Vivre à Mossoul sous l'État islamique : Lina raconte l'enfer

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L'offensive pour libérer Mossoul se poursuit et les civils continuent d'être au milieu des bombardements des opérations militaires et les répliques de l'État islamique. Lina a pu fuir Mossoul avec ses enfants, elle raconte à Europe 1 la vie dans une ville aux mains des djihadistes.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Sa fuite a duré une semaine. Épuisée, Lina alterne entre éclats de rire et sanglots. Elle n'en revient pas d'avoir réussi à quitter Mossoul, car à l'intérieur de la ville, la voix des djihadistes résonnent dans des hauts-parleurs, rappelant aux habitants qu'il leur est interdit de partir. Alors que les forces irakiennes, appuyées par la coalition internationale, continuent leur progression pour faire chuter Mossoul, Europe 1 a rencontré cette jeune femme qui a pu rallier un camp de réfugiés avec ses enfants.

Le sort d'1,5 million de civils vivant à Mossoul. Pour partir de Mossoul, il lui a fallu ruser. Et pas moins de huit tentatives. "Notre grosse préoccupation c'était le checkpoint de Daesh", se souvient la jeune femme. "Ces derniers temps, ils [les membres de l'organisation État islamique, ndlr] sont de plus en plus violents donc nous avions préparé un mensonge pour passer la frontière mais dieu merci, quand nous sommes arrivés, il avait été bombardé. On est donc passés comme ça", lâche-t-elle en riant. A Mossoul, ce sont près de 1.5 million de civils qui sont pris entre deux feux : les bombardements des opérations militaires de la coalition, et les tirs de snipers djihadistes. Un sort dont s'était ému un haut responsable de l'ONU alors que démarrait l'opération de reconquête de Mossoul.

"Consulter avec le niqab, vous imaginez pour un dentiste ?" Désormais à l'abri, Lina se souvient du carcan djihadiste. Dentiste de profession, elle ne voulait plus travailler à l'hôpital administré par l'État islamique mais y a été forcée en se pliant à des règles qu'elle évoque avec un certain sens de l'humour. "Je devais porter des gants noirs, sous mes gants médicaux pour cacher mes mains", explique-t-elle. "Je consultais avec le niqab noir devant mes yeux, vous imaginez, pour un dentiste ?", se souvient Lina ajoutant que les membres de l'État islamique avaient installé une caméra pour surveiller ses faits et gestes. "Si on enlevait le voile, ils venaient nous punir".

"Des Français, des Français partout !". Chaque jour à l'hôpital Lina côtoie des membres étrangers de l'État islamique et notamment, selon elle, beaucoup de Français. Sur les quelques 4.000 à 5.000 djihadistes combattants à Mossoul, près de 300 seraient Français. "Des Français, des Français partout !",assure-t-elle. "Il y avait des combattants mais aussi des médecins français. Et chaque médecin français de l'hôpital était escorté par un combattant, un garde du corps par médecin".

Des médecins djihadistes précieux pour le groupe et qui, d'après Lina, ne quittent jamais l'enceinte du bâtiment. La raison est simple : la coalition ne cible pas les hôpitaux.