Une marée noire géante menace l’écosystème du Bangladesh

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Une marée noire géante menace l’écosystème du Bangladesh
@ AFP
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Un pétrolier a fait naufrage dans une rivière au Bangladesh. Depuis, ses 350.000 litres de pétrole s’écoulent dans le cours d’eau. Et menacent l’écosystème.

350.000 litres de carburant. C’était un havre de paix pour les tigres du Bengale et des espèces très rares de dauphins. Une marée noire a transformé cette réserve naturelle en une bombe écologique en puissance. Le pétrolier qui a heurté mardi un cargo sur une rivière des Sundarbans, cette région du sud du Bangladesh, contenait 350.000 litres de carburant. C’est dire combien la marée noire qui frappe ce bras du Gange, joyau de la biodiversité fait de végétation luxuriante, de canaux et d’innombrables bras d’eau, est en train de faire des dégâts. Les Sundarbans, c’est tout simplement la plus grande forêt de mangroves du monde, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Voilà quatre jours que cette région est frappée par la marée noire, provoquée par la collision de deux navires, surpris par un épais brouillard.

Une "catastrophe écologique". Le problème, c’est que les pouvoirs publics manquent cruellement de réactivité face à la catastrophe. Vendredi, la pellicule de pétrole a déjà souillé plus de 50 kilomètres carrés de la réserve. "C’est une catastrophe écologique qui aura des effets durables sur l’écosystème si fragile et unique des Sundarbans", s’inquiète Abdullah Harun Chowdhury, professeur de sciences environnementales à l’université de Khulna, sur le site du Monde.  

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Ce sont les habitants des villages environnants eux-mêmes qui ont dû se mobiliser d’urgence pour éponger, nettoyer et endiguer l’avancée de la marée noire. Avec des moyens très artisanaux, voire dérisoires. France 24 explique que des villageois frottent les arbres touchés, récupèrent les plaques de mazout dans leur bateau, avant de les revendre  aux personnels de la compagnie pétrolière, qui rachète leur sinistre récolte 30 centimes le litre.

Environnement contre développement. "La forêt a perdu la moitié de sa surface sur les cinq dernières décennies. Maintenant les bases ont été jetées pour mettre le dernier clou du cercueil", dit l'expert indépendant Mohsinuzzaman Chowdhury à propos de ces projets. Quand il parle de cercueil, l’expert fait allusion à l’ouverture des Sundarbans à la circulation des navires commerciaux en 2011. Une libéralisation des normes environnementales qui semblait annoncer inéluctablement l’irruption d‘une catastrophe de ce type. Et la mangrove n’en a pas fini, puisqu’une centrale à charbon et un énorme silo à grains devraient voir le jour dans ce milieu naturel exceptionnel.

L'arrivée massive de travailleurs risque de mettre encore un peu plus ce fragile environnement sous pression. "Environ un million de personnes dépendent directement ou indirectement de cette forêt. Mais leur nombre pourrait passer à plus de cinq millions au cours de la prochaine décennie", ajoute-t-il. La centrale à charbon, prévue à 14 km au nord de l'entrée du delta, doit fournir de l'électricité cruciale pour la population encore pauvre de ce pays en croissance.

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Les gardes forestiers s’inquiètent. "Notre principale inquiétude concerne la gestion des déchets et de l'eau chaude. La centrale va déverser ses boues dans les rivières des Sundarbans. Elle va aussi cracher une poussière épaisse qui va se propager dans la forêt", affirment des responsables forestiers et plusieurs des 200.000 habitants de la région.

Les locaux découvrent progressivement les risques de l’ouverture progressive de la région à des industries polluantes. Car la marée noire pourrait bien aussi nuire à la reproduction des crevettes et du hilsa, un poisson tropical, deux espèces sur lesquelles repose l’industrie de la pêche de la région.