Des députés réclament l'abolition de leurs privilèges

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Dix élus de droite comme de gauche publient une tribune dans Le Nouvel Observateur où ils réclament l'abolition de leurs privilèges.

C’est dans le Nouvel Observateur qui sort aujourd’hui, une initiative qui bouscule la classe politique. Dix élus de droite et de gauche veulent abolir leurs privilèges : régime de retraites, indemnités de frais de mandat, mandat parlementaire unique…

Est-ce que cette initiative peut faire bouger les choses ?

Ces 10 jeunes députés auront au moins réussi une chose : se faire des ennemis à droite et à gauche. Leur nuit du 4 août, version juin 2013 pour défendre l’abolition des privilèges ne se terminera pas dans un élan d’unanimité comme en 1789. Une fronde, un tir de barrage nourri depuis hier. Et ils racontent pour la plupart encore amusés et fiers de leur coup, les critiques, les remarques agacées dans les couloirs : populisme, démagogie, opération de com' bas de gammes.. Les 10 audacieux ont déclenché la rage de tous ceux qui ne veulent pas qu’on les fasse passer pour des privilégiés repus assis sur un tas d’or. Ils ont réveillé la colère de ceux qui considèrent que la course à la transparence et à l’intégrité est un parcours sans fin et qu’ils ont déjà donné.

Mais cette initiative a au moins le mérite de poser les vraies questions.

 

Elle pose des vieilles questions qui alimentent de vieux fantasmes et qui auraient du être réglées depuis longtemps. Prenons un seul exemple soulevé par l’un des 10 députés : l’indemnité de représentation de frais de mandat. Un peu plus de 5300 euros pour frais en tous genres qui s’ajoute à la rémunération des députés. Elle a été baissée de 10% par Claude Bartolone, qui a réclamé une déclaration sur l’honneur pour attester que la somme est utilisée pour l’exercice du mandat. Mais rien n’est réglé, cette somme échappe encore à l’impôt et aux contrôles. Déjà en juillet 2012 un amendement qui proposait aux députés de justifier leur frais avait été retoqué. Un usage impossible à entendre pour des salariés qui doivent faire valider, signer, certifier leur note de restaurant par 5 bureaux avant d’être éventuellement remboursés.

On pourrait vous dire que cela alimente l’anti-parlementarisme, le tous pourris...

Ce qui l’alimente c’est l’opacité, l’impression que droite et gauche s’entendent toujours pour tirer un épais rideau de velours rouge sur un monde à part. Mais la machine est lancée sur fond de crise et elle ne s’arrêtera pas, ces jeunes députés l’ont compris. La transparence, l’intégrité, l’exemplarité...les plus réfractaires peuvent pester, s’agripper à des reliques, ils peuvent à juste titre rappeler qu’ils ne sont pas des nantis, qu’ils méritent un statut à la hauteur de leur mission, ils ne seront pas audibles tant qu’ils n’auront pas mis fin a quelques pratiques qui alimentent les critiques et les caricatures.