Théo, 98 ans, et une balle près du cœur

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Théo, 98 ans, et une balle près du cœur
Fils d'immigrés espagnols, Théo Francos naît en 1914 à Valladolid, en Espagne mais il passe la quasi-totalité de sa vie à Bayonne.@ SOFÍA MORO
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Ce résistant, qui a vécu à Bayonne, est mort le 2 juillet après une vie de luttes contre Franco et les nazis.

Son nom de famille ressemble beaucoup à celui du dictateur espagnol. Mais la ressemblance s'arrête là. Théo Francos* s'est illustré en passant une grande partie de sa vie à lutter contre le général et chef d'Etat espagnol au pouvoir entre 1939 et 1975 mais également contre les nazis durant la Seconde guerre mondiale.

Ce grand résistant est décédé le 2 juillet à l'âge de 98 ans, après avoir passé près de 68 années avec une balle logée dans le thorax, à seulement quelques centimètres du cœur, comme le raconte le quotidien espagnol El Pais.

Le miraculé

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© Capture

Ce petit morceau de métal, il l'a reçu sur un peloton d'exécution aux Pays-Bas, durant la Seconde guerre mondiale. Le 15 septembre 1944, ce parachutiste saute sur Arnhem dans le cadre de l'opération Market Garden. Mais c'est un fiasco et beaucoup de soldats sont faits prisonniers. Théo Francos est alors conduit dans une fosse où il est fusillé. "J'ai entendu le claquement des mitraillettes et je me suis laissé tomber", racontait ce résistant dans son livre Eux et nous. Théo est un miraculé. La balle qu'il reçoit est amortie et déviée par un insigne métallique de parachutiste qu'il portait au moment de son exécution.

Gravement blessé, il se laisse tomber dans la fosse avec ses compagnons morts. Théo a un deuxième coup de chance. Les Nazis décident de ne pas achever les fusillés et ils ne recouvrent pas leurs corps de terre et de chaux. Pressés, ils décident de remettre cette opération au lendemain. Peu après, Théo Francos est recueilli par des paysans hollandais et résistants qui se rendaient au champ. Le couple va le soigner et le cacher jusqu'à ce qu'il se remette sur pied.

Depuis cet épisode miraculeux, Théo n'a jamais souhaité se faire enlever la balle. Il avait peur d'y rester et se contentait d'un examen régulier pour vérifier que la balle n'avait pas bougé. Il allait même jusqu'à dire qu'il tirait sa vitalité de ce petit bout de métal dans son sang.

Le camp de concentration

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© Capture

Fils d'immigrés espagnols, Théo Francos naît en 1914 à Valladolid, en Espagne mais il passe la quasi-totalité de sa vie à Bayonne. Il est scolarisé dans une école basque jusqu'à l'âge de 12 ans. A 16 ans, il s'engage dans les Jeunesses communistes et rejoint Madrid à seulement 22 ans pour lutter contre le dictateur Franco lors de la guerre civile entre 1936 et 1939 qui opposa nationalistes et républicains.

Ce résistant participera à de nombreuses batailles. Malgré l'horreur de la guerre, sa volonté de combattre les troupes de Franco est restée intacte. En octobre 1938, à Barcelone, il reçoit l'ordre de quitter l'Espagne. Il choisit de désobéir et rejoint une autre brigade. En mars 1939, il est fait prisonnier dans le port d'Alicante. Beaucoup de ses camarades choisissent de se suicider pour éviter l'enfermement. Lui passera deux ans dans la prison de Portacelli où il fut torturé avant d'être envoyé dans le camp de concentration de Miranda de Ebro. Il vivra l'horreur et assiste aux épisodes où les Franquistes coupaient les mains de nombreux républicains.

Une cérémonie à Biarritz

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© Capture

Finalement, grâce à la Croix Rouge, il est libéré en 1940 et retourne en France. C'est alors qu'il pensait en avoir fini avec la dictature. Mais à nouveau, la Seconde guerre mondiale bouleversa tout et il s'engagea contre les Nazis. En juin 1940, il rejoint Manchester et l'école de parachutisme. Il est envoyé en Libye où il perdra son meilleur ami, blessé par un tir de mitraillette. Théo Francos devra abréger ces souffrances…

Après le fameux épisode hollandais où il reçu une balle près du cœur, le résistant espagnol retrouva sa dulcinée qui l'attendait depuis neuf ans sans l'avoir vu et ils se marièrent en 1946. Sa femme est morte, il y a quelques années. Lui est mort à seulement deux ans d'être centenaire. Sud Ouest rapporte qu'un dernier adieu lui sera rendu à Biarritz le 10 juillet.

*Christine Diger, Un automne pour Madrid, histoire de Théo combattant pour la liberté, éditions Atlantica-Séguier