La révélation Apocalypse Bébé

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La révélation Apocalypse Bébé
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Le livre de Virginie Despentes a séduit le jury des auditeurs d'Europe1

Europe1 lançait sa bibliothèque en mars dernier à l'occasion du Salon du livre. Le principe : chaque mois, un jury de dix auditeurs sélectionnés sur Europe1.fr élisent "le livre Europe1 du mois" parmi cinq nouveautés proposées. Afin de faire écho au livre choisi, les spécialistes littéraires de la radio, Esther Leneman, Pierre-Louis Basse et Pierre de Vilno y associent un grand classique de la littérature.

Apocalypse Bébé, le livre de Virginie Despentes a été sélectionné par les jurés d’Europe 1 ce mois-ci, remportant cinq voix sur dix.

Une formidable découverte

Le livre de Virginie Despentes surprend. Avant de l'ouvrir, les lecteurs avouaient avoir des a priori sur l'auteur de Baise-moi, redoutant une "littérature inutilement provocatrice et obscène." La réalité est toute autre, puisqu’ils ont découvert avec étonnement une "écriture soutenue, travaillée, musicale", au service d’un récit captivant. Certains, comme Michel, ont aimé l’intrigue, au point "de regretter d’arriver à la fin de ces pages." L’auteur, explique ce juré d’Europe 1, fait preuve d’une vision "extrêmement juste de la société contemporaine".

Quant à l’intrigue, Jocelyne, elle aussi membre du jury, la résume ainsi : "Deux détectives partent à la recherche d'une jeune adolescente dans une Barcelone très particulière où coke et partouzes côtoient les visites aux cathédrales." Des personnages presque exclusivement féminins qui n’ont pas manqué de fasciner les lecteurs : "Lucie et la Hyène, une impénétrable détective indépendante aux méthodes radicales, deux anti-héroïnes décalées, déjantées et attachantes." Et Michel d’ajouter : "On ne se lasse pas de l’intrigue, de la drôlerie des personnages, de cette fille qui siffle les autres filles dans la rue depuis sa voiture avec ses lunettes Ray-Ban."

Si Apocalypse Bébé "commence comme un polar", les lecteurs hésitent : thriller, policier, roman sociétal, le livre emprunte à différents genres.

Entre satire et roman noir, le road-book de Virginie Despentes tire le portait d’une époque, et s’installe comme « une formidable découverte ».

Le Pape du néo-polar

A ce livre, Esther Leneman associe La princesse de sang, de Jean-Patrick Manchette.
Manchette, auteur et critique de romans noirs et de cinéma, considéré comme le "Pape du néo-polar" signe là un thriller au style épuré qui n’est pas sans rappeler le regard froidement lucide, désabusé, de Virginie Despentes.
La princesse de sang, ultime roman que la mort l’empêcha d’achever, mais aussi clin d’œil à Virginie Despentes puisqu’avec Manchette, le roman noir renoue avec sa fonction de roman social, de satire de la vie quotidienne.

Les autres livres

Parmi les cinq livres en lice, La carte et le territoire de Houellebecq n’a obtenu la voix d’aucun des jurés d’Europe 1. L’auteur se voit reprocher de ne pas s’adresser suffisamment à son lecteur. Selon Philippe, "Houellebecq oublie que ses lecteurs ne vivent pas dans le microcosme de l’art ou dans la sphère dite parisienne branchée." Fabienne avoue elle, être véritablement "passée à côté" tandis que Michel dit avoir plus d'admiration pour l'écrivain lui-même que pour son œuvre.

Le livre de Philippe Forest, Le siècle des nuages, n’a remporté qu’une voix sur dix, malgré de belles critiques. "Enfin nous sortons (…) du Je de l’écrivain" explique Philippe, qui reproche à la décennie de ne plus écrire d’histoires mais plus que des "discours de soi, sur soi ou par soi ", des récits égocentriques en somme. Dans cet ouvrage, l’auteur réussit le tour de force de s’élever au "rang de l’art, sublimant son matériau en une œuvre dont la force de l’écho paraît intemporelle, ample." Un livre touchant dans lequel "un homme simple devient, par l’écriture admirative de son fils, un héros" selon Michel.

Naissance d’un pont, de Maylis de Kerangal, a obtenu deux voix, un récit dans lequel les jurés d'Europe1 ont vu "une grande poésie de la vie quotidienne". L’auteur, qui a reçu pour cet ouvrage le Prix Médicis 2010, porte un regard "sans concession sur ses personnages, dans la plus subtile des vérités" d’après Jérémy, qui conclut : "Un grand roman d’une grande humanité sur l’histoire d’un grand pont." Pour Benoît, qui loue les qualités d’un récit "vif et énergique", c’est "l’histoire de l’Amérique qui se joue encore là, la conquête de l’Ouest et l’arrivée du chemin de fer…"

Enfin, Le roman de Claude Arnaud, Qu’as-tu fait de tes frères, a reçu deux voix ex-æquo avec celui de Maylis de Kerangal. C’est ici "le calme avant le printemps 68" nous dit Valérie, à l’heure où l’ordre établi vole en éclat. Le récit explique t-elle, "nous entraine de l’autre côté du miroir, dans les milieux artistiques parisiens, parmi homosexuels et travestis, évoquant la liberté sexuelle et la drogue des années 70." Un roman "qui ne peut laisser indifférent, Claude Arnaud a suscité ma curiosité, a perturbé parfois ma morale, m’a émue par la sincérité de son récit."

Pour faire son choix, le jury des auditeurs a dû départager cinq auteurs :

Virginie Despentes : Apocalypse Bébé, Grasset

Michel Houellebecq : La carte et le territoire, Flammarion

Maylis de Kerangal : Naissance d'un pont, Verticales

Philippe Forest : Le siècle des nuages, Gallimard

Claude Arnaud : Qu'as-tu fait de tes frères? Grasset