Un musulman au pouvoir en 2022 ? Houellebecq s'explique

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Un musulman au pouvoir en 2022 ? Houellebecq s'explique
@ AFP
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L'écrivain s'est longuement expliqué samedi sur son nouveau roman polémique, "Soumission".

Ni une satire, ni une provocation. Michel Houellebecq s'est longuement expliqué samedi sur son nouveau roman polémique, "Soumission", dans lequel il imagine une France dirigée par le chef d'un parti musulman. Selon l'écrivain, cette situation "est une évolution vraisemblable", explique-t-il dans une interview accordée au journaliste de France Culture Sylvain Bourmeau, parue samedi en anglais dans la revue littéraire américaine Paris Review, en ligne dans le journal allemand Die Welt et en français sur le blog du journaliste hébergé par Mediapart.

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"Des choses pas foncièrement fausses". "Soumission" débute à la fin du second mandat de François Hollande, en 2022. Dans une France au système politique fissuré, la Fraternité musulmane (parti inventé par l'auteur) bat Marine Le Pen au second tour de la présidentielle grâce à un front républicain. Le nouveau chef de l'État, Mohammed Ben Abbes, nomme François Bayrou Premier ministre. C'est une implosion politique sans révolution, acceptée en apparence par la majorité. Mais de laquelle découle un changement de mœurs radical : le patriarcat, la polygamie, le port du voile, le retour des femmes à la maison.

"Je procède à une accélération de l'Histoire mais, non, je ne peux pas dire que c'est une provocation dans la mesure où je ne dis pas de choses que je pense foncièrement fausses, juste pour énerver. Je condense une évolution à mon avis vraisemblable", assure l'écrivain à propos de son 6e roman, qui sera publié mercredi par Flammarion et tiré à 150.000 exemplaires. "J'ai essayé de me mettre à la place d'un musulman, et je me suis rendu compte qu'ils étaient en réalité dans une situation totalement schizophrénique. Que peut bien faire un musulman qui veut voter? Il n'est pas représenté du tout. Il serait faux de dire que c'est une religion qui n'a pas de conséquences politiques (...). Donc, à mon avis un parti musulman est une idée qui s'impose", poursuit-il.



"Le Coran est mieux que je le pensais". L'écrivain, qui déclarait en 2001 "la religion la plus con, c'est quand même l'islam"?, semble toutefois avoir revu son jugement. "Le Coran est mieux que je ne le pensais, maintenant que je l'ai lu", ajoute Houellebecq, concluant que "les jihadistes sont de mauvais musulmans". L'écrivain, qui voit son livre comme "une fiction", un peu comme un "thriller", se défend d'avoir voulu publier un essai. Mais "je ne crois pas qu’une société puisse tenir sans religion", ajoute-t-il tout de même. Dans ce cadre, il imagine ainsi en France une société où catholiques et musulmans arriveraient à s’entendre. Quitte à voir mourir une philosophie des Lumières, selon lui dépassée aujourd'hui.

"Il y a une destruction de la philosophie issue du siècle des Lumières, qui n’a plus de sens pour personne, ou pour très peu de gens. Le catholicisme lui se porte plutôt bien. Je maintiens assez positivement qu’une entente entre catholiques et musulmans est possible, cela s’est déjà vu. Cela peut se reproduire", explique-t-il dans l'interview.



Un livre qui divise. Depuis des semaines, critiques littéraires et intellectuels s'interrogeaient sur le nouveau livre de l'écrivain français et sur son but final. Nouvelle provocation? Fable ironique? Premier ou deuxième degré? Prédiction de ce qui menacerait la France? Pour le philosophe Alain Finkielkraut, Houellebecq "a les yeux ouverts et ne se laisse pas intimider par le politiquement correct". Point de vue que ne partage pas tout le monde. Ce roman "restera comme une date dans l'histoire des idées, qui marquera l'irruption -ou le retour- des thèses de l'extrême droite dans la haute littérature", il "adoube les idées du FN, ou bien celles d'Eric Zemmour, au coeur de l'élite intellectuelle", écrivait ainsi samedi le directeur de Libération, Laurent Joffrin.

Le livre est censé paraître le sept janvier en librairie. Mais il est déjà disponible en téléchargement illégal sur Internet.