Turquie : Fethullah Gülen, le meilleur ennemi d'Erdogan

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Turquie : Fethullah Gülen, le meilleur ennemi d'Erdogan
@ SELAHATTIN SEVI / ZAMAN DAILY / AFP
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Après la tentative de putsch militaire survenue en Turquie vendredi soir, le président Erdogan accuse Fethullah Gülen, un prédicateur influent, d'être l'instigateur de cette "trahison". 

Après la tentative de coup d'état menée par une partie de l'armée turque vendredi soir, le président turc Recep Tayyip Erdogan est revenu en urgence de ses vacances. Sur le tarmac de l'aéroport Atatürk d'Istanbul, le leader de l'AKP, le parti au pouvoir, a parlé d'une "trahison", assurant que la situation était maîtrisée. Et ne s'est pas fait prier pour désigner le traître en question, qui aurait donc fomenté le putsch: Fethullah Gülen. Depuis des années, Fethullah Gülen, leader du mouvement éponyme, est son ennemi désigné et privilégié. Qui est-il, et pourquoi est-il si souvent désigné par Erdogan comme l'homme à combattre ? 

  • A l'origine, un puissant allié

Bien qu'exilé en Pennsylvanie depuis 1999, ce prédicateur et entrepreneur très écouté en Turquie a pourtant d'abord soutenu Erdogan et l'AKP dans leur marche vers le pouvoir lors des élections de 2002. A la tête de son mouvement Gülen, ce religieux très écouté en Turquie a fait profiter l'AKP, et donc Erdogan, de son influence auprès de la population. Une influence gagné grâce au puissant réseau tissé par sa confrérie, qui prône un islam modéré et universaliste. Le mouvement Gülen propose des cours du soir très suivis dans le pays, et nombre de ses élèves ont accédé, certains diront infiltré, les hauts postes de l'administration turque. De plus, le mouvement bénéficie d'un beau relais d'opinion avec le journal Zaman, autant de raisons qui font de Fethullah Gülen un homme important, mais aussi dangereux.

Une fois l'actuel président turc au pouvoir, les relations entre les deux hommes se sont rapidement détériorées suite à des désaccords sur de nombreux dossiers sensibles. De l'intervention d'un bateau turc près des côtes de Gaza aux négociations de paix avec les Kurdes du PKK en passant par le jugement de militaires accusés de complot contre le régime, les deux hommes ne partageaient pas les mêmes positions. Et cette mésentente s'est vite fait sentir, comme l'explique bien un article du site Orient XXI

  • Depuis de nombreuses années, un ennemi déclaré

Les partisans de Gülen, très nombreux dans les rangs de la justice et dans les établissements scolaires, sont pointés du doigt. Ils sont accusés d'être à l'origine de la révélation d'un scandale financier impliquant trois ministres obligés de démissionner. Rapidement, Erdogan accuse Gülen d'avoir monté l'affaire de toutes pièces pour déstabiliser le gouvernement. Même guerre intestine quelques années plus tôt, en 2007 précisément, lorsque la police démantèle un réseau censé préparer un coup d'état contre Erdogan. Ce dernier accuse ouvertement le mouvement Gülen d'avoir soutenu la conspiration et goûte très peu la décision prise en appel de blanchir les suspects. Et pour cause, les magistrats sont soupçonnés de soutenir Gülen, et donc d'avoir défendu ses intérêts.

En 2003 également, un complot anti-AKP avait été déjoué, avant que la Cour Constitutionnelle ne blanchisse les condamnés car leurs droits avaient été violés. Même méfiance d'Erdogan et de son clan, qui ont vu là l'oeuvre de la main invisible de Gülen. De son côté, Gülen a réagi peu après la nouvelle d'une tentative de coup d'état en Turquie en niant toute implication dans le putsch de vendredi soir. Erdogan toujours en place, Gülen toujours pas convaincu de trahison avérée, nul doute que la partie qui se joue entre les deux hommes depuis plus de dix ans maintenant est loin d'être terminée.