Tollé après la répression en Biélorussie
Intervention musclée de la police à l'issue de la présidentielle biélorusse. © REUTERS

Au lendemain de la présidentielle, la perspective d’un rapprochement avec l’UE semble compromis.

La tension est forte en Biélorussie, au lendemain de l'élection présidentielle. Dimanche soir, une intervention musclée de la police a interrompu une manifestation de l'opposition. Des dizaines de milliers de personnes protestaient contre la réélection prévisible au premier tour du président, Alexandre Loukachenko, et contre de possibles fraudes massives.

639 personnes interpellées

Sept des neuf candidats d'opposition ont été interpellés dimanche. Lundi soir, 639 personnes étaient encore détenues pour leur participation à la manifestation d'opposition, à Minsk. "Tous vont aller en prison selon la loi", a assuré Alexandre Loukachenko. Selon un proche du candidat Rygor Kastoussev, interpellé dimanche, une enquête a été ouverte pour "organisation de troubles massifs à l'ordre public", un délit passible de 15 ans de prison.

L'autoritaire chef de l’Etat de cette ex-république soviétique, au pouvoir depuis 16 ans, a obtenu près de 80% des suffrages au premier tour de scrutin, selon les chiffres provisoires de la commission électorale.

Cette élection dans la violence risque de fragiliser les rapports entre l’Union européenne et ce pays de l’Est, bordé par la Pologne, la Lettonie, la Lituanie, la Russie et l'Ukraine. Les Etats-Unis, l'Union européenne, la Pologne et l'Allemagne ont notamment condamné cette répression.

Des "relations normales" avec l’Europe ?

Alexandre Loukachenko avait assuré fin novembre faire tout son possible pour avoir "des relations normales" avec ses voisins européens, qui lui avaient demandé de faire des efforts en matière de démocratie. La Biélorussie est contrainte d'emprunter des sommes considérables à l'étranger pour faire face aux difficultés économiques.

L'Union européenne avait notamment promis en novembre à la Biélorussie une large coopération et une assistance financière de 3 milliards d'euros. Mais cette série de violences des forces de sécurité risque de compromettre ces projets.

La Biélorussie s'éloigne de l'UE

C'est notamment ce que croit savoir l'analyste biélorusse Alès Lagvinets. Pour cet expert, "la Biélorussie se retrouve isolé du monde occidental démocrate".

Un constat dont ne se rendrait pas compte le chef de l’Etat. Aux yeux du spécialiste biélorusse Valeri Karbalevitch, Alexandre "Loukachenko est persuadé que l'UE va poursuivre le dialogue avec lui malgré ce qui s'est passé dimanche, l'Occident n'ayant pas d'autre choix". Mais il estime que les relations avec la Russie "vont rester conflictuelles" comme ce fut le cas au cours des derniers mois en raison de différends, notamment sur les prix du gaz russe, dont une partie transite vers la Biélorussie pour approvisionner les pays de l'UE. Le pays est très dépendant pour son approvisionnement en pétrole et en gaz.

Pour l'expert russe Fedor Loukianov, la Russie risque d'être la seule sortie de secours de la Biélorussie. Alexandre Loukachenko "s'est privé lui-même de cette possibilité de compter sur l'Union européenne" et risque d'être contraint de revenir vers la Russie, analyse-t-il.