Bayrou ne croit pas en "la boîte à outil" du Président

SAISON 2012 - 2013
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    Quand François Bayrou regarde l'état de l'emploi, il ne voit aucune raison de hisser un pavillon optimiste.

    Les principales déclarations de François Bayrou, président du MoDem :

     

    François Hollande croit encore à l'inversion de la courbe du chômage. Son optimisme vous inquiète ou il est contagieux ?

    "Je vous réponds dans une minute. Permettez-moi d'avoir une pensée pour mes compatriotes des Pyrénées, et notamment de la Plaine du Gave de Pau, qui ont eu à affronter des inondations terribles qui ont mises à mal le réseau routier, des lotissements, des bases de loisirs construites avec beaucoup de travail et d'investissement... Je voulais avoir un mot pour eux, qu'ils sachent que l'on est solidaires..."

    François Hollande a dit : "L'Etat sera là"...

    "Ca c'est bien. C'est la moindre des choses, entre nous. Il est bien que l'Etat ait annoncé que la déclaration de catastrophe naturelle allait avoir lieu dès cette semaine. C'est très bien. Enfin, c'est très bien... C'est la moindre des choses !"

    Vous avez voté François Hollande, êtes-vous devenu optimiste par nature ?

    "Non, je ne partage pas l'optimisme qui est celui du pouvoir. Naturellement, je sais qu'il y a une répartition des rôles, qu'il est évident que, aux responsabilités, il faut être entraînant, je ne vais pas critiquer cela. Mais, moi, je ne crois pas que les décisions prises, les orientations, la "boite à outils" comme l'a dit François Hollande, soient à la hauteur des difficultés que nous rencontrons..."

     

    Ce matin, les chiffres de l'INSEE prévoient un chômage en hausse, à 10,7% à la fin de l'année...

    "Je suis plus proche de l'appréciation de l'INSEE : quand je regarde l'état de l'emploi, des entreprises, des grandes filières qui devraient nous permettre d'exister dans le monde de la production, donc dans la création d'emploi, je ne vois pas de raison de hisser ainsi un pavillon optimiste. Je suis plus proche de cette appréciation. Je ne crois pas que ce soit avec des rustines que l'on répare une situation comme celle-là..."

    Par rustine, vous parlez des emplois aidés...

    "Voilà. Je vois bien ce qu'il y a dans la tête des gouvernants, ils ne sont pas les premiers, tous les gouvernements ont fait ça. J'ai entendu hier le discours de François Hollande à la conférence sociale : honnêtement, on avait l'impression de réentendre pour la 5ème, 6ème, 8ème, 10ème fois des discours que nous avons déjà entendu. C'est très bien que le gouvernement dise "Nous allons nous attaquer à la question des emplois non pourvus", c'est très bien. Très bien qu'il dise : la formation, l'alternance, l'apprentissage, mais ça a été dit très souvent..."

    Pour autant, est-ce que ça veut dire que ce sont de mauvaises méthodes, de mauvais outils ?

    "Ca peut être utile si l'on a une stratégie générale qui nous permet de faire avancer les choses. Si les grandes filières, les entreprises, se sentent soutenues, aidées, si le pays tout entier est mobilisé, et si les grandes décisions sont prises... Pour l'instant, à mon avis, elles ne le sont pas. Comme sur les retraites..."

    Va t-on la fabriquer, cette inversion de la courbe de chômage ?

    "En tout cas, les stratégies d'emplois aidés peuvent ne pas être inutiles, je ne dis pas ça, les quelques centaines ou dizaines de milliers de personnes, je ne sais pas combien, qui vont trouver un emploi au moyen de ces emplois aidés, très bien ! Mais vous voyez bien que ce n'est pas ça qui rend la santé à l'économie du pays ! Au contraire, d'une certaine manière... C'est la dépense publique qui va assumer des emplois... De ce point de vue-là, je trouve qu'on ne prend pas la dimension des problèmes qui se posent à la France... C'est un pays qui a à faire face à un déclassement de la plupart ou d'un grand nombre de ses secteurs productifs. On a l'impression pour l'instant qu'on a des recettes déjà utilisées et dont on a vu qu'elles ne marcheraient pas."

     

    Sur les retraites. Allonger la durée de cotisation, est-ce juste ?

    "Je ne crois pas. Parce qu'il y a des emplois qui peuvent être soutenus pendant une longue période quand on avance en âge, et d'autres qui ne peuvent pas l'être. On dit 44 années : un très grand nombre d'emplois, ceux qui les tiennent y entrent vers 25 ou 26 ans après leurs études. On arrive à 70 ans, encore faut-il n'avoir pas subi d'interruption de carrière... Il y a des périodes de chômage, des trous dans les carrières. Je ne crois pas qu'on puisse être une maîtresse d'école maternelle à 70 ans. Je pense que c'est mal pensé, c'est ne pas oser affronter la profondeur du problème des retraites. Elle impose à mes yeux qu'on rebâtisse, à partir des fondations, en prenant son temps, mais de manière sérieuse, le système des retraites. J'appelle ça un système de retraites à points, à la carte, qui permettra de prendre en compte la pénibilité du travail, la volonté de chacun de partir, sans pénalisation, avec les droits acquis."

    Redoutez-vous une réforme a minima ? Qu'est-ce qui se dessine selon vous ?

    "Je redoute que ce soit la énième, parce qu'on en est à la 6ème ou 7ème, réforme qui ne va pas au fond des choses."

    L'affaire Tapie. Je disais tout à l'heure que c'est presque une affaire personnelle...

    "Non, en aucune matière. Parce que je ne supporte pas l'injustice... Je ne sais pas vous, mais moi, quand je vois que les petits, un artisan, une jeune femme que je connais que l'on oblige à rembourser 3000 euros de RSA parce qu'elle travaillait des heures de ménage sans les déclarer..."

    Tout le monde sera d'accord avec vous, sur ces exemples...

    "Non, tout le monde ne sera pas d'accord ! Puisque tout le monde l'a accepté ! Je suis très heureux qu'on ait été quelques-uns à dire... On ne peut pas organiser la spoliation des contribuables, de l'Etat, au sein de l'Etat ! C'est ça le problème que pose cette affaire !"

     

    Pierre Estoup aurait tenté d'influencer le président du tribunal dans l'affaire des comptes de l'OM en 1998... Ca change quoi ?

    "Vous voyez bien, tous les éléments qui s'accumulent montrent que cet arbitrage était préfabriqué. Ce n'était pas un arbitrage mais la mise en scène d'un arbitrage, si les faits sont prouvés, la mise en scène d'une décision prise à l'avance, au détriment de l'intérêt général, au profit d'intérêts privés. Ceci est purement et simplement inacceptable ! Je rappelle que les magistrats disent : escroquerie au détriment de l'Etat en bande organisée... C'est dire la gravité exceptionnelle et sans précédent de cette affaire."

     

    Nicolas Sarkozy aurait confié à un ancien ministre l'existence de cabinets noirs organisés par Stéphane Le Foll... Vous croyez à un acharnement des juges contre Nicolas Sarkozy ?

    "Je ne crois pas à l'acharnement des juges contre untel ou untel... Je crois à la gravité de cette affaire et au fait que, pour une fois, la Justice s'en est saisie. Elle a trouvé des éléments concrets qui lui permettaient de porter la parole de ceux qui ne supportent pas l'injustice... Quant aux cabinets noirs, on a accusé des cabinets noirs dans l'entourage de Nicolas Sarkozy quand il était au pouvoir, je ne crois pas beaucoup à ce genre de choses et, en tout cas, ce n'est en rien la raison pour laquelle depuis des années, je me suis battu. Je me suis battu pour une seule chose : je veux un pays dans lequel les citoyens peuvent avoir confiance en ceux à qui ils remettent le pouvoir !"

    Le Front National peut-il l'emporter à Villeneuve-sur-Lot ?

    "Les deux principaux partis ne mesurent pas la gravité de l'exaspération des Français, en face d'un monde politique qu'ils trouvent assez souvent inefficace. Pour ma part, je veux dire une seule chose : le Front National, s'il est menaçant électoralement, il n'a en rien les réponses qui permettent d'améliorer la situation du pays, c'est sur ce point-là qu'il faut qu'on y réfléchisse. C'est un leurre, l'idée que les extrêmes peuvent idée à redresser un pays : ça ne s'est jamais produit dans l'Histoire, ni dans la notre, ni dans aucune autre."