Berger (CFDT) : "Un pacte de responsabilité ? Chiche !"

SAISON 2013 - 2014
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    Laurent Berger demande à ce qu'on passe de la parole favorable à l'emploi aux actes concrets. C'est pourquoi la CFDT est ouverte aux discussions sur le pacte de responsabilité.

    Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

    Ses principales déclarations :

     

    Vous n'êtes ni à Biarritz, ni à Davos...

    "Ni l'un ni l'autre ! Nous ne sommes pas invités à Davos, c'est pas notre job principal d'y aller..."

    Réunion autour du Président : le Conseil stratégique de la dépense. 50 milliards à trouver d'ici 2017. Bonne initiative ou poudre aux yeux ?

    "Ca méritera des précisions, ce sujet des dépenses publiques ! C'est d'ailleurs un de nos sujets d'inquiétude. La CFDT n'a jamais été contre un regard sur la dépense publique sauf que depuis des années, quels que soient les gouvernements, on a fait du rabot ! On a baissé au rabot les dépenses publiques, on est à l'os à peu près dans toutes les fonctions publiques. Il faut se dire où sont les priorités, partir des besoins dans les services publics, dialoguons avec les agents et voyons où l'on peut faire les économies."

    Quand Hollande dit qu'on peut faire mieux en dépensant moins : piste ou mea culpa de plus ?

    "C'est une piste mais qui mérite des précisions, et à la fois c'est un mea culpa aussi de ce qu'ont fait les gouvernements successifs, celui-ci comme les autres ! Il faut, sur les dépenses publiques, se dire où est le rôle de l'Etat, de la puissance publique et comment on y répond, avec quels moyens."

    Il s'engage ce matin. Pour montrer qu'il est le chef ?

    "Sans doute mais ça lui appartient. Il faut d'abord se dire à quoi sert la dépense publique ! C'est de l'investissement, de la masse salariale, des solidarités, des services rendus à la population. Attention, ce n'est pas qu'un coût ! Pas que des chiffres !"

    Les profits d'aujourd'hui font les investissements de demain qui feront les emplois d'après-demain...

    "C'est le cas."

    Face au pacte de responsabilité, qui sont les irresponsables ? Ceux qui proposent, soutiennent ou rejettent ?

    "Je ne parle pas d'irresponsables, j'appelle chacun à prendre ses responsabilités. Trois millions de chômeurs, une situation économique et sociale ultra dégradée. Face à cela, j'appelle depuis longtemps à une mobilisation pour l'emploi, contre le chômage. Des choses ont été faites en 2013. Là, on nous propose un pacte de responsabilité. Je dis : chiche, pourquoi pas, mais à condition qu'il y ait des engagements ! Ca ne peut pas fonctionner sans engagements de part et d'autre. J'irai discuter, la CFDT sera prête à discuter, mais elle discutera si de l'autre côté, et je parle notamment du patronat, il y a des engagements en termes de contreparties pour l'emploi."

     

    Vous voulez la réussite coûte que coûte du pacte de responsabilité ?

    "Moi j'en ai marre de voir des plans sociaux, 3 millions de chômeurs, que chacun commente l'actualité sans jamais essayer de faire en sorte qu'on se mobilise un peu plus contre le chômage. Donc oui j'irai discuter."

     

    Thierry Lepaon veut une CGT "utile". Pouvez-vous faire ensemble des actions et en même temps trouver des accords et agir en faveur du pacte ?

    "On a déjà fait des propositions communes, pas qu'avec la CGT d'ailleurs, pour la conditionnalité des aides aux entreprises, pour des mesures plus fortes sur l'emploi, pour négocier dans les branches sur la classification. Je discute avec tous ceux qui veulent discuter, il n'y a pas de souci là-dessus ! Mais utile, ça veut dire quoi ? Ça veut dire passer de la parole aux actes ; il y a des choses à faire, faisons-le. Sur la formation professionnelle, nous avons créé le compte personnel de formation rattaché à chaque salarié : ça c'est de l'utilité concrète."

    Carlos Ghosn sur Europe 1 disait qu'il faut que ce soit "très équitable"...

    "Oui, mais je n'ai peut-être pas la même définition de l'équitable que Carlos Ghosn ! Equitable, ça veut dire des engagements ! Ce n'est pas moi qui me promène avec un pin's "Un million d'emplois" ! C'est le Medef : il dit "il faut des allégements de cotisations et on créera un million d'emplois" ! Aujourd'hui, il y a des propositions d'allégements de cotisations, et on nous dit : "C'était juste un objectif, pas un engagement." Il faut des engagements ! Je ne demande pas des engagements chiffrés, macro, je trouve ça idiot, je veux dans les branches des discussions sur l'apprentissage, sur l'insertion des jeunes sans qualification, sur le maintien et le développement de l'emploi mais il faut des engagements."

     

    Si c'est décliné dans des secteurs qui marchent ou par branche, vous acceptez ?

    "Oui, avec des engagements ! Et, avec le dialogue social, la capacité à contrôler ces engagements. On parle beaucoup de confiance : je crois que c'est important mais elle n’est réelle que s'il n'y a de l'exigence et de la clarté dans les engagements."

    Vous dites même que la CFDT serait prête, pour réussir, à des contreparties : renoncer à un certain nombre d'engagements pour faire progresser la nécessité d'avoir des emplois...

    "Je ne suis pas dans la logique de deal ! C'est ça qui nous met en difficultés depuis de nombreuses années. Je vous donne ça, vous prenez ça sur moi... Ce n'est pas ça, le pacte de responsabilité ! C'est pas ça non plus notre logique dans la négociation depuis 2013 : c'est comment articuler économique et social, comment empêcher que la situation des salariés ne soit pas la conséquence de choix économiques décidés sans nous..."

    Vous allez bientôt négocier les nouvelles règles de l'assurance chômage. La dette de l'UNEDIC : 18 milliards ! Avec la croissance : déficit de plus de 5 milliards de plus par an. Fin 2017, 35 milliards. On réforme ou pas ? Qu'est-ce qu'on touche ?

    "Le problème de réformer : oui, mais sans baisser les droits des chômeurs.  Ce n'est pas le moment de baisser les allocations des chômeurs ! Par contre, on peut mettre des mesures qui incitent à la reprise d'emploi comme le droit rechargeable. C'est une mesure positive d'incitation à la reprise d'emploi."

    On ne touche pas aux grands problèmes ? Intermittents, plafond de l'indemnisation des cadres, l'allocation de chômage dégressive....

    "Ah, c'est hors de question de mettre de la dégressivité, je vous le dis ! Sur le plafond des cadres, c'est un faux problème ! Ca ne concerne quasiment personne et les cadres contribuent plus à l'assurance chômage qu'ils n'en bénéficient ! Arrêtons de fonctionner avec des choses toutes faites qui sont faciles. L'assurance chômage : il y a 3 millions de chômeurs, le chômage continue d'augmenter, ce n'est pas le moment de toucher aux droits des chômeurs !"

    Pourquoi ne pas conclure maintenant un accord applicable en 2015 et 2016 ? Un engagement ?

    "C'est ce que nous avions prévu dans la négociation en 2011 : travailler sur la structure de l'assurance chômage avec le patronat et les autres syndicats. Mais le Medef a peiné à réunir les groupes de travail faits pour cela."

    Le conflit se termine chez Goodyear. Pour attirer les investisseurs : occuper, menacer, détruire, séquestrer, c'est la méthode syndicale d'avenir ?

    "Je pense d'abord à tous les salariés qui perdent leur emploi, à Goodyear, à Mory-Ducros. La bataille que je mène est la bataille pour l'emploi. Après, tant mieux s'il y a des indemnités supplémentaires. Je l'ai déjà dit : ce n'est pas la méthode de la CFDT. Je ne partage pas les méthodes violentes ou agressives. Ceci étant, d'abord, battons-nous sur l'emploi. Et là, à Goodyear, ce que je regrette, c'est que les salariés vont perdre leur emploi."

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