"Une méprise qui se termine en piège"

  • A
  • A
"Une méprise qui se termine en piège"
@ DR
Partagez sur :

Neda Soltani, victime d'une méprise des médias en 2009, a dû fuir l'Iran. Elle témoigne.

La vie de Neda Soltani a basculé en juin 2009. Cette jeune universitaire iranienne, passionnée de littérature américaine, a été prise pour une autre. Depuis, elle a dû quitter son pays car elle était menacée par le régime. "Ils ont voulu me sacrifier pour effacer le scandale qu'ils avaient provoqué en tuant Neda", a-t-elle confié à Damien Gourlet pour Europe 1.

Une lettre qui change tout

C'est une simple photo sur Facebook qui a tout déclenché. Lorsque Neda Soltan, une étudiante qui manifeste contre le régime, est tuée d'une balle à la poitrine les médias du monde entier cherchent à savoir qui elle est. Ils identifient ce qu'ils croient être son profil sur le réseau social et diffusent la photo de la jeune fille. Le portrait d'une jolie jeune femme voilée, au sourire discret, se retrouve alors sur toutes les télés et dans tous les journaux. Il est même imprimé sur des tee-shirts...

Mais une lettre en plus dans le nom de famille fait toute la différence. C'est la photo de Neda Soltani qui fait le tour du monde, alors que c'est la mort de Neda Soltan qui a choqué l'opinion. La première est universitaire, n'a jamais fait de politique et cette histoire a bouleversé sa vie.

Téhéran tire profit de l'erreur

Le pouvoir iranien a en effet décidé d'exploiter la confusion et a retourné la situation à son avantage. Pour Téhéran, ces deux jeunes femmes ne sont qu'une seule et même personne. Et comme Neda n'est pas morte, le régime l'affirme, il n'y a pas eu de victime. La diffusion de la vidéo serait un complot de l'Occident. "Il est vite devenu évident pour moi à la façon dont ils décrivaient la mort de Neda, qu'ils essayaient d'accuser l'Europe de comploter contre la sécurité nationale de l'Iran", analyse-t-elle.

Neda est donc convoquée par les services des renseignements. Elle est auditionnée plusieurs fois, subit de fortes pressions. "Je ne pouvais pas croire qu'une telle méprise des médias pouvait se terminer en piège", confie la jeune femme à Damien Gourlet.

"Ils me menaçaient ouvertement" :

La jeune femme décide finalement de quitter le pays. Elle vit désormais en Allemagne, où elle a obtenu le statut de réfugiée politique. Elle doit se débrouiller avec 350 euros par mois et ne peut que rarement téléphoner à sa mère en Iran, par peur des représailles.

"Utilisée" par le pouvoir

Paradoxalement, cette histoire a éveillé une conscience politique en Neda, elle qui a touché du doigt l'inhumanité du régime iranien. La jeune femme estime avoir été "utilisée" par le pouvoir. "Alors que j'étais une femme qui ne s'occupait que de ses affaires dans la vie, je suis devenue quelqu'un qui veut dire au monde entier ce qui ne va pas dans ce pays", explique Neda à Damien Gourlet.

"Ils ont voulu me sacrifier" :

Sa colère contre les médias est également toujours vive : aucun ne s'est excusé pour l'erreur qui a bouleversé sa vie. Pire, cette photo figure toujours dans les archives.

Neda sera la semaine prochaine l'invitée de l'association Ni Putes Ni Soumises. Elle vient apporter son soutien à sa compatriote Sakineh, condamnée à la lapidation. Ce sera sa première apparition publique internationale.