Un dissident chinois bien embarrassant

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Un dissident chinois bien embarrassant
@ Reuters
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ZOOM - L'évasion de Chen Guangcheng suscite des tensions entre les Etats-Unis et la Chine.

L’affaire commence sérieusement à empoisonner les relations sino-américaines. Douze jours après l’évasion du militant des droits civiques Chen Guangcheng, placé en résidence surveillée après quatre ans de prison, la Chine et les Etats-Unis entament jeudi deux jours de dialogue stratégique et économique annuel à Pékin. Une rencontre assombrie par le sort incertain du dissident aveugle. Europe1.fr fait le point sur un feuilleton en cinq actes.

Acte I. L’évasion

22 avril 2012, Chen Guangcheng, un avocat autodidacte de 40 ans, parvient à s’échapper de son domicile de Dongshigu dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine. Le militant des droits de l’Homme y avait été placé en résidence surveillée depuis l’automne 2010, après avoir purgé quatre ans de prison. Sa femme et leur fils âgé de six ans, eux, restent sur place.

Exfiltré par des militants des droits de l’Homme, "l’avocat aux pieds nus" trouve refuge dans un lieu sûr. Les rumeurs évoquent sa présence à l’ambassade des Etats-Unis à Pékin.

Le 27 avril, le dissident aveugle livre, dans une vidéo diffusée sur Internet, le récit des brutalités et du harcèlement dont il a fait l'objet, avec sa famille. L’avocat aux lunettes noires s’adresse au Premier ministre Wen Jibao et affirme que "les abus" dont il a souffert "sont réels". La voix chargée d'émotion, il demande au chef du gouvernement que sa famille soit épargnée et livre les noms de responsables locaux ayant infligé des mauvais traitements à sa femme, son fils, sa mère et lui-même depuis la fin 2010.

"Cher Premier ministre Wen, je me suis finalement échappé" :

 

Acte II. Où est Chen ?

Une grande confusion règne autour de la localisation du militant des droits de l’Homme. Ni Washington ni Pékin ne reconnaissent officiellement qu’il se trouve dans la mission diplomatique américaine, comme l’affirment ses amis chinois. A quelques jours du dialogue annuel sino-américain, la présence de Chen Guangcheng est une épine dans le pied des autorités.

Le 28 avril, une ONG basée aux Etats-Unis, China Aid, affirme néanmoins qu’il est "sous protection américaine et que des discussions à haut niveau sont en cours entre officiels américains et chinois concernant son statut".

Acte III. Un accord est trouvé

Après six jours passés à l’ambassade des Etats-Unis, le dissident finit par quitter les lieux le 2 mai. Un accord a été trouvé entre les autorités américaines et chinoises. Un responsable américain précise que Chen va être conduit dans "un établissement médical" et "être réuni avec sa famille", sans toutefois confirmer que Chen Guangcheng avait trouvé refuge dans la mission diplomatique à Pékin.

"L'ambassade a passé son temps à m'inciter à quitter les lieux et a promis que des gens resteraient avec moi à l'hôpital. Mais quand je suis entré dans ma chambre d'hôpital cet après-midi, j'ai constaté qu'ils étaient tous partis", déclare Chen Guangcheng dans un entretien accordé mercredi à CNN.

Malgré les tensions diplomatiques, Chen Guangcheng  ne demande pas  l'asile politique aux Etats-Unis. Il affirme souhaiter rester en Chine. Il aurait reçu l'assurance qu'il serait traité normalement. Les autorités chinoises lui aurait même promis de déménager dans un endroit sûr et de pouvoir étudier à l'université, ajoute un responsable sous couvert de l'anonymat.

Acte V. Chen Guangcheng se ravise

Nouveau rebondissement le 3 mai, "l’avocat aux pieds nus" dit ne pas se sentir en sécurité et veut partir aux Etats-Unis.  

"J'aimerais dire au président Obama : je vous en prie, faites tout ce que vous pouvez pour que notre famille puisse partir", a déclaré par téléphone le dissident aveugle, depuis le lit d'hôpital de Pékin où il a été admis après sa sortie de l'ambassade.

Arguant du manque de clarté du dissident, les autorités américaines n’ont pas dit jeudi si elles accorderaient le statut de réfugié politique à Chen Guangcheng. "Nous n'avons pas encore tous les éléments", a déclaré un responsable ajoutant que les Etats-Unis allaient "voir si sa position a changé et ce qu'il veut maintenant".