doit le dénoncer."

    Ah bah ça vous l'avez fait suffisamment.

    "Vous voyez bien, Monsieur Elkabbach, que tout le monde doit faire preuve d'esprit de responsabilité."

    Pensez-vous que Marine Le Pen et le Front national sont aujourd'hui les seuls concernés ?

    "Je ne comprends pas votre question. La France, aujourd'hui, est en difficulté. Et l'extrême-droite porte des valeurs qui ne sont pas des valeurs d'unité de la France, des valeurs historiques qui nous donnent de la force."

    Ils sont dans la légalité ou pas ?

    "Ils y sont, puisqu'ils ont le droit de présenter des candidats aux élections. Mais les valeurs qu'ils portent doivent être combattues et l'absence de solution aux problèmes des Français que le Front national porte dans son programme doit être dénoncée."

    Dans un tel contexte national, la gauche, avec Anne Hidalgo, peut-elle conserver Paris ?

    "Je l'espère pour les Parisiens. Depuis 12 ans et demi, Paris s'est mis en mouvement. C'est vrai qu'au prix de beaucoup d'efforts, de réformes, de sérieux budgétaire, nous avons pu protéger les Parisiens en même temps que nous donnions du mouvement à cette ville par l'investissement."

    C'est ce que vous avez dit au Conseil de Paris hier.

    "Ce n'est pas facile dans une période comme celle qu'on a connu depuis 12 ans, à la fois d'augmenter les dépenses de solidarité de 120%, d'augmenter de 70.000 l'offre de logements sociaux, et en même temps d'investir massivement au service de l'innovation, de la dynamique économique pour l'emploi. Voilà ce que nous avons fait, et je n'ai pas envie que Paris revienne en arrière. Je vais vous donner un exemple : toutes les réformes que les Parisiens apprécient, tous les progrès qu'ils apprécient, la droite les a combattus :  sur le logement, sur l'urbanisme. Et même madame Kosciusko-Morizet a combattu l'idée même du tramway qui est, je crois, apprécié par l'ensemble des Parisiens. Lorsqu'elle était maire de Longjumeau, elle voulait m'interdire d'étendre le système de Vélib' aux communes voisines alors que c'est la ville de Paris qui paye !"

    Donc, vous vous mettez aussi dans la campagne ?

    "L'élection de la droite à Paris, indépendamment des personnes, serait un retour en arrière que je ne souhaite pas pour une ville que j'aime."

    Nathalie Kosciusko-Morizet a proposé une révolution des horaires : ouvrir plus longtemps les écoles, les crèches, les piscines, les musées, les magasins...

    "Et les bus la nuit !"

    Et en plus elle dit qu'elle économisera dans le budget de Paris un milliard d'euros !

    "C'est ça, oui..."

    Pourquoi elle y arriverait et pourquoi pas vous ?

    "Nathalie Kosciusko-Morizet, qui est sans doute une femme intelligente, ne connait rien à Paris. Elle ignore qu'il y a à Paris, dans chaque arrondissement, une crèche à horaires décalés, qu'il y a des bibliothèques ouvertes et beaucoup de lieux ouverts le dimanche. Elle ne sait même pas qu'il y a un service de bus de nuit que nous avons créé qui s'appelle les Noctiliens. En même temps c'est difficile de faire tout ça, parce que ça coûte de l'argent. Nous l'avons fait, partiellement, pas assez. Il faudra poursuivre après 2014 et j'ai confiance en Anne Hidalgo pour faire cela. Et madame Kosciusko-Morizet propose de le faire en supprimant un milliard d'euros de dépense ? C'est démagogique, c'est irresponsable et c'est incompétent."

     

    Ouh la... Elle vous répondra.

    "Et moi aussi je lui répondrai."

    Il ne faut pas venir vous chercher, c'est ça ?

    "Non, c'est juste que je connais ma ville, je l'aime, je sais ce qu'on a fait et que ça peut être imparfait. Madame Kosciusko-Morizet ne pense qu'à détruire. Regardez la politique culturelle de la ville de Paris, qui est appréciée par l'ensemble des Parisiens : elle n'en dit que du mal... "

    Beaucoup de parents protestent contre les rythmes scolaires de Vincent Peillon. Ils ont manifesté hier, même sous vos fenêtres. Jean-Claude Gaudin dit qu'il n'en veut pas pour Marseille, ça lui en coûterait 25 millions d'euros par an. Et vous ?

    "D'abord, ça nous coûterait en 2014 50 millions d'euros, dont 30 millions sont financés par l'Etat. Deuxièmement, cette réforme, très importante pour la santé des enfants - d'ailleurs, dans ses objectifs, elle était plébiscitée - elle est très difficile à mettre en œuvre. J'en suis parfaitement conscient et nous améliorerons chaque jour, école par école, ce qui doit être un progrès pour les enfants. Nous avons pour cela besoin des parents, des animateurs de la ville et des enseignants."

    Vous la défendez, vous ?

    "Bien sûr ! Je vais vous dire quelque chose qui me choque dans la démarche de Jean-Claude Gaudin : si ce sont les maires qui commencent à dire qu'ils n'appliquent pas la loi... Qu'ils veuillent discuter de sa mise en application avec le gouvernement, c'est normal. Mais qu'ils refusent d'appliquer la loi, ça ne contribue pas à la santé démocratique de notre pays ! Monsieur Elkabbach, pendant 10 ans, j'ai eu des gouvernements de droite..."

    Paris n'est pas Marseille, c'est ce qu'on aura compris.

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