Un casse-tête mondial nommé Assange

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Un casse-tête mondial nommé Assange
Les défenseurs d'Assange manifestent devant l'ambassade d'Equateur à Londres.@ Reuters
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DECRYPTAGE - Des questions diplomatiques et juridiques restent en suspens autour de l'activiste.

C'est une "victoire importante", comme l'affirme Julian Assange. Mais si le fondateur de WikiLeaks, a beau saluer l'asile politique que lui a offert l'Equateur, cela ouvre une nouvelle page d'incertitudes diplomatiques et juridiques.

Europe1.fr revient sur cet imbroglio politico-judiciaire international qui sera au cœur de la réunion de jeudi convoquée en urgence par l'Organisation des Etats américains (OEA).

• Que reproche-t-on à Assange ?

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© Reuters

En août 2010, alors qu'il se trouve en Suède et qu'il vient de diffuser plus de 90.000 documents confidentiels, le fondateur australien de WikiLeaks est visé par un mandat d'arrêt de la Suède afin qu'il réponde aux accusations de viol et d'agression sexuelle contre deux Suédoises. Il est reproché à Assange d'avoir contraint une des deux plaignantes à des rapports sexuels pendant qu'elle dormait, sans préservatif de surcroît. En décembre 2010, Julian Assange se livre à Scotland Yard. Après avoir séjourné en prison, il est libéré sous conditions fin 2010 et assigné à résidence.

En février 2011, un tribunal britannique donne son feu vert à l'extradition d'Assange vers la Suède mais l'activiste décide de faire appel de la décision successivement auprès de la Haute Cour de justice de Londres et de la Cour suprême britannique mais la décision est confirmée en mai 2012.

En juin dernier, il tente un dernier "coup de poker" et se réfugie à l'ambassade d'Equateur à Londres. Julian Assange vient donc d'enfreindre les dispositions de sa liberté conditionnelle, qui lui imposaient notamment de résider à une adresse déterminée. Ce qui le rend à ce titre aujourd'hui passible d'arrestation, selon les autorités britanniques.

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• Quelle est la position de l'Angleterre ?

Le Royaume-Uni est plus que jamais bien décidé à l'extrader. Sitôt connue la position de Quito, qui a pesé pendant deux mois sa décision, le Foreign Office a fait savoir que cela ne changerait "rien", Londres ayant l'obligation d'extrader Assange, en vertu des traités signés dans le cadre de la coopération judiciaire européenne. Il a prévenu qu'il refuserait toute demande de sauf-conduit concernant l'Australien.

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© Reuters

Les autorités britanniques font aussi valoir aussi que l'Australien a épuisé tous les recours possibles au Royaume-Uni et que la plus haute instance judiciaire du pays, la Haute cour de justice, a donné son feu vert à son extradition, à l'issue de 18 mois de bataille judiciaire.

• Qu'en pensent la Suède et l'Europe ?

La Suède est sur la même ligne. Le parquet de Stockholm réclame au Royaume-Uni l'extradition d'Assange pour qu'il réponde de ces accusations de viol et d'agression sexuelles. "Le fait que Julian Assange se soit vu accorder l'asile ne change rien à l'état de l'enquête préliminaire", insiste le parquet suédois.

Une porte-parole de la commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding rappelle pour sa part que le fondateur de WikiLeaks était sous le coup d'un mandat d'arrêt européen et qu'il devait donc être entendu par les juges en Suède.

• Quelle protection pour Assange ?

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© REUTERS

Tant qu'il se trouve dans l'enceinte de l'ambassade, le fondateur de WikiLeaks est en territoire diplomatique protégé, en application de la Convention de Vienne. Il est donc en théorie hors d'atteinte des forces de l'ordre. Mais Londres a fait savoir à Quito qu'une loi de 1987 l'autorisait à lever le statut diplomatique de l'ambassade "pour agir et arrêter Julian dans l'enceinte diplomatique". Ce texte avait été voté après l'assassinat d'une policière britannique devant l'ambassade de Libye à Londres.

L'immunité diplomatique est faite "pour permettre aux diplomates d'exercer correctement leurs fonctions", mais pas pour "entraver le processus de la justice dans un pays", a fait valoir le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague. S'il décidait de forcer la porte de l'ambassade, le gouvernement devrait toutefois soigneusement peser les conséquences politiques d'un tel geste.

"Une entrée non autorisée dans l'ambassade d'Equateur serait une violation flagrante de la Convention de Genève", a d'ores et déjà rétorqué Quito. "Cela porterait atteinte aux relations diplomatiques (de la Grande-Bretagne) dans le monde entier", a renchéri la porte-parole de WikiLeaks.

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• Quelles solutions ?

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© Reuters

Plusieurs scénarios d'exfiltration sont également évoqués par la presse britannique, comme un départ d'Assange à bord d'une voiture de l'ambassade, qui laisserait toutefois entière la possibilité d'une arrestation au moment par exemple de prendre un avion.

Ou encore celui, plus rocambolesque, d'un départ dissimulé dans un conteneur estampillé "valise diplomatique".

L'imbroglio autour du cas Assange menace donc de s'éterniser, comme l'a reconnu lui-même William Hague : "il n'y pas de limite dans le temps", a-t-il souligné. Cela pourrait même prendre un temps "considérable", a-t-il ajouté, semblant écarter pour l'heure l'idée d'un assaut sur l'ambassade.

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