Une chaine de télé fait voter "pour" ou "contre" la culpabilité de Pistorius

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Une chaine de télé fait voter "pour" ou "contre" la culpabilité de Pistorius
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NO LIMIT - Une reconstitution vidéo de la nuit du meurtre de la compagne de l'athlète, obtenue illégalement, a été diffusée par Channel 7 en Australie.

Une chaine de télévision australienne s'est procurée la vidéo de la reconstitution de la nuit du meurtre de Reeva Steenkamp, la compagne d'Oscar Pistorius, dans laquelle l'athlète, accusé du meurtre, joue son propre rôle. Des images diffusées illégalement selon l'avocat de l'athlète sud-africain. La chaîne australienne n'a pas hésité à faire voter ses téléspectateurs pour ou contre la culpabilité de l'accusé, à la fin de l'émission.

Des images dégradantes d'Oscar Pistorius ? Cette reconstitution vidéo du témoignage d'Oscar Pistorius, dans laquelle il interprète son propre rôle la nuit où il a tué sa petite amie, a été diffusée dimanche. On y voit des images choc de l'athlète handicapé se déplaçant sur ses moignons. 

Oubliant peut-être qu'il s'agissait d'une véritable affaire judiciaire - le procès est toujours en cours (les derniers témoins sont entendus lundi) - la chaîne a mis en ligne, quelques heures avant la diffusion de la vidéo, une bande-annonce, digne d'un blockbuster hollywoodien, pour annoncer son "scoop".

Pas destinée au public. Cette vidéo diffusée par la chaîne australienne Channel 7 n'était pas destinée au public mais devait simplement servir à préparer le procès.

L'émission australienne a été précédée d'un intense battage promotionnel sur les réseaux sociaux dès samedi, l'avocat du champion achevant d'encore grandir la notoriété de ces images en leur donnant le caractère sulfureux d'images interdites.

La soeur de Pistorius dans le rôle de Reeva Steenkamp. Dans cette vidéo, l'athlète de 27 ans apparaît en short et ses moignons de jambes ne sont pas cachés par un pantalon ou des prothèses. Dans un autre clip, il apparaît à l'image, toujours sur ses moignons, reculant vers sa chambre à coucher, puis enfilant en catastrophe ses prothèses avant de retourner au lieu de la fusillade porter secours à la victime. Sa soeur Aimée interprète le rôle de Reeva Steenkamp.

30/06/2014 Oscar Pistorius à son procès Reuters 930x620

© Reuters

Des images terribles pour les proches. L'avocat d'Oscar Pistorius a fait savoir dans un communiqué diffusé après l'émission, qu'"aucune permission d'utiliser [ces images, NDLR ] n'avait été donnée".
"Pour la famille, la diffusion de ces images constitue une trahison éclatante de la confiance et une atteinte à la vie privée", a-t-il dénoncé, sans préciser les poursuites auxquelles s'exposaient les médias utilisant ces images, largement reprises sur internet après leur diffusion en Australie. La veille, dans une déclaration à l'agence sud-africaine Sapa, il avait affirmé qu'"il s'occupait d'intenter une action contre le média australien ayant la vidéo". "Ils n'ont pas le droit de la diffuser. Nous allons réagir en conséquence", avait-il déclaré.

Une vidéo qui prend parti. Outre le risque de heurter les proches de la victime et d'Oscar Pistorius, cette vidéo - réalisée par une société américaine spécialisée dans les reconstitutions 3D de scènes de crimes ou d'accidents - est clairement orientée. Elle accrédite la thèse défendue toute la semaine dernière par plusieurs témoins à la barre, qui ont insisté pour dire que Pistorius n'était pas le superhéros invincible que l'on connaissait depuis les Jeux Olympiques en 2012, mais qu'il était au contraire un être hypersensible à double facette, l'une forte, l'autre faible, diminué physiquement par son handicap et au bord du suicide depuis le drame.

Impacts de balles au procès Pistorius

© REUTERS

Cette vulnérabilité expliquerait pourquoi il a tiré quatre fois de suite la nuit du drame, lorsque, selon sa version des faits, il croyait avoir affaire à un cambrioleur chez lui. "Bien qu'il déteste qu'on le plaigne, la dure vérité, c'est qu'il n'a pas de jambes !", a ainsi déclaré à l'audience Wayne Derman, médecin-chef de l'équipe paralympique sud-africaine aux Jeux de Londres en 2012.

La chaine fait voter les téléspectateurs. L'émission australienne diffusée à une heure de grande écoute ne s'est pas contentée de diffuser la vidéo mais a aussi fait parler d'autres protagonistes, les parents Steenkamp et une amie de Reeva notamment, appelant les téléspectateurs à voter pour ou contre la culpabilité de Pistorius. 

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