Vingt ans plus tard, Israël est "dans le résultat de l’assassinat de Rabin"

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Le réalisateur israélien Amos Gitaï était l’invité d’Anne Sinclair, samedi matin, à l’occasion de la sortie de son film, Le dernier jour d’Yitzhak Rabin.

"Je crois, que 20 ans plus tard, on est effectivement dans le résultat de l’assassinat de Rabin". C’était le 4 novembre 1995, à Tel Aviv. Vingt ans après, le cinéaste Amos Gitaï revient dans l’émission d’Anne Sinclair, sur Europe 1, sur l’assassinat du Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, auquel est consacré son dernier film. Après plusieurs années de travail sur le sujet, le réalisateur israélien a présenté Le dernier jour d’Yitzhak Rabin, en salles le 16 décembre prochain.

Une charge contre Benyamin Netanyahu ? Yitzhak Rabin, Prix Nobel de la Paix en 1994, notamment pour avoir activement œuvré à la signature des accords d’Olso, a été tué par un étudiant juif extrémiste, Yigal Amir. Ce long-métrage, réalisé à la fois à partir d’éléments de fiction et d’images d’archives, aborde la situation israélienne de l’époque et tisse des liens avec celle d’aujourd’hui. "Je crois qu’il y a un triumvirat qui a affaibli le gouvernement de Rabin. C’est une sorte de coup d’état, un composite de lobby de colons très forts, de rabbins hallucinants, et la droite parlementaire, qui n’a pas a appelé à assassiner Rabin, mais a vu l’intérêt d’affaiblir son gouvernement et, surtout, les démarches de négociations avec les Palestiniens", explique Amos Gitaï sur le contexte de l’époque.

Archives à l’appui. Pour réaliser ce film politique, extrêmement documenté, Amos Gitaï s’est en partie appuyé sur la commission d’enquête sur l’assassinat de Rabin, présidée par Meir Shamgar, président de la Cour suprême d’Israël. Pour le réalisateur israélien, qui a failli devenir architecte comme son père, "le cinéma ne doit pas être strictement un objet de consommation". Durant plus de deux heures et demi, son film dénonce le rôle des milieux d’extrême droite, hostiles à la paix, et n’épargne pas le Premier ministre actuel, Benjamin Netanyahu, accusé par la gauche israélienne d'avoir envenimé le climat politique, à l’époque, en amont de l’assassinat de Rabin.

"Rabin était un vrai patriote israélien". Yitzhak Rabin, pour le cinéaste engagé dans le camp de la paix qu’est Amos Gitai, "c’était un vrai patriote israélien". L’homme des accords d’Oslo, qu’Amos Gitaï a accompagné dans l’avion le menant jusqu’à Washington pour serrer la main de Yasser Arafat, "était simplement arrivé à la conclusion que si Israël ne fait pas un travail sérieux de négociation avec le monde arabe, de retrouver des chemins dans cette région très compliquée, à un moment donné, tous les projets israéliens étaient menacés."

"Il faut dire les choses, pour faire la paix". Pour établir la paix, Rabin avait compris que l’"on ne peut pas être strictement dans le rapport de force". "Je crois que pour faire la paix, il faut commencer par un rapport honnête, il faut dire les choses comme elles sont", poursuit Amos Gitaï. Pour autant, il ne perd pas tout à fait l’espoir d’une paix entre les Palestiniens et les Israéliens : "Malgré tout, il y a une majorité de Palestiniens et, aussi côté israélien, qui croient qu’il va y avoir la paix, une coexistence. C’est -à-dire qu’il y a dans les populations une compréhension profonde que cela ne peut pas continuer comme cela."

>> Après les attentats survenus à Paris il y a quinze jours, Amos Gitaï dresse un parallèle entre la société française et la société israélienne.


L’arrivée du terrorisme en Francepar Europe1fr