Tunisie : sept ans après la révolution, bis repetita ?

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Tunisie : sept ans après la révolution, bis repetita ?
Les manifestations ont tourné à l'émeute dans la nuit de mardi à mercredi à Tunis.@ SOFIENE HAMDAOUI / AFP
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Des milliers de Tunisiens manifestent ces derniers jours contre l'augmentation des prix, alors que depuis la révolution de 2011 la situation socio-économique n'a pas évolué.

Il y a près de sept ans jour pour jour, les Tunisiens renversaient leur "dictateur" Ben Ali. Aujourd’hui, ils sont de nouveau dans la rue pour protester contre la vie chère. Des manifestations qui traduisent surtout un malaise social, alors que la situation socio-économique n’a pas changé depuis la révolution de 2011. La nuit dernière, les manifestations ont tourné à l’émeute.

Une grogne qui tourne à l’émeute

Plus de 200 personnes ont été arrêtées et des dizaines de policiers blessés lors d'une nouvelle nuit de troubles de mardi à mercredi en Tunisie. Dans plusieurs quartiers de la capitale, mais aussi à Sidi Bouzid, à Kasserine, à Sousse et dans une dizaine d’autres villes, des Tunisiens ont protesté contre la vie chère et de nouvelles mesures d’austérité. Pour la deuxième nuit consécutive, les manifestants, qui se sont attaqués à des postes de police, des distributeurs de banque ou encore des fourrières, ont fini par affronter directement les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec du gaz lacrymogène. Symbole de la vie chère, un supermarché a été pris pour cible mardi soir par des jeunes à Tunis, qui ont volé de l’argent et des marchandises.

"Il est claire qu'il y a des intentions de vols, de vandalisme et de braquages", a considéré le porte-parole du ministère de l’Intérieur sur la radio tunisienne Mosaïque FM. En réponse, l’armée a été déployée autour des banques, des Postes, et d’autres bâtiments symboles de l’État dans les principales villes du pays, pris pour cibles par les manifestants.

Ils étaient plusieurs centaines à manifester mardi sur les artères principales de Tunis :

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©FETHI BELAID / AFP

Un bureau des impôts a été incendié par des manifestants dans la nuit à El Guetar : 

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©AYMEN ZAOUALI / AFP

L'armée a été déployée mardi soir dans plusieurs villes, comme ici à Tunis : 

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©SOFIENE HAMDAOUI / AFP

"Ces manifestations sont une réponse directe à la loi finances 2018. Elle a suscité d’abord quelques réactions de colère et un début de contestation populaire, dans les principales artères de Tunis. Très rapidement, pas mal de gens sont sortis dans la rue pour manifester de manière plus offensive leur colère, avec quelques affrontements avec les forces de l’ordre. Et en marge de cela, il y a eu des actions de destruction de biens publics et des pillages", explique le politologue Selim Kharrat au micro d'Europe 1.

Ce mouvement de colère a pris une nouvelle tournure lundi soir après la mort d’un homme durant une manifestation à Terbouba. Les manifestants accusent la police de l’avoir tué, ce que dément l’Intérieur. Aucun bilan d'éventuels blessés parmi les protestataires n'a pu être obtenu auprès des autorités. Sur Twitter, la figure de proue de la révolution tunisienne, la blogueuse Lina Ben Mhenni, a dénoncé la répression de ce mouvement, en la comparant "aux méthodes employées sous le régime de Ben Ali".



Les mêmes revendications qu’en 2011

Ces événements rappellent les prémices de la révolution de 2011, alors que des milliers de Tunisiens manifestaient pour de meilleures conditions de vie, du travail et une équité sociale. Car sept ans après la "révolution de Jasmin", la situation économique et sociale des classes modestes et moyennes tunisiennes stagne. "Ces manifestations sont un message politique finalement, un message des populations pour dire que là il serait temps d’agir", analyse Selim Kharrat. Les manifestants protestent aujourd’hui contre un budget d’austérité entré en vigueur au 1er janvier, et qui prévoit notamment des augmentations de taxes comme la TVA, avec un réel impact sur les prix du quotidien.

Peu de choses ont changé depuis 2011

La Tunisie, unique pays rescapé du Printemps arabe, est aujourd’hui confrontée à d’importantes difficultés financières, avec une inflation qui dépasse les 6% et un chômage qui touche 15% de la population. "En sept ans depuis la révolution de 2011, peu de choses ont changé. Si la Tunisie a relativement réussi sa transition politique, la situation est toujours très difficile sur le plan socio-économique", poursuit Selim Kharrat, affirmant que les inégalités se sont même creusées.

Ces manifestations ne sont d’ailleurs pas les premières depuis la chute de Ben Ali. En janvier 2016, une vague de contestation a secoué la région de Kasserine, après le décès d’un jeune chômeur, électrocuté alors qu’il protestait contre son retrait d’une liste d’embauche. "Il faut placer ces manifestations (actuelles) dans une forme de continuité. Ce sont comme des répliques d’un mouvement de fond qui appelle à un changement radical, à plus de justice sociale. Car très peu de solutions concrètes ont été proposées depuis sept ans", martèle Selim Kharrat.