Une libération d'otages, "ça a un coût"

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Une libération d'otages, "ça a un coût"
Les ex-otages d'Arlit de retour en France aux côtés de François Hollande qui a démenti tout versement d'une rançon.@ MAX PPP
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INTERVIEW - Jean-Charles Brisard, expert en terrorisme, décrypte les mécanismes du versement de la rançon. 

L'INFO. Ils étaient détenus depuis trois ans. Alors que les ex-otages d'Arlit ont posé le pied mercredi midi sur le sol français, des questions se posent sur leur libération. Selon les informations d'Europe 1, une rançon de 20 à 25 millions d'euros a bien été versée par la France. Une version que l'Elysée dément. "Notre politique est constante en la matière. Nous n'avons pas changé de politique à l'égard des rançons", a certifié mercredi Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement. 

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>> Jean-Charles Brisard, expert en terrorisme, ancien enquêteur en chef des victimes du 11 septembre 2001, décrypte pour Europe1.fr les mécanismes qui sous-tendent ces contreparties financières.   

• Que faut-il comprendre quand l'Etat dit qu'il n'y a pas eu de rançon versée par la France ?

La France dit ne pas avoir versé de rançon en tant qu'Etat français. En revanche, ce qui est certain c'est que dans toutes ces négociations, il y a systématiquement une contrepartie. La rançon n'est pas forcément versée directement par le pays lui-même dont sont ressortissants les otages. Elle l'est par des intermédiaires ou par des Etats intermédiaires et amis. Ça peut être le cas du Niger ou bien des employeurs des otages.

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© Reuters

La France ne parle pas de rançon mais d'une "initiative d'Etat" de la part du Niger. Ça peut vouloir dire quoi exactement ?

Cela veut dire que l'Etat nigérien a joué un rôle prépondérant pour une raison assez simple : il y a une très forte communauté touareg entre la frontière du Mali et du Niger. Cette zone est poreuse et il y a beaucoup d'échanges. A la suite de l'offensive française au Nord-Mali en janvier 2013, un certain nombre de terroristes ont pu se réfugier au Niger et par la même occasion donner des renseignements à des membres du gouvernement, à des chefs de tribus, etc. D'où le fait que le Niger ait pu reprendre la main dans ces négociations qui avaient été rompues lors de l'offensive française.

Lors des prises d'otages, quelles peuvent être les contreparties, autres que financières ?

Il peut y avoir des contreparties politiques. C'était le cas dans cette affaire d'otages. Les premières demandes d'Aqmi étaient la libération de prisonniers islamistes détenus en France par exemple. Et puis est venu le tour de Ben Laden qui, en 2011, a grossi l'enjeu des otages, mettant la pression sur la France en demandant le retrait d'Afghanistan. Ensuite, on est arrivé à des chiffres assez astronomiques. On parlait déjà de plusieurs dizaines de millions d'euros pour la libération des otages.

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Où va l'argent si rançon il y a ?

Il faut déjà rémunérer les intermédiaires eux-mêmes. Certains ont participé aux négociations depuis plusieurs années, parfois au péril de leur vie pour aller au contact des ravisseurs. Ces personnes demandent à être dédommagées, parfois dans des proportions très importantes. S'agissant d'Aqmi dans le passé, on a vu des intermédiaires rémunérés de l'ordre de 10 à 50% du montant total de la transaction versée aux groupes terroristes. Il faut régler leurs déplacements, le temps qu'ils y ont consacré. Ce sont parfois des hommes d'affaires, des chefs de tribus, des hommes politiques, des hommes d'influence dans la région. Tout cela a un coût bien entendu.

Quant à la rançon, il peut y avoir des mécanismes de compensation. Par exemple, si la France se crée une dette envers le Niger, elle compensera d'une manière ou d'une autre à travers des échanges internationaux, à travers des mécanismes bancaires.

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© REUTERS

Selon vous, est-il pensable qu'Aqmi libère des otages sans argent du tout ?

L'hypothèse selon laquelle Aqmi aurait soudain changé de politique en devenant bienveillant à l'égard de la France est totalement illusoire à mon sens. C'est un groupe qui n'a cessé de vouloir prendre en otage des Occidentaux dans la région. L'organisation a bâti toute une industrie, un maillage d'observateurs, de personnes qui renseignent le groupe sur les mouvements, les arrivées aux aéroports d'étrangers, etc. On conçoit mal aujourd'hui qu'ils aient changé de nature pour permettre la libération d'otages français. D'autant que sur le marché, ils valent beaucoup plus que les autres, en raison du combat que mène Aqmi contre la France.

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