Viol : contre le silence, la voix des victimes

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Viol : contre le silence, la voix des victimes
Clémentine Autain a initié un manifeste pour que les victimes brisent le silence qui entoure le viol.@ MAXPPP
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313 femmes ont signé un manifeste contre le viol, publié mercredi dans le Nouvel Observateur.

En 1971, le Nouvel Observateur publiait le manifeste des "343 salopes", signé par des femmes qui revendiquaient et avouaient leur avortement. Plus de 40 ans plus tard, l'hebdomadaire publie le manifeste de 313 femmes contre le viol. Une initiative lancée par Clémentine Autain, co-fondatrice du collectif féministe Mix-Cité, elle-même victime de viol à l'âge de 22 ans. Objectif : libérer la parole des victimes, comme elle le confiait mercredi sur Europe 1, car "le silence fait le jeu des violeurs" alors que "la parole, elle, libère

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Et pour joindre les actes à la parole, le manifeste est accompagné de témoignages de victimes, anonymes ou plus célèbres.

Femme de ministre, écrivain ou championne de tennis

21.11 marie.laure.devillepin

© MAXPPP

Sur le papier glacé, son nom, celui de son ex-mari, un ancien premier ministre, fait évidemment tiquer. Marie-Laure de Villepin témoigne de comment, à l'âge de 10-12 ans,"tétanisée", elle n'a d'abord pu esquisser "le moindre geste, le moindre cri" dans le vieil ascenseur de l'immeuble cossu de l'haussmannien XVIIe arrondissement. Puis comment les cris et la lutte ont découragé l'homme en imperméable : "c'est comme cela que l'on viole les petites filles!" lui lâche-t-il. "Une phrase qui va, pour longtemps, tourné dans (sa) tête", confie-t-elle. Un secret qu'elle gardera pendant 10 ans.

La romancière Frédérique Hébrard, n'était déjà plus une petite fille, quand, il y a quarante-deux ans, un homme l'a braquée avec un revolver alors qu'elle sortait de sa 2 CV. C'est un prisonnier évadé qui "n'a pas eu de femme depuis des mois". Elle fuit, il la rattrape et la violente. Puis, en pleine nuit, il l'a viole dans une clairière. Elle essaye "d'être ailleurs de ne pas y penser".

14.11 Isabelle Demongeot, ancienne championne de tennis, qui accuse Régis de Camaret de viols. 930620

© Max PPP

Isabelle Demongeot est une ancienne championne de tennis. Pendant près de dix ans, son entraîneur l'a "violée et agressée sexuellement", accuse-t-elle. Jusqu'à ses 24 ans, lorsqu'elle "claque la porte" du centre d'entrainement des Marres à Saint-Tropez. La joueuse ne porte pas plainte car elle ne se sentait pas "apte à mener ce combat". Mais elle n'arrive pas à se défaire de "l'emprise" de cet homme, "qui  vous fout une vie en l'air". En 2005, elle fait éclater l'affaire.  Trop tard pour elle, il y a prescription. Mais elle découvre qu'elle n'est pas la seule victime de "l'entraineur". Arrêté en 2007 et mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans il bénéficie d'un non-lieu en 2007. Mais depuis la mi-novembre, l'homme est rejugé pour viols et tentatives de viols.

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Fonctionnaire et collégienne

Ce soir-là, la maman de Claudine, 6 ans,  est à l'hôpital. Toute sa famille dort déjà. Son père lui demande avec autorité de monter dans son lit. Alors qu'il lui écrase un oreiller sur le visage puis se livre à des attouchements, la petite fille se demande pourquoi elle mérite "une telle punition".  Cinquante ans plus tard, en 2002, cette  employée de pôle emploi âgée,  est violée par son médecin de famille qui l'a préalablement droguée.

Laura, elle, est collégienne. Tout s'est passé en trois mois. Trois fois. Elle était en 6e. D'abord  avec un garçon qu'"elle aimait bien" et des amis à lui. Puis, sa réputation de "fille facile" donne des idées à deux autres : "je regardais les arbres pour me sentir  un peu plus libre.  Et puis une dernière fois, où, paralysée, elle ne peut rien faire.