Viande de cheval : l'émoi en Roumanie

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Viande de cheval : l'émoi en Roumanie
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Les responsables du secteur agroalimentaire roumain renvoient la balle à l'importateur français.

L'INFO. Parti du Royaume-Uni, le scandale agro-alimentaire de la viande de cheval s'étend dans toute l'Europe. En France, c'est la marque Findus qui a découvert que des lasagnes étiquetées 100% pur bœuf contenaient du cheval. La plupart des enseignes ont depuis décidé de retirer leurs produits de la vente. Mais du côté des responsabilités, les intermédiaires se renvoient la balle et accusent les deux abattoirs roumains.

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Du cheval dans les saucisses. Ce scandale a provoqué une prise de conscience car les Roumains ne sont pas des amateurs de la viande de cheval, constate la correspondante d'Europe 1 en Roumanie. Et pourtant, les professionnels de l'agroalimentaire reconnaissent que l'on mange du cheval sans même le savoir. On le retrouve souvent dans les saucisses mais sans que cela soit marqué sur l'étiquette. Il s'agit d'une tromperie qui dure depuis des années et ce, car le prix de la viande de cheval est sensiblement plus bas que celui de la viande de bœuf.

Une "mafia" ? Les producteurs dénoncent une vraie "mafia" internationale avec des réseaux en Roumanie qui font des profits colossaux. Les filières seraient formées d'Hongrois, d'Italiens, où même de Français qui achètent du cheval très bon marché en Roumanie et le revendent huit fois plus cher en Europe de l'Ouest. Selon un expert de l'agroalimentaire roumain, qui a requis l'anonymat, "il existe une filière formée notamment d'Italiens qui achètent du cheval bon marché en Roumanie et le revendent beaucoup plus cher en Italie", mais bien sous l'étiquette cheval.

Des soupçons sur deux abattoirs. Le président de l'association Romalimenta, qui regroupe les patrons roumains de l'alimentaire, Sorin Minea, a pour sa part indiqué que trois grands abattoirs traitent de la viande de cheval en Roumanie et en exportent l'essentiel, notamment vers la France et l'Italie. Mais le flou persiste car aucun chiffre n'existe sur les quantités de viande produites et exportées. L'Office des statistiques ne dispose pas non plus de données précises.

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© Reuters

Deux abattoirs font actuellement l'objet d'une enquête en Roumanie mais officiellement les producteurs roumains rejettent la faute sur l'importateur qui aurait dû protester à la réception de la viande. "J'ai du mal à croire qu'un abattoir roumain ait pu livrer du cheval sous l'étiquette de boeuf", en raison des contrôles qui se font systématiquement dans les abattoirs, a déclaré le président des syndicats de l'industrie alimentaire (FSIA), Dragos Frumosu.

Selon lui, si cela avait jamais été le cas, l'importateur français était obligé de vérifier la qualité de la viande lors de la réception, d'autant plus qu'il s'agissait d'une quantité importante. "S'il n'a pas protesté lors de la réception en constatant que c'était du cheval et pas du bœuf, c'est que soit il était complice avec le producteur roumain, soit il a changé l'étiquette après", a affirmé Dragos Frumosu.

Les papiers de la viande. Sorin Minea, président de l'association Romalimenta, a pour sa part souligné que la viande reçue par le fournisseur français devait porter une étiquette indiquant précisément l'abattoir et le pays d'origine. "L'importateur français doit montrer les documents, s'il n'en a pas cela pourrait indiquer qu'il l'a achetée sur le marché noir ou qu'il veut cacher quelque chose", a-t-il assuré. Mais, d'après lui, il est "impossible de confondre bœuf et cheval" car ce dernier a "un goût, une couleur et une texture particuliers".

La Roumanie "décrédibilisée" ? Interrogé sur ce scandale, le président Traian Basescu a déclaré que s'il s'avérait qu'un producteur roumain avait commis des irrégularités, "la Roumanie serait décrédibilisée pour de nombreuses années".  "Je veux croire et j'espère que cela ne sera pas le cas. Je sais que les institutions de l'Etat ont ouvert une enquête et j'espère qu'il ne s'agit pas d'un faux étiquetage du côté roumain", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.