Réseaux de la servitude volontaire

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Deux minutes net est une chronique de l'émission Europe 1 matin - Bruce Toussaint
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Un prof de l’université Paris Dauphine a demandé aux candidats à son master de venir à l’oral avec une copie de leur profil Facebook.

Les 59 candidats à ce master de gestion devaient montrer à ce prof leur page Facebook. Mais la direction de l’Université a demandé à l’enseignant de ne pas le faire… 

Ce n’est pas légal ?

Pour la CNIL la demande d’informations doit être proportionnée et cohérente avec l’objectif que l’on poursuit. En droit du travail, l’article L1221-6 du code du travail stipule que les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, au candidat à un emploi, ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. On ne peut s’intéresser qu’à des informations à caractère professionnel. Donc il n’est pas plus normal d’exiger de voir le Facebook d’étudiants. D’où la marche arrière. En même temps, c’est reculer pour mieux sauter…

Que voulez vous dire ? 

J’ai raconté à ce micro, il y a un an comment certains demandeurs d’emplois américains sont contraints de dévoiler leur page Facebook pendant des entretiens d’embauche. Bien sûr aucun employeur n’a le droit d’exiger de quelqu’un son mot de passe. Mais il arrive qu’il lui demande de se connecter. Cette pratique se nomme le «shoulder surfing», c'est-à-dire regarder surfer sur le net par-dessus l’épaule. Alors ne soyons pas naïfs, si des enseignants ont les noms d’étudiants candidats à une formation, ils peuvent les saisir dans un moteur de recherche ou fliquer leurs profils sur les réseaux sociaux. Si leurs comptes ne sont pas verrouillés, pas réservés à leurs proches, ces étudiants seront leurs propres Big Brother. La pire des servitudes est souvent volontaire. C’est La Boétie qui l’a décrit en 1549 dans le Discours de la servitude volontaire. Il avait dix-huit ans et je crois que facebook n’existait pas. Ni Twitter...