"Trump a voulu marquer de façon symbolique qu'il s’apprêtait à défaire l'héritage d'Obama"

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En une journée, Donald Trump a montré les axes de son mandat : renier l'héritage de son prédécesseur démocrate, se rapprocher du Royaume-Uni et replacer l'Amérique au cœur de l'économie. Mais il pourrait se heurter au Congrès et aux institutions internationales, d'après l'ancien ambassadeur de France aux États-Unis.

INTERVIEW

"America first". Donald Trump l'a dit vendredi lors de son investiture : il veut donner la priorité aux intérêts des Etats-Unis. Pour décrypter ce que cette première journée laisse présager de son mandat, François Bujon de l’Estang, ancien ambassadeur de France aux États-Unis, était samedi l'invité d'Europe 1 dans l'émission C'est arrivé cette semaine.

"Sidération". Le 45e président des Etats-Unis s'est assis dès vendredi dans le fauteuil qu'ont occupé Georges Washington et Abraham Lincoln avant lui. "Personne n'y croyait", souligne François Bujon de l'Estang. "D'abord quand il s'est présenté, puis quand il a défait ses seize opposants républicains à la primaire, puis quand il a franchi la convention républicaine et même après son élection le 8 novembre", énumère l'ancien ambassadeur. "Il faut s'y faire, il est une réalité tangible. Une autre chose m'a frappé : il est absolument égal à ce qu'il était quand il était candidat. C'est Trump, il est comme ça. L'effet de sidération est très fort mais il ne faudrait pas qu'il continue."

L'obstacle du Congrès, même républicain. S'il est ce qu'il était pendant sa campagne, reste à savoir s'il fera ce qu'il a dit pendant sa campagne. "Il y a le jeu des institutions, plusieurs contre-poids. Le Congrès est une autre source de pouvoir. On pense toujours que le président des Etats-Unis est toujours tout puissant, non ! En principe, l'équation lui est favorable puisqu'il a un Congrès républicain. En réalité, il aura peut-être autant de mal avec son Congrès que ses prédécesseurs. Beaucoup des leaders, que ce soit au Sénat ou à la chambre des représentants, ont été très hostiles à sa candidature. Beaucoup des grandes personnalités du parti ne l'aiment pas, l'ont combattu et vont continuer. On peut s'attendre à ce que ce soit beaucoup plus difficile qu'il ne l'imagine."

Entendu sur Europe 1
Ce qui intéresse Trump, c'est de rétablir le prima économique de l'Amérique. Il voit l'Europe comme un concurrent.

Symboles. Par ailleurs, la réalité internationale s'impose à lui "et il y a la communauté internationale, les traités signés, l'OMC, beaucoup de garde-fous." Sur ses sujets, Donald Trump s'est montré contradictoire. Il a notamment qualifié l'Otan "d'obsolète" tout en terminant sa phrase en disant que l'organisation était "très importante" à ses yeux. "Il va falloir attacher sa ceinture et la garder attachée", conclut l'ancien ambassadeur. Concernant l'Obamacare, Trump a déjà signé un décret qui limite la portée de la mesure. "C'est un symbole, la grande réalisation du président Obama, pas toujours populaire aux Etats-Unis. Le Congrès républicain y est très hostile. En signant ce document le premier jour, il a voulu marquer de façon symbolique qu'il s’apprêtait à défaire l'héritage d'Obama."

"Nous déterminer en fonction de nos intérêts". D'autres actions ont été symboliques, comme celle de sortir du bureau ovale le buste de Martin Luther King pour le remplacer par celui de Churchill. "Le premier geste d'Obama avait été de retirer le buste de Churchill." Il ajoute : "Après ses déclarations sur le Brexit, et l'éloge de Nigel Farage (ancien dirigeant du parti anti-immigration et pro-Brexit), il est clair qu'il veut établir une relation privilégiée avec le Royaume-Uni."

Au-delà de la Grande-Bretagne, Trump "ne s’intéresse pas à la France et pas beaucoup à l'Europe. Ce qui l’intéresse, c'est de rétablir le prima économique de l'Amérique. Il voit l'Europe comme un concurrent. Trump, c'est le chauvinisme économique. Nous devons nous déterminer en fonction de nos intérêts et non pas de ce qu'il va faire", met en garde François Bujon de l’Estang.