Un village chinois en état de siège

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Un village chinois en état de siège
Les habitants de cette ville de 13.000 âmes continuent de défiler quotidiennement@ Reuters
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Les autorités veulent mater la rébellion de Wukan, une localité qui refuse l'expropriation de ses terres.

Le village est désormais assiégé. Les habitants de Wukan, une localité de la province chinoise du Guangdong, menacés d'expropriation au profit de promoteurs immobiliers douteux, sont encerclés par les policiers depuis près d'une semaine, raconte le New York Times. Leur objectif ? Mater la rébellion d'un mouvement débuté en septembre, en asphyxiant la ville.

Réseau internet coupé, livraisons de riz et d'eau interdites, cordons de policiers aux entrées... Wukan est coupé du reste du pays. Et du monde. Pas de quoi calmer la grogne de ces paysans qui continuent de manifester quotidiennement. Depuis plusieurs mois, ils accusent les autorités locales "corrompues" de saisir abusivement leurs terres.

"Nous ne sommes pas opposés au gouvernement, mais nous voulons juste retrouver nos terres", affirment les paysans.

Un leader "torturé"

Dans la localité, plus de trace des responsables locaux. Les paysans les ont chassés.

La tension est montée d'un cran le 12 décembre. Le leader de la fronde, Xue Jinbo, arrêté quatre jours plus tôt, décède alors pendant sa garde à vue, dans les locaux de la police. Officiellement de cause naturelle mais pour les paysans, les forces de l'ordre l'ont battu à mort. Ses proches en tiennent pour preuve les signes "de torture" présents sur le corps de l'homme de 42 ans.

Aujourd'hui, il est devenu plus qu'un symbole, un martyr. Depuis l'annonce de sa mort, des portraits de Xue Jinbo sont venus s'ajouter aux banderoles. Tous les habitants de la ville de 13.000 habitants redoutent de subir le même sort que leur porte-parole.

"Qu'ils nous rendent nos terres"

"Nous avons très peur que davantage de gens soient arrêtés mais nous ne pouvons accepter qu'un de nos leaders respectés ait été tabassé à mort", confie l'un des protestataires.

"Nous voulons qu'ils admettent leur responsabilité dans le bain de sang provoqué par l'intervention de la police lors du mouvement de septembre, qu'ils reconnaissent notre plainte comme légale et légitime et qu'ils nous rendent nos terres que nous répartirons entre nous", explique un autre habitant au Telegraph

Regardez des images postées avant la coupure du réseau internet :

L'an dernier 180.000 "gros incidents" ont été répertoriés en Chine, rappelle le New York Times. Ces grèves, incidents et autres révèlent un climat de défiance vis à vis des autorités. "La population n'a plus foi en les procédures légales ou les médias", analyse Martin K. Whyte, un sociologue spécialiste de la Chine à Harvard, l'une des plus prestigieuses universités américaines. "Ils pensent n'avoir aucun recours possible lorsqu'on s'en prend à eux".