Une fillette en prison pour blasphème

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Une fillette en prison pour blasphème
C'est dans le quartier mixte de Merahbad, à Islamabad, que vit Rimsha et sa famille.@ CAPTURE D'ECRAN BBC/YOUTUBE
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Au Pakistan, Rimsha a été arrêtée pour blasphème contre l'islam. Elle serait atteinte de trisomie 21.

Au Pakistan, le crime est passible de la peine de mort. Rimsha, une jeune chrétienne pakistanaise, a été arrêtée à Islamabad pour blasphème contre l'islam. Depuis jeudi, l'enfant, dont l'âge précis n'est pas connu, est en prison. Son tort : avoir été vu en public, tenant à la main des pages brûlées du Coran ou d'autres textes islamiques.

L'enfant, qui a comparu vendredi devant un tribunal, a été placée en garde à vue pour 14 jours et devrait comparaître une nouvelle fois à la fin du mois. D'après un responsable policier, Rimsha est âgée de 16 ans et est analphabète, mais ne présente pas de troubles mentaux. Un responsable d'une organisation représentant les minorités dans le pays assure de son côté qu'elle a 11 ou 12 ans, et qu'elle est atteinte de trisomie 21. 

Dénoncée par un voisin

C'est un voisin de la famille, un musulman, qui a dénoncé Rimsha. Cet habitant du quartier pauvre de Mehrabad, où résident quelque 800 chrétiens, assure l'avoir vue brûler des feuilles portant des versets du Coran. Après avoir récupéré une partie des documents sur un tas d'ordures, il les a apportés à la mosquée, où l'imam "a appelé la police". 

L'incident "a provoqué la colère de certains habitants et une foule s'est rassemblée pour réclamer qu'elle soit punie", explique à la BBC Paul Bhatti, le ministre pakistanais de l'Harmonie nationale. Certains ont notamment menacé de brûler les maisons des chrétiens et plus de 600 personnes ont fui le quartier, selon lui.

Affaire "très gênante"

L'affaire a suscité l'indignation du Women's Action Forum (WAF), l'une des principales organisations pakistanaises de défense des droits des femmes. L'association s'est dite "scandalisée par l'inhumanité" des dénonciateurs de Rimsha. 

L'histoire de Rimsha a fait réagir jusqu'aux Etats-Unis. Le département d'Etat américain a ainsi dénoncé une "affaire évidemment très gênante" et "exhorté le gouvernement pakistanais à protéger non seulement ses minorités religieuses, mais aussi les femmes et les filles" du pays. La France s'est de son côté dite "particulièrement préoccupée" par le sort de Rimsha, et a salué "la volonté du président pakistanais de faire toute la lumière sur cette affaire", appelant à la libération de l'enfant.

Le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a en effet assuré lundi qu'il prenait cette arrestation "sérieusement en considération" et a demandé au ministère de l'Intérieur un rapport sur l'affaire.